Des années d’inactivité physique laissent des traces durables de stress sur l’organisme
Auteur: Mathieu Gagnon
Une accumulation invisible de stress biologique

L’inactivité physique ne se contente pas de réduire la masse musculaire ou d’affecter le tour de taille : elle laisse une empreinte mesurable de stress sur l’organisme, visible dès le milieu de la vie. C’est la conclusion d’une étude menée par Maija Korpisaari et ses collègues de l’Université d’Oulu, qui ont suivi des adultes du début de l’âge adulte jusqu’à la quarantaine. Les chercheurs ont analysé les données de la cohorte de naissance de Finlande du Nord de 1966 pour comprendre comment le manque de mouvement se traduit par une tension physiologique accrue à l’âge de 46 ans.
Pour quantifier ce phénomène, les cliniciens utilisent le concept de « charge allostatique ». Il s’agit du coût cumulatif que le corps paie pour répondre aux situations de stress répétées. Lorsque les hormones de stress restent élevées, le cœur, le système immunitaire et le métabolisme doivent s’ajuster en permanence, des adaptations qui peuvent devenir dommageables à long terme. L’équipe a utilisé des marqueurs biologiques prélevés lors d’examens cliniques pour établir deux types de scores : une version longue incluant 13 marqueurs (dont la pression artérielle, le cholestérol, la glycémie, l’inflammation et le cortisol) et une version courte concentrée sur cinq indicateurs prédictifs de maladies futures.
Quatre trajectoires, des bilans de santé divergents

Les chercheurs ont classé les participants en quatre catégories distinctes en fonction de leurs habitudes, comparées aux directives de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui recommandent au moins 150 minutes d’activité hebdomadaire. L’exercice pris en compte incluait toute activité de loisir suffisante pour essouffler la personne pendant plusieurs minutes. Les quatre parcours identifiés étaient : rester actif, rester inactif, augmenter son activité ou laisser l’activité diminuer avec le temps. Cette méthode a permis de vérifier si la régularité prévalait sur des efforts sporadiques.
Les résultats révèlent une corrélation directe : les personnes restées inactives tout au long de l’âge adulte portent un fardeau de stress environ 18 % plus élevé à la quarantaine par rapport à celles restées actives. Ceux qui respectaient les directives à 31 ans mais avaient ralenti la cadence à 46 ans affichaient également une charge supérieure d’environ 10 %. Maija Korpisaari souligne que ces données suggèrent que « l’importance de l’activité physique ne se limite pas à des étapes de vie individuelles ; au contraire, un exercice régulier tout au long de l’âge adulte peut protéger le corps des effets nocifs du stress à long terme ».
La flexibilité du corps face au changement

L’étude apporte une nuance importante : changer de cap en cours de route semble bénéfique. Les adultes ayant augmenté leur niveau d’activité avant d’atteindre la quarantaine ne présentaient pas de charge de stress supplémentaire. Ce constat indique que l’organisme conserve une certaine flexibilité, même après des années de sédentarité. Selon Maija Korpisaari, tant la quantité d’activité physique durant la jeunesse que celle pratiquée à l’âge adulte jouent un rôle dans le bilan final du stress.
Sur le plan biologique, l’exercice régulier entraîne probablement plusieurs systèmes à récupérer plus vite après la pression quotidienne. Une méta-analyse de 2022 avait déjà noté que les programmes d’exercice abaissaient les niveaux de cortisol et amélioraient la qualité du sommeil. Un meilleur sommeil et des hormones plus stables influencent directement la glycémie, la pression artérielle et l’inflammation, qui composent le score de charge allostatique. Bien qu’aucun mécanisme unique n’explique chaque cas, la biologie confirme que le mouvement est associé à une usure moindre de l’organisme.
Limites de l’observation et perspectives

Certaines limites inhérentes à l’étude, publiée dans la revue Psychoneuroendocrinology, doivent être prises en compte. L’exercice étant autodéclaré, certains participants peuvent avoir surestimé ou sous-estimé leurs mouvements réels. De plus, la charge allostatique n’ayant été mesurée qu’à l’âge de 46 ans, il n’a pas été possible de suivre la montée ou la baisse de la biologie du stress au fil du temps. L’échantillon provenant du nord de la Finlande, les résultats pourraient varier dans des régions aux modèles de travail et de santé différents.
Malgré ces réserves, le lien établi sur une longue période reste difficile à écarter comme un simple effet d’humeur à court terme. Pour la plupart des adultes, l’exercice agit comme un soutien contre le stress lorsqu’il devient une routine plutôt qu’un effort héroïque d’un mois. Que ce soit la marche rapide, le vélo ou la natation, l’essentiel est que le corps s’échauffe suffisamment. Les personnes souffrant de maladies cardiaques, de diabète ou de douleurs articulaires doivent souvent établir des limites sûres avec des cliniciens. L’étude finlandaise confirme que de longues périodes d’inactivité, et non de simples écarts brefs, sont liées à une tension mesurable. De futures recherches utilisant des technologies portables (wearables) pourraient permettre de suivre ces variations avec encore plus de précision.
Selon la source : earth.com
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