Un gel coûtant quelques centimes a permis de restaurer la vue chez 7 patients sur 8
Auteur: Mathieu Gagnon
Une rémission inattendue pour les yeux affaissés

Des injections répétées d’un gel chirurgical transparent ont permis de restaurer la vision chez sept des huit patients traités, dont les yeux s’étaient affaissés en raison d’une pression chroniquement basse. Cette découverte, réalisée par des cliniciens du Moorfields Eye Hospital, rebat les cartes pour une pathologie longtemps considérée comme intraitable.
Le traitement offre une voie vers le retour à une vision quotidienne pour des patients à qui l’on avait annoncé qu’il n’y avait plus grand-chose à faire. La récupération s’est opérée à l’intérieur d’yeux ayant perdu leur forme normale après une chute de pression telle que la vision s’était lentement estompée.
En maintenant un gel clair familier à l’intérieur de l’œil plutôt que de le retirer, l’équipe médicale a documenté le retour de l’œil à sa taille prévue et à sa fonction optique. Comme l’a observé M. Harry Petrushkin, ophtalmologue consultant, la vue est revenue progressivement à mesure que les injections répétées maintenaient l’œil ouvert assez longtemps pour que les structures visuelles se réalignent et restent stables dans le temps.
Le mécanisme : transformer un gel chirurgical en thérapie

Le principe repose sur l’importance cruciale de la pression oculaire. Une pression basse permet à la paroi de l’œil de s’affaisser vers l’intérieur, ce qui floute la vision car la rétine et le cristallin perdent leur alignement. Les médecins appellent cet état l’hypotonie : la pression oculaire reste trop basse pour maintenir fermement la structure. Lorsque l’œil produit moins de fluide interne, la chambre antérieure s’aplatit et la paroi arrière peut se plier. Une fois ces plis devenus permanents, les chirurgiens peuvent ne pas être en mesure de les lisser, même si la pression remonte plus tard.
Pour contrer cela, les chirurgiens utilisent l’hydroxypropylméthylcellulose, un gel clair couramment employé lors des opérations oculaires, dont le nom est généralement abrégé en HPMC. Lors des procédures de routine, le HPMC enduit les surfaces délicates et empêche les tissus de coller pendant que les chirurgiens travaillent dans des espaces restreints. Sa transparence est capitale, car elle laisse passer la lumière, permettant aux médecins de vérifier la rétine au lieu de deviner.
Ce profil de sécurité familier a donné à l’équipe la latitude nécessaire pour tenter des injections répétées sans introduire une toute nouvelle substance. M. Harry Petrushkin explique le processus par une analogie simple : « Un peu comme si vous gonfliez un ballon, vous pouvez le gonfler exactement à la bonne taille, et l’œil peut alors voir beaucoup mieux ».
Protocole clinique et témoignage des patients

Une petite série de tests a suivi huit patients pendant 12 mois, au cours desquels les cliniciens ont injecté du HPMC environ toutes les 2 à 4 semaines. Une fois que l’œil conservait sa taille pendant des semaines, les médecins suspendaient les injections et observaient si la pression restait stable sans nouvelle dose. Le gel a fonctionné en remplaçant le volume et la pression perdus, permettant à certains yeux de retrouver une forme favorisant la mise au point.
Rétablir la forme de l’œil a changé bien plus qu’un score sur un tableau clinique ; les personnes ont retrouvé la confiance nécessaire pour refaire des choses normales. Nicki Guy, 47 ans, a vu sa vision s’améliorer dans son œil gauche après le traitement. Elle témoigne : « J’ai pu emmener mon fils skier ».
En restaurant le volume, le gel a maintenu les parois de l’œil vers l’extérieur, ce qui a réduit la distorsion et rendu la vue plus nette dans de nombreux cas. Cependant, même avec une meilleure vue, les patients ont toujours eu besoin de contrôles fréquents.
Avantages comparatifs par rapport à l’huile de silicone

Avant l’utilisation du HPMC, les médecins remplissaient souvent l’œil avec de l’huile de silicone, un liquide épais utilisé pour soutenir les rétines fragiles. Cependant, l’huile à long terme peut déclencher des complications comme une pression oculaire élevée et des dommages cornéens, et elle peut flouter la vue pour les médecins.
M. Petrushkin souligne une différence majeure : « L’avantage d’utiliser un gel plutôt que de l’huile de silicone est que l’on peut voir beaucoup mieux à travers ».
Cette fenêtre plus claire pourrait aider les cliniciens à surveiller la rétine, à repérer les gonflements plus tôt et à décider plus rapidement si un patient a besoin d’une autre injection.
Gestion des risques, éligibilité et perspectives

L’étude pilote n’était pas exempte de risques, mais l’équipe a suivi les effets secondaires de près et a agi rapidement lorsque des problèmes sont apparus. Deux yeux ont présenté une uvéite, une inflammation des tissus internes de l’œil, et le gel est devenu trouble jusqu’à ce que les médecins utilisent des gouttes et des injections de stéroïdes. Deux patients ont brièvement perdu la vision après une injection, une situation que les médecins ont inversée par paracentèse, une petite libération de l’excès de fluide par aiguille.
Les médecins ont ciblé des personnes dont les yeux avaient encore une vision utilisable, car un œil affaissé ne peut révéler une vue qui a disparu. L’équipe a recherché une pression basse durant plus de 3 mois, ainsi qu’une cornée claire et un chemin dégagé pour la lumière. Il est important de noter que si la maladie a déjà détruit le nerf optique, l’ajout de volume n’aidera pas, même si l’œil retrouve sa forme.
Une estimation nationale situe les nouveaux cas près de 100 par an au Royaume-Uni, le recrutement reste donc difficile. Les chercheurs prévoient de comparer les gels et de suivre combien de temps chacun maintient l’œil ferme sans compléments fréquents. Comme le HPMC se trouve déjà dans les salles d’opération, les cliniques pourraient adopter la méthode plus rapidement si des essais plus larges confirment des résultats durables. L’étude est publiée dans le British Journal of Ophthalmology.
Selon la source : earth.com
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