Une solitude laborieuse au cœur de l’hiver
Alors que le calendrier affiche le troisième lundi de février, une étrange dichotomie s’installe en Amérique du Nord. Pendant que la grande majorité du continent profite d’une journée de repos, le Québec s’active et se rend au travail. En effet, en ce 16 février, la province ne figure pas parmi les juridictions qui célèbrent le jour de la Famille ou tout autre congé statutaire, marquant une différence notable avec ses voisins.
Cette situation soulève des interrogations récurrentes au sein de la population. Même nos voisins du Sud, aux États-Unis, marquent une pause pour souligner le Presidents’ Day. Pourquoi les Québécois sont-ils, à quelques exceptions près, les seuls à devoir pointer au bureau ou à l’usine en cette période de l’année ?
La question est d’autant plus pertinente que la période hivernale est particulièrement éprouvante. Comme le veut l’adage populaire, les semaines paraissent interminables entre les festivités du nouvel an et le congé de Pâques. Les travailleurs doivent ainsi affronter environ trois mois de labeur continu avant d’espérer profiter d’un long week-end réparateur.
Comment le reste du Canada brise la glace
Pour pallier cette longue traversée du désert hivernal, le reste du Canada a pris des mesures concrètes en instaurant un jour férié le troisième lundi de février. Cette initiative vise à briser la monotonie des mois froids. Ainsi, le Nouveau-Brunswick, l’Ontario, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie-Britannique ont tous adopté leur propre jour de la Famille, permettant à leurs citoyens de souffler un peu.
D’autres provinces ont opté pour des appellations différentes, ancrées dans leur histoire ou leur culture locale. Le Manitoba célèbre le jour de Louis Riel, tandis que la Nouvelle-Écosse profite du jour du Patrimoine. À l’Île-du-Prince-Édouard, on se repose à l’occasion de la fête des Insulaires. Il est intéressant de noter que certains de ces congés ne commémorent pas nécessairement un événement historique majeur.
L’exemple de l’Île-du-Prince-Édouard est à cet égard éloquent. La fête des Insulaires y a été introduite en 2009 par le gouvernement local avec un objectif simple et pragmatique : offrir aux résidents une courte pause bienvenue durant les longs et rigoureux mois d’hiver. C’est une stratégie de bien-être social que le Québec n’a pas encore adoptée.
L’exception québécoise en Amérique du Nord
Dans ce paysage de détente hivernale, le Québec fait figure de village gaulois, ou presque. La province, accompagnée de Terre-Neuve-et-Labrador, constitue l’unique exception notable. Ce sont les deux seules provinces où l’on travaille en ce 16 février, une réalité qui tranche avec le reste du continent nord-américain.
L’isolement du travailleur québécois en ce jour est d’autant plus frappant lorsqu’on regarde au-delà de la frontière sud. Les États-Unis sont également à l’arrêt pour célébrer le Presidents’ Day, qui a lieu chaque troisième lundi du deuxième mois de l’année. Le Québec se retrouve donc encerclé par des juridictions en congé.
Il n’est donc pas exact de dire que tout le pays bénéficie d’un long week-end pour couper la période entre les Fêtes et Pâques. Non, deux provinces peuplées d’irréductibles travailleurs résistent encore au spectre d’une journée de repos supplémentaire, une résistance souvent justifiée par des impératifs économiques.
La productivité avant le repos : la position de Québec
La résistance à l’ajout d’un nouveau congé férié au Québec est principalement portée par des arguments économiques. Le premier ministre François Legault a clairement exprimé sa position sur le sujet, affirmant qu’une journée de repos supplémentaire pourrait « nuire » à la productivité de la province. Il refuse ainsi d’allonger une liste de congés qu’il juge déjà trop longue.
Cette position a été réitérée avec force en 2021. À l’époque, le gouvernement fédéral instaurait la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, fixée au 30 septembre, afin d’honorer les survivants des pensionnats autochtones, leurs familles et les communautés. Le premier ministre québécois avait alors justifié son refus d’emboîter le pas en déclarant : « Nous avons besoin de plus de productivité au Québec ».
Selon la vision gouvernementale actuelle, il serait trop « coûteux » d’ajouter un neuvième férié aux huit congés légaux et payés dont bénéficie déjà la majorité des salariés de la province. La priorité reste donc mise sur l’activité économique plutôt que sur l’ajout de temps libre réglementé.
Une facture estimée à plusieurs millions
Les arguments du gouvernement sont soutenus par des données chiffrées provenant du milieu des affaires. Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), l’impact financier d’une journée chômée supplémentaire n’est pas négligeable. L’organisation estime que l’ajout d’un jour férié au Québec coûterait près de 750 millions de dollars à l’économie de la province.
Si l’on élargit cette perspective à l’échelle nationale, les montants deviennent vertigineux. En 2023, l’organisation commerciale estimait que la facture monterait à 3,6 milliards de dollars pour l’ensemble du pays si une telle mesure était généralisée ou appliquée uniformément. Ces coûts incluent la perte de production et les salaires versés pour des heures non travaillées.
Ces chiffres servent de rempart contre les revendications populaires pour un meilleur équilibre travail-vie personnelle en février. Pour l’instant, la balance penche en faveur de l’économie, laissant les travailleurs québécois patienter jusqu’à Pâques.
Le palmarès des congés au Canada
Pour bien comprendre la position du Québec, il est utile de la comparer avec celle des autres juridictions canadiennes. En moyenne, le Canada bénéficie de neuf congés payés par année. Le Québec, avec ses huit jours, se situe légèrement en dessous de cette moyenne nationale, mais il n’est pas le seul dans cette situation.
En bas du classement, on retrouve Terre-Neuve-et-Labrador et la Nouvelle-Écosse, qui ne comptent que 6 jours fériés. Le Québec se trouve dans le groupe suivant, à égalité avec le Manitoba, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard, qui offrent tous 8 jours de congé légaux à leurs travailleurs.
D’autres provinces se montrent plus généreuses. L’Ontario et l’Alberta proposent 9 jours, atteignant ainsi la moyenne nationale. Le groupe de tête est composé de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan, du Nunavut et du Yukon, qui offrent 10 jours. Enfin, les champions du congé au pays sont les Territoires du Nord-Ouest, avec un total de 11 jours fériés.
Selon la source : journaldemontreal.com
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