Un traité international bafoué en direct ?

En 1967, deux ans avant que l’humanité ne foule le sol lunaire, un accord majeur a été scellé entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union soviétique : le Traité de l’espace. Ce document, relativement court mais fondamental, régit encore aujourd’hui la manière dont les nations doivent se comporter au-delà de notre atmosphère. Dès son premier article, le texte est sans équivoque : l’exploration spatiale doit être menée pour le bénéfice de tous les pays et constitue l’apanage de l’humanité tout entière.
Ce cadre juridique historique, censé garantir une approche pacifique et collective, contraste singulièrement avec certaines déclarations médiatiques récentes. Planter un drapeau sur un astre ne signifie pas en devenir le propriétaire, un principe que l’histoire diplomatique a solidement établi. Pourtant, cette notion semble parfois échapper à certains commentateurs de l’actualité.
C’est donc avec une certaine surprise que les observateurs ont entendu un animateur de la chaîne américaine Fox News affirmer, sans détour, que la Lune appartenait aux États-Unis. Cette déclaration va à l’encontre des principes établis il y a plus d’un demi-siècle, rappelant que la géopolitique spatiale reste un sujet de incompréhension pour le grand public.
La déclaration choc sur Fox News

L’affirmation controversée a été prononcée le 20 janvier par Jesse Watters, animateur sur Fox News. Ses propos s’inscrivaient dans un commentaire plus large sur l’expansionnisme impérialiste des États-Unis, faisant écho aux menaces de l’administration Trump d’envahir le Groenland, un territoire appartenant au Danemark. L’animateur a défendu une vision où l’acquisition de territoires est une constante américaine.
Lors de cette séquence, Jesse Watters a déclaré : « Nous devons sécuriser le Groenland. Ça arrivera. Dana a raison. Elle ne s’est jamais trompée dans aucune de ses prédictions. Les États-Unis sécurisent toujours nos intérêts, économiquement, militairement, soit par la force, soit par l’achat. L’achat de la Louisiane. L’Alaska. Les Philippines. Nous avons même obtenu les Îles Marshall après la Seconde Guerre mondiale. Tu ne sais même pas où c’est, Greg. Nous avons eu la lune. Je pense que nous la possédons. Et — je sais que nous la possédons ». Cette tirade a été accueillie par les rires de certaines personnes présentes dans le studio.
Cette sortie a rapidement valu à l’animateur d’être ridiculisé en ligne. En effet, la Lune n’appartient à aucune nation ni à aucun individu. Si l’on suivait la logique de l’appropriation historique ou spirituelle évoquée par certains, l’Église catholique pourrait elle aussi avoir des prétentions territoriales sur l’astre nocturne.
Ce que dit la loi : l’Article II

Pour comprendre pourquoi cette revendication est juridiquement infondée, il faut revenir au texte même du Traité de l’espace. L’article II stipule clairement que « l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, ne peut faire l’objet d’appropriation nationale par proclamation de souveraineté, ni par voie d’utilisation ou d’occupation, ni par aucun autre moyen ». Ce passage constitue le verrou légal empêchant toute colonisation nationale de l’espace.
Néanmoins, il existe des nuances qui méritent d’être discutées, car cette affirmation fausse de l’animateur peut servir de prétexte pour éclairer certains points contextuels. La formulation parfois vague du Traité de l’espace a permis à différents pays d’interpréter le texte de manières divergentes au fil des décennies.
Cette ambigüité relative crée une zone grise juridique. Si l’appropriation de territoire est interdite, la question de l’exploitation des ressources reste un sujet de débat intense entre les juristes internationaux et les gouvernements.
L’exception des ressources : la loi de 2015

C’est ici qu’intervient une subtilité législative américaine introduite il y a quelques années. Comme l’a expliqué à IFLScience le professeur Michelle Hanlon, codirectrice du programme de droit aérien et spatial à la faculté de droit de l’Université du Mississippi : « Le président Obama a signé une loi aux États-Unis en 2015 qui stipulait que nous, les États-Unis, interprétons l’article 2 du Traité de l’espace comme signifiant que vous ne pouvez pas revendiquer de territoire, mais si vous extrayez des ressources, alors celles-ci sont à vous ».
Cette distinction est cruciale. Elle signifie que si le sol lunaire ne peut être la propriété de personne, ce que l’on en retire pourrait appartenir à celui qui l’extrait. Jusqu’à présent, quelques pays ont rapporté des roches lunaires à des fins scientifiques, mais personne n’a encore mis en place d’opération minière industrielle sur la Lune.
Cette situation soulève des questions hypothétiques mais imminentes : si une telle opération voyait le jour, constituerait-elle une revendication territoriale déguisée ? Un autre pays pourrait-il légalement installer une exploitation similaire juste à côté de la première ?
Vers une nécessaire mise à jour

Au-delà de l’extraction, la question de la sécurité opérationnelle pose un autre défi au traité actuel. L’idée avancée est que les pays devraient pouvoir établir un périmètre de sécurité autour de leurs installations. Imaginons, par exemple, qu’un réacteur nucléaire soit finalement développé pour alimenter une base lunaire, ou qu’une plateforme de lancement régulière soit construite.
Il tomberait sous le sens que la zone environnante soit soumise à des restrictions d’accès pour des raisons évidentes de sécurité. Cependant, établir une telle zone d’exclusion revient-il à formuler une revendication territoriale de fait ? La frontière entre sécurité et souveraineté devient alors particulièrement ténue.
Le Traité de l’espace a aujourd’hui presque 60 ans, et l’exploration spatiale a changé de manière massive depuis sa signature. Les experts s’accordent à dire que ce texte a grandement besoin d’une mise à jour. L’idéal serait que cette modernisation intervienne avant que quelqu’un ne finisse par revendiquer concrètement une parcelle de la Lune pour son propre compte.
Selon la source : iflscience.com
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