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Trump menace de bloquer l’ouverture du nouveau pont Windsor-Détroit entre les États-Unis et le Canada
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Une menace directe sur Truth Social

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C’est une nouvelle escalade dans les relations déjà tendues entre Washington et Ottawa. Lundi soir, le président Donald Trump a utilisé sa plateforme de prédilection, Truth Social, pour lancer un avertissement sans équivoque concernant le pont international Gordie Howe. Cet ouvrage d’art, dont le coût s’élève à 4,4 milliards de dollars, est entièrement financé par le Canada et doit relier l’Ontario au Michigan. L’ouverture, prévue pour plus tard cette année, semble désormais compromise par cette intervention présidentielle inattendue.

Dans son message, le président américain a conditionné l’ouverture de cette infrastructure cruciale à des exigences financières encore floues. « Je ne permettrai pas l’ouverture de ce pont tant que les États-Unis ne seront pas entièrement dédommagés pour tout ce que nous leur avons donné, et aussi, ce qui est important, tant que le Canada ne traitera pas les États-Unis avec l’équité et le respect que nous méritons », a-t-il déclaré. Il a ajouté que des négociations, dont la nature n’a pas été précisée, débuteraient « IMMÉDIATEMENT ».

Pour l’heure, les observateurs peinent à identifier la nature exacte de la compensation réclamée par Donald Trump, ni même l’autorité légale sur laquelle il pourrait s’appuyer pour bloquer un projet financé par Ottawa. Cette sortie intervient alors que le président accuse le Canada de vouloir « profiter » des États-Unis, bien que son administration précédente ait donné son feu vert au projet. En février 2017, une déclaration conjointe avec Justin Trudeau, alors Premier ministre, qualifiait pourtant ce pont de « lien économique vital entre nos deux pays ».

Un axe vital pour l’industrie automobile

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Le pont Gordie Howe n’est pas une simple route ; il s’agit d’une artère économique majeure située sur le passage Windsor-Detroit, qui constitue la frontière terrestre commerciale la plus fréquentée entre les deux nations. Planifiée de longue date, cette infrastructure est destinée à devenir un maillon essentiel pour l’industrie manufacturière automobile nord-américaine, facilitant les flux logistiques entre les usines des deux côtés de la frontière.

L’histoire de ce projet remonte à plus d’une décennie. En 2012, Rick Snyder, alors gouverneur républicain du Michigan, avait donné son accord pour la construction de cet ouvrage à six voies s’étendant sur 2,4 kilomètres (1,5 mile). L’objectif affiché était clair : soulager la congestion chronique, anticiper les futurs volumes de trafic et créer de nouvelles capacités de transport au cœur des régions manufacturières des deux pays.

La menace de blocage proférée par Donald Trump met donc en péril des années de planification et d’investissement. Si l’ouverture venait à être retardée ou empêchée, les répercussions sur la fluidité des échanges commerciaux pourraient être immédiates, affectant directement la compétitivité des entreprises dépendantes de ce corridor logistique.

L’ombre de la Chine plane sur les relations

MarkJCarney via X

Cette tension autour du pont s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large, marqué par le rapprochement économique entre Ottawa et Pékin. Le Canada cherche activement à réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis face à la détérioration de leurs relations bilatérales. Donald Trump n’a pas manqué de critiquer cette stratégie, affirmant lundi que la Chine « va manger le Canada tout cru ». Il a ajouté avec scepticisme : « Nous n’aurons que les restes. Je ne pense pas. »

Les négociations entre le Canada et la Chine avancent concrètement. Le mois dernier, le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé qu’un consensus avait été atteint sur une série de questions commerciales, incluant l’ouverture du marché canadien aux véhicules électriques fabriqués en Chine. Cette annonce a manifestement irrité Washington, qui voit d’un mauvais œil son voisin du nord diversifier ses alliances économiques vers l’Asie et l’Europe.

Mark Carney a qualifié les récentes actions de Donald Trump, notamment l’imposition de tarifs douaniers et une rhétorique belliqueuse évoquant l’idée de faire du Canada le « 51e État », de véritable « trahison ». Selon le Premier ministre canadien, Ottawa ne peut plus dépendre de Washington en raison du changement fondamental que subit leur relation, marquée par l’abandon du multilatéralisme sous la direction de Trump.

L’inquiétude gronde dans le Michigan

La classe politique du Michigan, État frontalier directement concerné, a réagi vivement aux propos du président. La sénatrice démocrate Elissa Slotkin a averti que la menace de Donald Trump contre le pont serait « terrible » pour l’économie locale. Dans un communiqué, elle a détaillé les « graves répercussions » à prévoir : des coûts plus élevés pour les entreprises du Michigan, des chaînes d’approvisionnement moins sûres et une perte d’emplois.

Elissa Slotkin a pointé du doigt la responsabilité du président dans cette situation, déclarant : « Avec cette menace, le Président punit les habitants du Michigan pour une guerre commerciale qu’il a déclenchée ». Elle a également établi un lien direct entre l’attitude de l’administration américaine et le pivot du Canada vers l’Asie : « La seule raison pour laquelle le Canada est sur le point de conclure un accord commercial avec la Chine est que le président Trump leur a donné des coups de pied dans les dents pendant un an ».

Cette analyse souligne le paradoxe d’une politique qui, en voulant protéger les intérêts américains par la force, pourrait finir par isoler économiquement les États frontaliers et pousser un allié historique dans les bras d’un rival stratégique. Les élus locaux craignent que le Michigan ne devienne la première victime collatérale de ce bras de fer diplomatique.

Boycotts et représailles commerciales

Les tensions diplomatiques ont déjà des conséquences tangibles sur le quotidien et le commerce de détail. En réponse aux tarifs douaniers et aux commentaires du président américain, un mouvement de rejet des produits américains s’organise au Canada. L’alcool fabriqué aux États-Unis a été retiré de nombreux rayons canadiens, et de nombreux citoyens boycottent désormais les marchandises en provenance du sud de la frontière.

Le tourisme est également affecté, avec une baisse notable du nombre de Canadiens voyageant aux États-Unis. Ce refroidissement des échanges humains et commerciaux marque une rupture significative entre deux pays qui partageaient jusqu’alors une des relations les plus intégrées au monde. La colère d’Ottawa se traduit par une volonté claire de recalculer les termes de son partenariat avec Washington.

Face à cette détérioration, la représentante démocrate du Michigan, Debbie Dingell, a tenté de lancer un appel au calme. « Nous ne pouvons pas oublier que le Canada est notre ami et allié », a-t-elle déclaré dans un communiqué répondant aux propos de Trump. Elle a conclu en exhortant à la fin de l’escalade verbale : « Nous devons arrêter ces coups bas. Cela n’aide personne, et cela nuit particulièrement à notre économie ».

Selon la source : upi.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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