Une planète figée, mais pas silencieuse

Pendant des décennies, la communauté scientifique a imaginé la « Terre Boule de Neige » comme une longue parenthèse inerte dans l’histoire de notre planète. Durant cette période glaciaire extrême, survenue au cours du Cryogénien il y a environ 720 à 635 millions d’années, la glace recouvrait les continents, les océans et atteignait même les régions tropicales. Tout mouvement semblait suspendu, toute variation climatique impossible.
Pourtant, une nouvelle étude menée par l’Université de Southampton vient nuancer cette vision statique. Des analyses effectuées sur des roches anciennes en Écosse démontrent que le système climatique n’a jamais totalement cessé de fonctionner. Même prise dans les glaces, la Terre continuait de subir des cycles saisonniers et des rythmes solaires.
Les archives de pierre des îles Garvellach

C’est au large de l’ouest de l’Écosse, sur les îles Garvellach, que les chercheurs ont trouvé la clé de ce mystère. Ils ont analysé des roches finement stratifiées formées durant la glaciation sturtienne, un gel global qui a perduré environ 57 millions d’années. Ces formations géologiques, connues sous le nom de varves, agissent comme un véritable registre temporel : chaque fine couche représente les sédiments déposés au cours d’une seule année.
L’équipe a mesuré 2 640 de ces couches dans la formation de Port Askaig. L’étude microscopique révèle une alternance précise. Les couches claires, formées de sédiments grossiers, correspondent aux saisons de fonte plus chaudes, où la glace flottante libérait des grains dans l’eau. Les couches sombres, composées de particules fines, se déposaient durant les mois plus froids, lorsque l’eau restait calme sous une épaisse couverture de glace.
Selon le Dr Chloe Griffin, auteure principale de l’étude, ces roches fonctionnent comme un « enregistreur de données naturel ». C’est l’une des séquences climatiques annuelles les plus longues et continues jamais découvertes pour cette période. Le Dr Elias Rugen souligne d’ailleurs que ces dépôts figurent parmi les mieux préservés au monde, permettant une lecture de l’histoire climatique quasiment année par année.
Le pouls solaire sous la banquise
L’analyse statistique de l’épaisseur des couches a mis en évidence des cycles climatiques répétés, s’étalant de quelques années à plusieurs siècles. De nombreux motifs correspondent aux cycles solaires connus, dictés par l’activité des taches solaires, qui modifient légèrement la quantité de radiation atteignant la Terre. Ces variations infimes suffisaient à influencer la température et la fonte des glaces, même au cœur d’un gel planétaire.
D’autres oscillations rappellent des phénomènes océaniques et atmosphériques modernes, similaires au système El Niño. Comment une telle dynamique était-elle possible ? Les modèles climatiques testés par l’équipe, notamment par le co-auteur Dr Minmin Fu, indiquent que de vastes océans ouverts n’étaient pas nécessaires. De simples zones d’eau libre limitées sous les tropiques suffisaient à permettre des échanges d’énergie entre l’air et l’océan, générant ces variations.
Le professeur Thomas Gernon explique que ces roches préservent « la suite complète des rythmes climatiques » que nous connaissons aujourd’hui. Cela démontre, selon lui, que le système climatique possède une tendance innée à osciller, même sous des conditions extrêmes, dès qu’il en a la moindre opportunité.
Une résilience à l’épreuve du froid

Il convient toutefois de ne pas surestimer cette activité. Les preuves suggèrent que ces périodes actives étaient brèves, de l’ordre de quelques milliers d’années, sur fond d’un état général extrêmement froid et stable. Comme le précise le professeur Gernon, cette variabilité constituait « l’exception plutôt que la règle ».
Ces travaux, publiés dans la revue Earth and Planetary Science Letters, offrent des leçons précieuses pour la compréhension de notre climat actuel. Ils révèlent la sensibilité et la résilience du système terrestre. Même lors de la glaciation la plus sévère de son histoire, la machinerie climatique de la Terre ne s’est jamais totalement arrêtée, prête à être relancée par la moindre variation d’énergie solaire.
Selon la source : earth.com
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