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Canada : le bras de fer impossible face au géant américain ?
Crédit: Side-by-side fusion: "January 2025 Official Presidential Portrait of Donald J. Trump.jpg" by Daniel Torok (Public domain) via Wikimedia Commons + "Prime Minister Mark Carney June 2025 (cropped).jpg" by Prime Minister's Office licensed under GODL-India via Wikimedia Commons

L’économie canadienne sous le choc des sanctions

credit : lanature.ca (image IA)

La tension est palpable au nord du 49e parallèle. Entre la dépendance économique vitale vis-à-vis de son voisin et un sursaut de fierté nationale, le Canada navigue en eaux troubles. Le retour de Donald Trump aux affaires a bouleversé l’échiquier : au-delà des menaces verbales d’annexion, ce sont les décisions tarifaires qui ont immédiatement impacté le quotidien des Canadiens. Le Premier ministre, Mark Carney, cherche désespérément une voie de résistance, bien que sa marge de manœuvre semble singulièrement réduite face à la puissance de feu de Washington.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et illustrent la violence du choc commercial. Les droits de douane imposés par l’administration américaine — 25 % sur le secteur automobile et un vertigineux 50 % sur l’acier et l’aluminium — ont frappé l’économie canadienne de plein fouet. Les conséquences ne se sont pas fait attendre sur le terrain.

Certaines entreprises, incapables d’absorber ces surcoûts, ont dû mettre la clé sous la porte, entraînant avec elles des régions entières dans la tourmente économique. Les faillites se multiplient et les courbes du chômage repartent à la hausse, matérialisant brutalement la vulnérabilité du pays face aux décisions unilatérales de la Maison Blanche.

Une dépendance commerciale difficile à briser

credit : lanature.ca (image IA)

Le constat dressé par les observateurs est sans appel : l’économie canadienne vit sous perfusion américaine. Avant l’entrée en vigueur de ces nouvelles mesures tarifaires, 75 % des exportations du Canada prenaient la route des États-Unis. Depuis le retour au pouvoir du républicain, cette part a reculé de sept points, une baisse significative qui ne suffit pourtant pas à rassurer les analystes quant à l’autonomie financière du pays.

Andrew Ives, historien et maître de conférences en civilisation nord-américaine à l’Université de Caen Normandie, confirme cette tentative de réorientation stratégique. Selon lui, le Canada s’efforce de « diversifier ses exportations » pour dénicher de nouveaux « débouchés pour ses produits ». Cependant, la réalité des flux commerciaux reste têtue. « Plus des deux tiers continuent à être envoyés aux États-Unis », précise l’universitaire au micro de Tout un monde, qualifiant cette situation de « vraie faiblesse du Canada ».

Mark Carney a parfaitement identifié ce talon d’Achille. Le chef du gouvernement a formulé une promesse ambitieuse : doubler les échanges commerciaux hors États-Unis d’ici dix ans. Une volonté qui s’est concrétisée récemment par la signature d’un accord commercial avec la Chine, qualifié d’historique par Ottawa.

Le sentiment de trahison et l’impasse géographique

Malgré les ambitions affichées, la tâche s’annonce ardue. Charles-Étienne Beaudry, maître de conférences à l’Université d’Ottawa, rappelle que la géographie dicte souvent sa loi. Contrairement à l’Europe, qui peut se tourner vers une multitude de partenaires lorsque Donald Trump durcit le ton, le Canada se trouve coincé par sa situation géographique et les habitudes ancrées de ses entreprises. « La situation nous rend incertains quant à l’avenir économique », confie l’expert, soulignant la complexité de modifier des circuits d’exportation établis depuis des décennies.

Au-delà de l’économie, c’est un profond sentiment d’amertume qui domine les relations diplomatiques. Charles-Étienne Beaudry n’hésite pas à évoquer un « sentiment de trahison ». Il rappelle que le Canada a toujours répondu présent pour son allié, que ce soit en accompagnant les troupes américaines en Afghanistan ou lors de la renégociation de l’accord de libre-échange Amérique du Nord (ACEUM).

Cette coopération passée rend la rupture actuelle d’autant plus brutale. « Ça s’est bien passé », note-t-il avec regret, avant de dénoncer l’attitude de la nouvelle administration américaine. L’imposition de ces droits de douane punitifs sonne le glas d’une relation privilégiée, plongeant Ottawa dans une incertitude stratégique majeure.

Réveil nationaliste et spectre de la division

credit : lanature.ca (image IA)

Paradoxalement, l’agressivité de Washington semble ressouder une partie du tissu social canadien. Andrew Ives compare la situation actuelle aux années 1960, époque où une prise de conscience de la domination américaine avait engendré une volonté d’émancipation. Ce « réveil nationaliste », explique-t-il, est aujourd’hui réactivé non par une dynamique interne, mais « forcé par l’attitude de Donald Trump ».

Le message de la rue est clair : le refus de l’assimilation. « Chez les Canadiens ordinaires, il y a l’envie d’affirmer qu’ils ne sont pas comme les Américains et qu’ils n’ont pas envie d’entrer comme 51e État américain », insiste l’historien. Cette unité de façade cache cependant des failles que l’administration américaine ne se prive pas d’exploiter pour affaiblir son voisin.

Washington surveille de très près les velléités indépendantistes, notamment en Alberta. La province a vu naître début janvier une campagne pour un référendum sur l’indépendance, portée par le mouvement « Wexit » (contraction de West et Exit). Si Andrew Ives doute que ce mouvement puisse convaincre une majorité d’Albertains, il confirme que les Américains « jouent là-dessus pour casser l’union ». Charles-Étienne Beaudry ajoute que ce mouvement cristallise les espoirs de ceux qui se sentent insatisfaits au sein de la fédération.

La stratégie de Mark Carney : pragmatisme et regain de popularité

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credit : Lea-Kim (talk · contribs), Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Face à ces vents contraires, Mark Carney tente de maintenir le cap en prônant la cohésion. Lors de son intervention au Forum économique mondial de Davos fin janvier, le Premier ministre a livré un plaidoyer pour l’unité nationale et internationale. « Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose : la capacité (…) de renforcer notre position chez nous et d’agir ensemble », a-t-il déclaré, invitant les nations subissant des pressions similaires à faire front commun.

Cette posture est saluée par les analystes comme une nécessité vitale. Pour Charles-Étienne Beaudry, le dirigeant a « pris la balle au bond », car l’alternative se résume à un choix binaire : « la soumission ou la résistance à cette suite d’agressions ». Andrew Ives qualifie quant à lui le discours de Carney de « pragmatique, pas idéaliste », soulignant l’importance de s’allier pour mieux défendre ses intérêts.

Politiquement, la crise semble profiter au gouvernement en place. Jamais depuis la pandémie de Covid-19 le Parti libéral, famille politique du Premier ministre, n’avait enregistré un tel niveau de soutien dans les sondages. L’adversité extérieure semble, pour l’heure, renforcer la légitimité du pouvoir à Ottawa.

Selon la source : rts.ch

Créé par des humains, assisté par IA.

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