Chocolat et santé : une innovation inattendue contre une bactérie liée au cancer de l’estomac
Auteur: Mathieu Gagnon
Introduction : Quand la confiserie rencontre la recherche médicale

Des truffes au chocolat fabriquées à partir de déchets de raisin ont démontré une capacité à inhiber la bactérie stomacale la plus étroitement liée au cancer gastrique. Cette découverte inattendue replace un aliment familier au centre du jeu, non plus comme une simple friandise, mais comme un outil potentiel pour réduire les risques d’infection. Elle offre simultanément un nouveau rôle biologique aux matériaux viticoles habituellement jetés.
L’effet bénéfique apparaît dans des bonbons au chocolat de la taille d’une bouchée, infusés d’extraits prélevés sur des peaux et des graines de raisin, des éléments normalement mis au rebut après la production de vin. En incorporant ces extraits dans le chocolat, le Dr Ileana González, de l’Université Catholique du Maule (UCM), a directement démontré que ces truffes enrichies supprimaient la croissance de Helicobacter pylori.
Cette suppression revet une importance particulière car cette bactérie est responsable de la plupart des cas de cancer de l’estomac au Chili, et sa persistance passe souvent inaperçue pendant des années. Ce résultat établit un point de départ prometteur, tout en laissant ouverte la question de la fiabilité de cet effet au-delà des tests contrôlés, dans le cadre d’une consommation quotidienne.
Une menace silencieuse nommée Helicobacter pylori

Les médecins désignent la bactérie sous le nom de Helicobacter pylori, un microbe en forme de spirale capable de vivre dans la paroi de l’estomac et qui provoque souvent des ulcères. Une fois installée, la bactérie irrite les tissus et peut maintenir le système immunitaire en alerte pendant des années. Les revues médicales décrivent l’infection à H. pylori comme un risque majeur de cancer de l’estomac que les systèmes de santé tentent de réduire.
Pour de nombreuses personnes, les symptômes n’apparaissent jamais avant que les dégâts ne soient déjà faits ; maintenir les niveaux bactériens bas devient donc un objectif pratique. Une inflammation persistante de la paroi stomacale force une réparation constante, et cette division cellulaire supplémentaire peut augmenter les probabilités de cancer. Parallèlement à cette usure, l’infection peut déclencher un stress oxydatif, soit des dommages cellulaires causés par des produits chimiques réactifs à l’intérieur des cellules voisines.
Au fil des années, ces changements peuvent remodeler la surface protectrice de l’estomac, laissant s’accumuler des mutations nocives alors que les tissus tentent de guérir. Bien qu’une petite fraction seulement des infections aboutisse à un cancer, chaque cas commence par des dommages qui ne s’apaisent jamais totalement.
L’alliance du cacao et des résidus de raisin

Le chocolat commence par les fèves de cacao, et ces fèves contiennent naturellement des polyphénols, des composés végétaux capables de ralentir la croissance bactérienne. En perturbant les membranes bactériennes ou en bloquant des enzymes clés, ces composés peuvent rendre les microbes moins aptes à s’accrocher et à se multiplier. Dans des environnements de laboratoire, les extraits de cacao ont démontré une activité bactéricide contre H. pylori cultivé en culture.
Cette chimie de base a fourni au Dr González une enveloppe familière pour délivrer des composés végétaux supplémentaires sans donner au produit une apparence médicamenteuse. L’innovation réside dans l’utilisation du marc de raisin — les peaux, les graines et les tiges laissées après le pressurage — qui finit habituellement au compost ou dans les décharges. Lors de l’extraction, des solvants retirent des antioxydants concentrés, et ces molécules peuvent interagir avec les bactéries de manière à limiter leur survie.
Une revue récente a décrit les composés du raisin parmi les extraits de plantes testés pour leur activité contre H. pylori. L’utilisation de ce flux de déchets signifiait que les truffes pouvaient porter de nouvelles allégations de santé tout en réduisant le fardeau de l’élimination des déchets dans la région.
La fabrication des bonbons : un défi technique

Pour rendre l’idée comestible, l’équipe a dû enfermer les extraits de plantes dans le chocolat sans perdre le goût ni la stabilité. Un rapport interne de l’UCM a décrit la transformation des résidus de vinification en prototypes alimentaires aidant à prévenir la colonisation bactérienne. Le Dr González a expliqué la démarche avec précision :
« Nous avons pris les sous-produits que l’agro-industrie viticole rejetait et leur avons donné une valeur ajoutée en recherchant des composés antioxydants ».
Alors que les étapes de licence et de brevet sont en cours, le prochain défi consiste à prouver que chaque lot délivre les mêmes composés actifs au fil du temps. En associant la chimie du cacao aux déchets de raisin, González a positionné le chocolat comme un vecteur pratique pour des composés ciblant l’infection.
Limites des antibiotiques et contexte médical
La thérapie d’éradication standard repose sur de multiples médicaments, pourtant H. pylori survit souvent au premier essai chez de nombreux patients. À mesure que la résistance aux antibiotiques augmente, forçant les bactéries à survivre aux médicaments standards, les médecins doivent utiliser des médicaments supplémentaires et prolonger les calendriers de traitement. Une méta-analyse a révélé que l’ajout de polyphénols améliorait modestement les taux d’éradication lorsque les patients suivaient également des régimes conventionnels.
Les approches basées sur l’alimentation ne peuvent pas remplacer les ordonnances, mais elles peuvent offrir un soutien avant que l’infection ne devienne grave ou difficile à éliminer. À l’intérieur de l’estomac, H. pylori peut former des biofilms — des communautés de bactéries maintenues ensemble par une substance visqueuse — qui bloquent de nombreux aliments. L’inhibition en laboratoire ne garantit donc pas des taux de cancer plus bas, car les estomacs réels mélangent nourriture, acide et microbes de manière complexe.
Économie circulaire et financements majeurs

Au-delà de son potentiel pour la santé, le projet soutient une économie circulaire en maintenant les déchets de cave en usage au lieu de les envoyer dans des décharges situées dans les villes viticoles. Si les bonbons atteignent les rayons, les restes de vignoble pourraient devenir un intrant régulier pour les fabricants de produits alimentaires au lieu d’être un problème d’élimination saisonnier.
Les dirigeants régionaux ont soutenu les travaux avec plus de trois milliards de pesos chiliens, soit environ 3,5 millions de dollars américains. Chaque nouvelle subvention s’étend sur une période allant jusqu’à 24 mois. Les équipes peuvent demander jusqu’à 200 millions de pesos chiliens par projet, soit environ 230 000 dollars américains, ce qui aide à pousser les prototypes vers l’octroi de licences et la création d’emplois locaux.
Conclusion : Vers une prévention prudente
Avant que quiconque puisse revendiquer la prévention, des études humaines doivent montrer que les bonbons réduisent les niveaux d’infection en toute sécurité et sans pousser les gens à trop manger. Des tests futurs devront déterminer si une utilisation régulière peut réduire de manière significative le risque de cancer de l’estomac sans confondre prévention et traitement, ni promouvoir un excès de sucre.
Jusqu’à ce que ces preuves soient établies, les bonbons ont leur place aux côtés du dépistage et du traitement fondés sur des preuves, et non comme un remplacement des soins médicaux. Il s’agit d’une avancée douce mais prudente dans la lutte contre une pathologie complexe.
Selon la source : earth.com
Créé par des humains, assisté par IA.