Cet homme affirme que nos véritables ancêtres pourraient être des extraterrestres. Le grand public le croira-t-il un jour ?
Auteur: Mathieu Gagnon
Une remise en question de l’abiogenèse

L’abiogenèse, c’est-à-dire l’émergence de la vie à partir de matières organiques non vivantes, constitue aujourd’hui la théorie dominante pour expliquer l’apparition du vivant sur notre planète. Pourtant, ce consensus scientifique fait l’objet d’interrogations sérieuses. Robert Endres, biologiste à l’Imperial College de Londres, a décidé de confronter cette hypothèse à la rigueur des mathématiques. Ses travaux l’ont conduit à explorer des pistes alternatives surprenantes, notamment celle d’une intervention extérieure.
Bien que Robert Endres ne rejette pas totalement l’abiogenèse, ses modélisations soulèvent des doutes quant à sa probabilité dans les délais impartis par l’histoire géologique. Face à ces impasses théoriques, il suggère que la vie pourrait avoir été apportée sur Terre par des entités extraterrestres. Il admet que cette perspective peut sembler aller à l’encontre du rasoir d’Occam, ce principe de simplicité privilégié par la science, mais il insiste sur sa validité logique.
Dans une étude publiée sur le serveur de préimpression arXiv, le chercheur formule cette pensée avec précision : « Bien que l’idée que la Terre ait été terraformée par des extraterrestres avancés puisse violer le rasoir d’Occam au sein de la science traditionnelle, la panspermie dirigée — proposée à l’origine par Francis Crick et Leslie Orgel — reste une alternative spéculative mais logiquement ouverte. » En d’autres termes, une origine extraterrestre est extrêmement improbable, mais techniquement pas impossible, et ne devrait pas être entièrement exclue des options explicatives.
Le chaos primordial et les premiers indices de vie

Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut remonter aux origines de notre monde. La Terre est née il y a environ 4,5 milliards d’années. À ses débuts, c’était une planète jeune et brûlante, tourbillonnante de magma, bombardée sans relâche par des astéroïdes et des météorites qui laissaient derrière eux des cratères béants. Lorsque la roche en fusion a fini par durcir pour former la croûte terrestre, elle a été recouverte par un vaste océan. Dans ces profondeurs, des sources hydrothermales propulsaient de l’eau chauffée par le magma brûlant du manteau. C’est de cette mer de feu primordiale que les premières formes de vie ont émergé.
Les preuves fossiles confirment une apparition très précoce du vivant. En 2013, des fossiles de vie microbienne presque aussi anciens que la Terre elle-même ont été exhumés des basaltes cuits par le soleil du craton de Pilbara, en Australie. Il s’agissait de stromatolites, des formations sédimentaires créées par des micro-organismes qui prospéraient dans d’anciennes plaines inondables, asséchées depuis longtemps. Datés de près de 3,5 milliards d’années, ils ont longtemps été considérés comme la plus ancienne preuve de vie.
Ce record a été battu quatre ans plus tard, en 2017, avec la découverte au Canada de microfossiles encore plus anciens, remontant à 3,77 milliards d’années. Ces trouvailles, provenant d’une ancienne source hydrothermale située autrefois au fond de l’océan, semblaient appuyer l’hypothèse selon laquelle c’est précisément ce type d’environnement qui a vu la vie s’extraire de la matière inerte.
L’énigme du temps et les limites mathématiques

Malgré ces découvertes, une question centrale demeure sans réponse : comment l’ancêtre commun de ces organismes est-il apparu ? Même le carbone piégé dans des zircons vieux de 4,1 milliards d’années, qui pourrait signaler une présence de vie encore plus précoce, ne nous dit pas comment des éléments se combinant en molécules prébiotiques ont pu aboutir à quelque chose de vivant. La plupart des scientifiques étudiant les origines de la vie proposent une version de cette transformation progressive.
Dans son étude, intitulée de manière évocatrice « The Unreasonable Likelihood of Being » (L’invraisemblable probabilité d’être), Robert Endres explore plusieurs origines théoriques de la vie découlant de l’abiogenèse. Pour lui, cela apparaît comme une possibilité presque impossible. En utilisant des modèles mathématiques pour déterminer combien de temps serait nécessaire à l’apparition de la vie dans différentes circonstances, il a abouti à des conclusions troublantes.
Le biologiste a découvert que de nombreux éléments et molécules considérés comme des composants essentiels de la vie se dégradent très rapidement par eux-mêmes. Par conséquent, ils auraient dû former des molécules fusionnant en vie microbienne encore plus vite que prévu. Ce processus d’essais et d’erreurs nécessaire à l’émergence spontanée de la vie aurait peut-être pris trop de temps pour être cohérent avec les archives fossiles existantes. Dans un autre scénario, il a testé l’hypothèse d’une transition charnière impliquant des catalyseurs déclenchant une série de réactions chimiques. Les doutes soulevés par ces modèles ont conduit Endres à se demander si l’abiogenèse s’était réellement produite.
La piste de la panspermie dirigée
Face à ces incertitudes mathématiques, Robert Endres pose la question sans détour dans son étude : « La Terre a-t-elle été terraformée, ou l’ordre a-t-il émergé du chaos sous la gouvernance silencieuse de la physique ? Aujourd’hui, les humains envisagent sérieusement de terraformer Mars ou Vénus dans des revues scientifiques. Si des civilisations avancées existent, il n’est pas invraisemblable qu’elles puissent tenter des interventions similaires — par curiosité, nécessité ou dessein. »
Le concept de terraformation est omniprésent dans la science-fiction, prenant des formes allant du mystérieux monolithe noir qui aide l’humanité à progresser dans 2001 : L’Odyssée de l’espace, jusqu’aux cyborgs et ordinateurs sensibles bâtissant leurs propres civilisations dans Star Trek. Cependant, l’idée que la vie ait pu être amenée ici par panspermie dirigée (la propagation intentionnelle de la vie par des extraterrestres) existe dans le champ scientifique depuis les années 1970.
Cette théorie était l’idée originale de Francis Crick — célèbre pour avoir aidé à identifier la structure de l’ADN — et de Leslie Orgel, le créateur de l’hypothèse du « monde à ARN ». Ces deux éminents scientifiques suggéraient qu’une civilisation extraterrestre, possiblement au bord de l’extinction, aurait pu ensemencer des planètes habitables avec la vie.
Entre scepticisme et ouverture d’esprit

Savoir si des extraterrestres ont réellement apporté la vie sur Terre est une question sur laquelle Robert Endres garde l’esprit ouvert. Quant à la manière dont une telle théorie pourrait être testée, il s’interroge avec scepticisme sur la capacité ou non de l’intelligence artificielle à remonter jusqu’aux véritables débuts de la vie.
Le biologiste concède également une autre possibilité : peut-être que notre façon d’imaginer l’apparition abiotique de la vie — qu’il qualifie de « phénomène émergent ultime » — n’est pas fausse, mais simplement incomplète. En attendant, ses travaux mathématiques continuent de rappeler que le passage de la matière inerte au vivant reste l’un des mystères les plus complexes à modéliser.
Selon la source : popularmechanics.com
Créé par des humains, assisté par IA.