Des scientifiques estiment que faire exploser un astéroïde à l’arme nucléaire pourrait sauver la planète
Auteur: Mathieu Gagnon
De la fiction à la réalité scientifique

Hollywood adore imaginer l’humanité utilisant l’arme atomique contre tout astéroïde menaçant de détruire la Terre. Que vous regardiez Deep Impact, Armageddon ou l’une des douzaines d’autres productions du genre, le scénario est familier. Lorsque les humains sont confrontés à une extinction globale due à un astéroïde, leur première pensée est presque universellement : « Peut-on le bombarder ? ».
Si la question apparaît simple, la réponse se révèle étonnamment complexe. Il existe d’abord le problème du risque de fragmentation : tenter de dévier un astéroïde tueur de planète en le faisant exploser pourrait simplement produire des morceaux plus petits, mais tout aussi dévastateurs. De plus, il n’y a pas de répétition générale pour une telle mission ; soit cela fonctionne, soit cela échoue.
Cependant, une nouvelle étude suggère que les astéroïdes et météorites riches en métaux pourraient être déviés de leur course en toute sécurité par une explosion nucléaire proche. Ces corps cosmiques semblent en effet résister remarquablement bien aux dépôts soudains d’énergie et aux conditions de choc, ce qui pousse les scientifiques à déterminer si cette option nucléaire constitue une possibilité réelle de sauvetage planétaire.
Une collaboration internationale au cœur du CERN

Dans le cadre de cette nouvelle étude publiée dans la revue Nature Communications, une équipe internationale de scientifiques a mené des recherches approfondies. Ils ont collaboré avec l’Outer Solar System Company, ou OuSoCo, une start-up qui développe des modèles pour des simulations de déviation nucléaire à grande échelle.
Pour mener à bien leurs travaux, les chercheurs ont utilisé le Super Proton Synchrotron (SPS) du CERN, situé en Suisse. L’objectif était de comprendre comment la matière d’un astéroïde se comporte sous des « conditions extrêmes ». Dans ce contexte précis, ces conditions font référence au dépôt soudain d’énergie, aux pressions d’impact et aux conditions de choc propres à une explosion nucléaire.
Ce qu’ils ont découvert indique que l’effort explosif de la dernière chance de l’humanité pourrait réellement fonctionner. Le matériau a semblé devenir plus fort en présentant un « comportement auto-stabilisant ». Cela signifie qu’une explosion nucléaire stratégiquement placée près d’un astéroïde riche en métaux pourrait dévier le rocher de sa trajectoire sans provoquer une fragmentation catastrophique.
L’expérience de la météorite argentine

Envoyer une charge nucléaire vers un astéroïde massif, le faire exploser et enregistrer les résultats fournirait beaucoup de données aux scientifiques, mais cela n’est simplement pas faisable, sans mentionner le fait que c’est illégal selon le droit international. Pour explorer cette solution explosive et à court terme contre l’annihilation cosmique, les scientifiques ont dû procéder autrement.
Ils ont bombardé un échantillon de la météorite Campo del Cielo avec 27 impulsions courtes et intenses d’un faisceau de protons de 440 GeV du SPS. Campo del Cielo correspond à un groupe de météorites de fer trouvées au nord-ouest de Buenos Aires, en Argentine. Selon le Cern Courier, ce procédé a reproduit des conditions similaires à ce qui serait attendu d’une explosion nucléaire proche dans l’espace.
En utilisant la vibrométrie Doppler et des capteurs de température, les chercheurs ont surveillé le matériau de la météorite. L’échantillon a ensuite subi des mesures post-irradiation pour examiner de près les changements dans la structure interne de la météorite. Les résultats ont montré que les astéroïdes riches en métaux peuvent résister à ces conditions intenses mieux qu’on ne le croyait auparavant.
Une option d’urgence confirmée

Les conclusions de l’étude ouvrent des perspectives pour la défense planétaire. Melanie Bochman, co-auteure principale de l’étude et membre de OuSoCo, a détaillé les implications de ces résultats lors d’un entretien avec le Cern Courier.
Elle déclare : « Our experiments indicate that—at least for metal-rich asteroid material—a larger device than previously thought can be used without catastrophically breaking the asteroid. This keeps open an emergency option for situations involving very large objects or very short warning times, where non-nuclear methods are insufficient and where current models might assume fragmentation would limit the usable device size ».
En français, cela signifie que leurs expériences indiquent qu’au moins pour les matériaux d’astéroïdes riches en métaux, un engin plus gros que ce que l’on pensait auparavant peut être utilisé sans briser l’astéroïde de manière catastrophique. Cela garde ouverte une option d’urgence pour des situations impliquant de très gros objets ou des temps d’avertissement très courts, là où les méthodes non nucléaires sont insuffisantes et où les modèles actuels pourraient supposer que la fragmentation limiterait la taille de l’engin utilisable.
Limites actuelles et futures recherches

Il convient de noter que la NASA a déjà enquêté sur d’autres méthodes pour déplacer des astéroïdes par le passé, notamment à travers sa mission Double Asteroid Redirection Test (DART) en 2021. Cependant, les astéroïdes riches en métaux ne sont pas la seule menace traversant notre système solaire. L’astéroïde de Chicxulub, qui a tiré le rideau sur nos ancêtres dinosaures non aviens habitant la planète, était un astéroïde carboné de type C, plus rocheux que la météorite de Campo del Cielo.
En raison de cette différence de composition, il est incertain si une arme nucléaire aurait pu prévenir ce désastre particulier (non pas que les dinosaures avaient une compréhension profonde de la physique nucléaire à l’époque). Les astéroïdes riches en métaux sont les plus faciles à étudier à cet égard en raison de leur structure homogène, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires.
Les chercheurs expliquent au Cern Courier leur approche progressive : « In our first experimental campaign, we focused on a metal-rich asteroid material because its more homogeneous structure is easier to control and model. As a next step, we plan to study more complex and rocky asteroid materials ». Ils prévoient donc d’étudier des matériaux d’astéroïdes plus complexes et rocheux lors de la prochaine étape.
Selon la source : popularmechanics.com
Créé par des humains, assisté par IA.