Les grossesses néandertaliennes pourraient avoir été plus complexes que les nôtres, contribuant à leur extinction
Auteur: Mathieu Gagnon
Une nouvelle théorie sur l’extinction de nos cousins

Nous ne comprenons toujours pas entièrement pourquoi les Néandertaliens se sont éteints alors que notre propre espèce a prospéré, bien que l’on pense que de faibles taux de fertilité aient joué un rôle déterminant dans la disparition de nos cousins préhistoriques. Les raisons de ces échecs reproductifs sont susceptibles d’être variées et multiples.
Cependant, une nouvelle théorie suggère que des taux élevés de complications mortelles liées à la grossesse pourraient avoir été un coupable majeur. Plus spécifiquement, on émet l’hypothèse que la prééclampsie et l’éclampsie auraient gâché les grossesses néandertaliennes, posant des menaces sérieuses tant pour les mères et les bébés que pour l’espèce dans son ensemble.
Selon les estimations présentées, jusqu’à 4 % des mères néandertaliennes primipares (celles qui accouchent pour la première fois) pourraient être décédées des suites de l’éclampsie. Ces chiffres, s’ils sont avérés, dessineraient un tableau sombre de la démographie de cette population ancienne, confrontée à une barrière biologique redoutable.
Comprendre la mécanique de la prééclampsie
Causée par une implantation incorrecte du placenta, la prééclampsie se caractérise par un manque de flux sanguin vers le fœtus en développement, ce qui conduit à une restriction de la croissance fœtale (RCF). Pour la mère, cela peut déclencher une augmentation dangereuse de la pression artérielle. Cette condition peut parfois aboutir à une éclampsie déclarée, qui implique généralement des crises convulsives.
Il est curieux de noter que, parmi les 4 300 espèces de mammifères existant actuellement, la nôtre est la seule à connaître la prééclampsie ou l’éclampsie. Selon les chercheurs à l’origine de cette nouvelle théorie, les mécanismes d’implantation placentaire chez Néandertal ressemblent à ceux observés chez les humains modernes, ce qui signifie qu’ils pourraient bien avoir souffert eux aussi de ces complications de grossesse.
Aujourd’hui, on pense que la prééclampsie survient dans 2 à 8 % des grossesses humaines, l’éclampsie se produisant dans environ 1 % des cas. Bien que les progrès médicaux modernes aient largement atténué les risques associés à ces complications, elles causent encore quelque 70 000 décès maternels par an, ainsi qu’environ un demi-million de décès périnatals.
L’absence de garde-fou évolutif

Malgré la pertinence de ces données médicales, les auteurs écrivent que « la prééclampsie, la principale complication reproductive humaine, n’est jamais citée par les anthropologues comme une explication possible des taux de fécondité notoirement bas dans les communautés néandertaliennes ». En explorant le sujet plus avant, les chercheurs expliquent que chez les humains modernes, 75 % des cas de restriction de croissance fœtale ne déclenchent ni prééclampsie ni éclampsie.
Cela implique que notre espèce a évolué pour développer une sorte de mécanisme de sécurité qui protège les mères de ces complications dévastatrices lorsque le placenta ne parvient pas à s’implanter correctement. La question centrale est donc de savoir si les Néandertaliens avaient développé les mêmes protections que les humains modernes.
Sans ce garde-fou évolutif, les chercheurs estiment que les taux de prééclampsie seraient probablement aussi élevés que 10 à 20 %, tandis que 4 à 5 % des grossesses aboutiraient à une éclampsie. Cela pourrait, à son tour, conduire à la mort d’environ 4 % des mères lors de leur première grossesse, un chiffre qui éclipse la menace posée par l’hémorragie post-partum, qui est actuellement la principale cause de mortalité maternelle dans le monde.
Génétique et risques liés au métissage

Selon les auteurs de l’étude, il y a toutes les chances que les Néandertaliens ne possédaient pas ces sécurités, car certains gènes néandertaliens semblent suggérer qu’ils étaient plus susceptibles à la prééclampsie que nous ne le sommes. Par exemple, une variante néandertalienne d’un gène appelé H19 pourrait avoir accru leur risque d’hypertension, exacerbant ainsi les symptômes de la prééclampsie.
D’autres gènes néandertaliens régulant les interactions immunitaires materno-fœtales pourraient, quant à eux, avoir augmenté leurs risques d’une implantation placentaire superficielle. Ces menaces pourraient s’être accrues une fois que les Néandertaliens ont commencé à s’accoupler avec les humains modernes.
En effet, certains gènes contrôlant l’oxygénation dans les globules rouges pourraient avoir conduit à une incompatibilité entre les mères néandertaliennes et les fœtus hybrides portant des variantes humaines modernes de ces gènes. Étant donné que les Néandertaliens ont disparu peu de temps après avoir commencé à se croiser avec notre propre espèce, il commence à sembler plausible que les complications de grossesse causées par cette incompatibilité aient pu jouer un rôle.
La clé de la survie d’Homo Sapiens

Les chercheurs concluent leur analyse par une observation fondamentale sur la sélection naturelle. Ils écrivent : « D’un point de vue de la médecine évolutive, l’émergence d’un garde-fou reproductif dans lequel la plupart des grossesses avec placentation superficielle ne précipitent pas un syndrome maternel mettant la vie en danger aurait été essentielle à la survie humaine ».
Le fait que ces protections semblent être en place chez Homo sapiens pourrait donc être la clé de notre succès en tant qu’espèce. Les Néandertaliens, en revanche, pourraient bien avoir manqué de ces sécurités, ce qui a entraîné des taux plus élevés de décès maternels et périnatals et a finalement contribué à leur extinction.
Cette étude, qui ouvre de nouvelles perspectives sur l’histoire de notre évolution, est publiée dans le Journal of Reproductive Immunology. Elle invite à reconsidérer non seulement la biologie de nos ancêtres, mais aussi la fragilité des mécanismes reproductifs qui ont permis à l’humanité de perdurer jusqu’à aujourd’hui.
Selon la source : iflscience.com
Créé par des humains, assisté par IA.