Ce substitut au sucre très populaire pourrait menacer la barrière protectrice de votre cerveau
Auteur: Simon Kabbaj
Une réputation de sécurité remise en question

Présent dans une multitude de produits, des barres protéinées aux boissons énergisantes, l’érythritol a longtemps été considéré comme une alternative sûre au sucre traditionnel. Pourtant, des recherches récentes suggèrent que cet édulcorant largement utilisé pourrait saper silencieusement l’une des barrières protectrices les plus cruciales de l’organisme, avec des conséquences potentiellement graves pour la santé cardiaque et le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC).
Une étude menée par l’Université du Colorado indique que l’érythritol pourrait endommager les cellules de la barrière hémato-encéphalique. Ce système de sécurité du cerveau a pour fonction vitale d’empêcher les substances nocives de pénétrer, tout en laissant passer les nutriments essentiels. Ces nouvelles données, publiées et analysées par Havovi Chichger, professeure en sciences biomédicales à l’Université Anglia Ruskin, le 10 février 2026, viennent ajouter des détails troublants aux études observationnelles précédentes.
Ces travaux antérieurs avaient déjà établi un lien entre la consommation d’érythritol et une augmentation des taux de crises cardiaques et d’AVC. Cette nouvelle recherche tente désormais d’expliquer les mécanismes biologiques sous-jacents qui pourraient transformer cet ingrédient courant en un danger potentiel pour notre système vasculaire cérébral.
Stress oxydatif et dégradation cellulaire : le mécanisme dévoilé

Dans le cadre de cette étude récente, les chercheurs ont exposé des cellules de la barrière hémato-encéphalique à des niveaux d’érythritol typiquement retrouvés dans l’organisme après la consommation d’une seule boisson gazeuse édulcorée avec ce composé. L’observation a révélé une réaction en chaîne de dommages cellulaires susceptible de rendre le cerveau plus vulnérable aux caillots sanguins, une cause majeure d’AVC.
L’érythritol a déclenché ce que les scientifiques appellent un stress oxydatif. Ce processus inonde les cellules de molécules nocives et hautement réactives connues sous le nom de radicaux libres. Simultanément, l’édulcorant a réduit les défenses antioxydantes naturelles de l’organisme. Cette double agression a non seulement endommagé la capacité des cellules à fonctionner correctement, mais les a, dans certains cas, tuées purement et simplement.
Plus préoccupant encore, l’étude a mis en lumière l’effet de l’érythritol sur la capacité des vaisseaux sanguins à réguler le flux sanguin. Des vaisseaux sains agissent comme des contrôleurs de la circulation, s’élargissant lorsque les organes ont besoin de plus de sang — durant l’exercice par exemple — et se resserrant lorsque le besoin diminue.
Perturbation du flux sanguin et risque de caillots

L’équilibre délicat de nos vaisseaux sanguins repose sur deux molécules clés : l’oxyde nitrique, qui détend les vaisseaux, et l’endothéline-1, qui les contracte. L’étude a révélé que l’érythritol perturbait ce système critique en réduisant la production d’oxyde nitrique tout en augmentant celle d’endothéline-1. Le résultat serait des vaisseaux sanguins restant dangereusement contractés, privant potentiellement le cerveau d’oxygène et de nutriments. Ce déséquilibre est un signe avant-coureur connu de l’AVC ischémique, le type causé par des caillots sanguins bloquant les vaisseaux dans le cerveau.
De manière encore plus alarmante, l’érythritol semble saboter la défense naturelle du corps contre les caillots sanguins. Normalement, lorsque des caillots se forment, les cellules libèrent un « destructeur de caillots » appelé activateur tissulaire du plasminogène, qui dissout l’obstruction avant qu’elle ne puisse provoquer un AVC.
Cependant, l’édulcorant a bloqué ce mécanisme de protection, laissant potentiellement les caillots libres de causer des dégâts. Ces découvertes en laboratoire s’alignent avec des preuves inquiétantes issues d’études humaines. Plusieurs vastes études observationnelles ont en effet constaté que les personnes consommant régulièrement de l’érythritol font face à des risques significativement plus élevés de maladies cardiovasculaires. Une étude majeure suivant des milliers de participants a révélé que ceux ayant les taux sanguins d’érythritol les plus élevés étaient environ deux fois plus susceptibles de subir un événement cardiaque majeur.
Limitations scientifiques et particularités de l’érythritol
Il convient de noter que cette recherche présente certaines limites. Les expériences ont été menées sur des cellules isolées dans des boîtes de laboratoire plutôt que sur des vaisseaux sanguins complets, ce qui signifie que les cellules pourraient ne pas se comporter exactement comme elles le feraient dans le corps humain. Les scientifiques reconnaissent que des tests plus sophistiqués — utilisant des systèmes avancés de « vaisseaux sanguins sur puce » qui imitent mieux la physiologie réelle — seront nécessaires pour confirmer ces effets.
Ces résultats sont particulièrement significatifs car l’érythritol occupe une position unique dans le paysage des édulcorants. Contrairement aux édulcorants artificiels tels que l’aspartame ou le sucralose, l’érythritol est techniquement un alcool de sucre — un composé naturel que le corps produit en petites quantités. Cette classification lui a permis d’éviter d’être inclus dans les récentes directives de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui déconseillaient l’utilisation d’édulcorants artificiels pour le contrôle du poids.
L’érythritol a également gagné en popularité auprès des fabricants de produits alimentaires car il se comporte davantage comme du sucre que d’autres alternatives. Alors que le sucralose est 320 fois plus sucré que le sucre, l’érythritol ne fournit qu’environ 80 % de la sucrosité du sucre, ce qui le rend plus facile à utiliser dans les recettes sans créer un goût écrasant. On le trouve désormais dans des milliers de produits, en particulier dans de nombreux aliments étiquetés « sans sucre » et « compatibles céto » (keto-friendly).
Le dilemme des substituts et les enjeux futurs
Les agences de réglementation, y compris l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis, ont approuvé l’érythritol comme étant sûr pour la consommation. Cependant, cette nouvelle recherche s’ajoute à un corpus croissant de preuves suggérant que même les alternatives au sucre dites « naturelles » peuvent comporter des risques inattendus pour la santé.
Pour les consommateurs, ces découvertes soulèvent des questions difficiles sur les compromis impliqués dans la substitution du sucre. Des édulcorants comme l’érythritol peuvent être des outils précieux pour la gestion du poids et la prévention du diabète, aidant les gens à réduire les calories et à contrôler les pics de glycémie. Mais si une consommation régulière affaiblit potentiellement les barrières protectrices du cerveau et augmente le risque cardiovasculaire, les bénéfices pourraient s’accompagner d’un coût significatif.
La recherche souligne un défi plus large en science nutritionnelle : comprendre les effets à long terme d’additifs alimentaires relativement nouveaux qui sont devenus omniprésents dans l’alimentation moderne. Alors que l’érythritol peut aider à éviter les méfaits immédiats d’une consommation excessive de sucre, son effet sur la barrière hémato-encéphalique suggère qu’un usage fréquent pourrait compromettre silencieusement la protection du cerveau au fil du temps. À mesure que les scientifiques continuent d’investiguer ces liens préoccupants, les consommateurs pourraient vouloir reconsidérer leur relation avec cet édulcorant apparemment innocent.
Créé par des humains, assisté par IA.