Une bonne acuité mentale peut ajouter 40 minutes de productivité à votre journée
Auteur: Mathieu Gagnon
Une productivité fluctuante chiffrée par la science

Il y a ces journées où tout semble d’une facilité déconcertante : les courriels s’enchaînent, les décisions se prennent sans douleur et le plan de travail est respecté à la lettre. À l’inverse, il existe ces moments où la simple préparation du déjeuner s’apparente à une épreuve insurmontable. Une nouvelle étude menée par l’Université de Toronto Scarborough vient de quantifier précisément ce phénomène. Selon les résultats, une acuité mentale supérieure à la normale se traduit par un gain de productivité équivalent à environ 30 à 40 minutes de travail supplémentaire par jour.
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont suivi un groupe d’étudiants universitaires durant 12 semaines. L’objectif ? Comprendre pourquoi, d’un jour à l’autre, un individu peut atteindre ses objectifs avec brio ou, au contraire, caler sur les tâches les plus élémentaires. Cendri Hutcherson, auteure principale de l’étude, résume la situation : « Certains jours, tout s’emboîte parfaitement, et d’autres jours, on a l’impression d’avancer dans le brouillard. Nous voulions comprendre pourquoi cela se produit et à quel point ces hauts et ces bas mentaux comptent réellement. »
L’acuité mentale : un état passager plutôt qu’une intelligence fixe

Dans le cadre de cette recherche, l’acuité mentale ne désigne pas une forme d’intelligence permanente. Elle s’apparente davantage à la « vitesse » enclenchée par le cerveau à un instant T : la clarté, la concentration, la rapidité et l’efficacité de la pensée du moment. Lorsque ce système fonctionne sans accroc, se concentrer, décider et agir devient fluide. À l’inverse, lorsque la mécanique s’enraye, même la routine devient laborieuse. L’idée centrale est ici de considérer l’acuité comme un état temporaire, et non comme une étiquette définitive.
L’équipe de recherche s’est distinguée des méthodes psychologiques habituelles. Au lieu de comparer différentes personnes entre elles pour déterminer « qui réussit le mieux », ils ont suivi les mêmes individus de manière répétée. Cette approche a permis de poser une question plus proche du vécu de chacun : quels changements internes s’opèrent chez une personne d’un jour à l’autre, et cela prédit-il sa capacité à accomplir ses tâches ?
Concrètement, les participants ont effectué de courts exercices cognitifs quotidiens mesurant leur vitesse et leur précision. Parallèlement, ils ont rapporté des données sur leurs objectifs, leur productivité, leur humeur, leur sommeil et leur charge de travail. Cette méthodologie a permis aux chercheurs de relier l’acuité mentale à des résultats concrets — comme terminer un devoir ou préparer le dîner — plutôt qu’à de simples scores de tests abstraits.
Discipline et motivation ne suffisent pas toujours

Les observations révèlent un schéma cohérent : les jours où les étudiants étaient plus vifs que leur propre moyenne, ils avaient davantage tendance à se fixer des objectifs et à les atteindre. Il ne s’agissait pas seulement d’en faire plus, mais aussi de viser plus haut, notamment sur le plan académique. Lors des jours de faible acuité, la tendance s’inversait, avec une propension à procrastiner même sur des tâches basiques, illustrant ce sentiment familier où le cerveau refuse de coopérer.
L’étude souligne un point crucial : les personnes naturellement disciplinées, dotées de persévérance et d’une forte maîtrise de soi, ne sont pas immunisées contre ce « brouillard ». Si ces traits de caractère prédisent une meilleure performance globale en moyenne, ils n’empêchent personne de traverser une mauvaise journée. « Tout le monde a de bons et de mauvais jours », précise Cendri Hutcherson. « Ce que nous captons, c’est ce qui sépare ces deux états. » La motivation et la discipline comptent, mais elles ne l’emportent pas sur le fonctionnement physiologique du cerveau à l’instant présent.
En traduisant ces variations cognitives en temps de travail effectif, les chercheurs ont noté qu’un pic d’acuité au-dessus de la normale équivalait à 30 ou 40 minutes de labeur gagnées. L’écart total entre les jours les plus vifs et les jours les plus brumeux d’une même personne représente environ 80 minutes. C’est toute la différence entre une journée gérable et une journée où l’on se sent constamment en retard.
Les leviers d’influence et l’acceptation des jours sans

Quels facteurs font basculer l’acuité d’un jour à l’autre ? L’étude, publiée dans la revue Science Advances, a identifié plusieurs tendances. Le sommeil joue un rôle prépondérant : les participants étaient plus vifs après une nuit de meilleure qualité. Le moment de la journée importe également, la performance mentale étant généralement meilleure tôt le matin avant de décliner au fil des heures. L’humeur et l’attention sont aussi des vecteurs clés : se sentir motivé et peu distrait favorise l’acuité, tandis que les états dépressifs l’atténuent.
La charge de travail présente une dynamique plus complexe. Sur une seule journée, travailler de longues heures a été associé à une acuité accrue, suggérant une capacité à « passer la vitesse supérieure » pour relever un défi immédiat. Cependant, lorsque cette charge lourde s’étend sur une semaine complète, l’effet s’inverse : l’acuité chute. « C’est le compromis », explique Cendri Hutcherson. « Vous pouvez pousser fort pendant un jour ou deux sans problème. Mais si vous travaillez sans pause trop longtemps, vous en payez le prix plus tard. »
Bien que centrée sur des étudiants, cette étude délivre un message universel : l’acuité mentale est une ressource fluctuante dépendant du sommeil, du rythme et de l’état émotionnel. Pour maximiser cette ressource, les données suggèrent de dormir suffisamment, d’éviter l’épuisement sur le long terme et de limiter les pièges dépressifs. Enfin, Cendri Hutcherson conclut sur une note rassurante : si vous traversez une journée de brouillard, ce n’est pas un échec moral. « Parfois, ce n’est juste pas votre jour, et c’est acceptable. C’est peut-être le jour où il faut vous accorder un peu de répit. »
Selon la source : earth.com
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