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Une nouvelle espèce spectaculaire de spinosaurus pourrait trancher le grand débat sur son mode de vie et inspirer toute une nation
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une expédition à haut risque pour une récompense inestimable

credit : Alhadji Akamaya

C’est une découverte qui vient récompenser une persévérance hors du commun, dans l’une des zones les plus hostiles du globe. Une nouvelle espèce de Spinosaure, dotée d’un ornement crânien spectaculaire, a été décrite par les scientifiques. Au-delà de l’aspect purement anatomique, le lieu précis de cette exhumation fournit une preuve capitale dans un débat qui agite la communauté des spécialistes des dinosaures : ces géants étaient-ils des créatures marines ou seulement partiellement aquatiques ? Pour obtenir cette réponse, les paléontologues ont dû mener leurs recherches dans une région du plus grand désert du monde déchirée par la guerre.

Le Spinosaure a longtemps souffert d’un manque de reconnaissance publique par rapport aux espèces nord-américaines, ne bénéficiant que d’un modeste coup de pouce grâce à l’un des films les moins mémorables de la franchise Jurassic Park. Pourtant, sur le plan scientifique, ils attirent toute l’attention. La question centrale est de savoir s’ils étaient presque entièrement aquatiques, rivalisant dans une niche déjà occupée par les mosasaures et les ichtyosaures, ou s’ils ressemblaient davantage aux crocodiles modernes, voire à des échassiers géants.

Jusqu’à une date récente, la localisation des fossiles ne permettait pas de trancher. Tous les ossements de Spinosaures avaient été trouvés sur les bords gondwaniens de ce qui était alors la mer de Téthys. Ils auraient pu vivre dans les deltas fluviaux et les estuaires, ou mourir en s’aventurant près du rivage pour se nourrir. La découverte de fossiles de Spinosaures dans le nord du Niger change radicalement la donne, car au moment de leur mort, cette zone se situait à au moins 500 kilomètres du rivage le plus proche de la Téthys.

Spinosaurus mirabilis : un crête inédite pour la séduction

credit : Keith Ladzinski

L’équipe dirigée par le professeur Paul Sereno, de l’Université de Chicago, a mis au jour des ossements clairement identifiables comme appartenant à des espèces de Spinosaures, ainsi que d’autres attribuables à des espèces différentes. Au milieu de ces trouvailles, ils ont découvert un grand os incurvé qu’ils ne parvenaient pas à identifier initialement. Après analyse, ils ont fini par comprendre qu’il s’agissait d’une crête géante trônant au sommet du crâne du Spinosaure, probablement utilisée pour la signalisation sexuelle.

Aucun des fossiles de Spinosaures découverts précédemment ne possédait de tels attributs. Il s’agissait donc nécessairement d’une nouvelle espèce. L’équipe l’a baptisée Spinosaurus mirabilis, en l’honneur de cette crête merveilleuse. La texture et la structure interne de l’os conduisent le professeur Sereno et ses coauteurs à penser qu’elle était recouverte de kératine, une matière familière que l’on retrouve dans les cheveux, les ongles et les cornes de rhinocéros. Il est probable que cet appendice ait été vivement coloré et porté uniquement par les mâles pour attirer les partenaires et avertir les rivaux.

L’émotion de la découverte fut intense pour les chercheurs sur le terrain. Paul Sereno raconte cet instant précis : « Cette découverte a été si soudaine et étonnante, c’était vraiment émouvant pour notre équipe. Je chérirai pour toujours le moment au camp où nous nous sommes massés autour d’un ordinateur portable pour regarder la nouvelle espèce pour la première fois, après qu’un membre de notre équipe a généré des modèles numériques 3D des os que nous avons trouvés pour assembler le crâne – grâce à l’énergie solaire au milieu du Sahara. C’est à ce moment-là que l’importance de la découverte a vraiment été enregistrée. »

Le « héron de l’enfer » : ni marin, ni terrestre

credit : lanature.ca (image IA)

Cette découverte permet d’écarter définitivement l’hypothèse d’un bras de mer de la Téthys qui aurait serpenter à l’intérieur des terres. La présence de fossiles de sauropodes dans les mêmes couches géologiques confirme cette analyse. Spinosaurus mirabilis habitait un environnement forestier traversé par des rivières et passait probablement du temps aussi bien dans l’eau qu’en dehors. Bien que cela ne prouve pas que d’autres espèces de Spinosaures vivaient dans des écosystèmes similaires, les différences entre les fossiles connus — crête mise à part — sont trop minimes pour suggérer des modes de vie radicalement différents.

Des fouilles plus approfondies sur le site ont révélé d’autres spécimens de Spinosaures, permettant aux auteurs de l’étude de confirmer une particularité dentaire : les dents de la mâchoire inférieure poussaient vers l’extérieur et s’inséraient entre celles de la mâchoire supérieure. Cette disposition rappelle celle des crocodiles modernes. Pour Paul Sereno, cela valide les soupçons de longue date concernant le régime alimentaire du Spinosaure. Cet arrangement dentaire constitue un piège pour les poissons glissants et a évolué chez d’autres espèces principalement pescatariennes, y compris les ichtyosaures et les ptérosaures.

Toutefois, comme le montrent les crocodiles qui ne s’interdisent pas de consommer des proies plus grosses, les dents ne suffisent pas à clore le débat aquatique contre semi-aquatique. C’est la localisation géographique qui fait office de juge de paix. Paul Sereno résume sa vision de l’animal : « J’imagine ce dinosaure comme une sorte de ‘héron infernal’ qui n’avait aucun mal à patauger sur ses pattes robustes dans deux mètres d’eau, mais qui passait probablement la plupart de son temps à rôder dans des eaux moins profondes pour y piéger les nombreux grands poissons de l’époque. »

Sur les traces d’un monde perdu : l’aventure humaine

credit : Paul Sereno

L’histoire de ces découvertes est aussi merveilleuse que l’espèce elle-même. Dans les années 1950, un géologue travaillant dans ce qui était alors une partie de l’Afrique du Nord française avait trouvé des dents géantes en forme de sabre. Il jugea cette trouvaille si insignifiante qu’il ne lui consacra qu’une seule phrase dans une monographie. C’est Paul Sereno qui a noté la ressemblance avec les dents de Carcharodontosaurus trouvées en Égypte. Le paléontologue explique sa motivation : « Personne n’était retourné sur ce site de la dent depuis plus de 70 ans. »

Le défi était de taille. Pourquoi laisser un lieu si inhospitalier — dont le nom de la ville la plus proche se traduit par « Pas d’eau, pas de chèvre » — et l’insurrection islamiste entraver le suivi d’une telle découverte ? Paul Sereno a raisonné autrement : « C’était une sacrée aventure d’errer dans les mers de sable à la recherche de ce lieu et de trouver ensuite une zone fossile encore plus isolée avec la nouvelle espèce. » Heureusement pour l’équipe, ils ont rencontré un homme Touareg local qui avait vu des os géants au plus profond du désert. Il les a guidés pendant une journée sur sa moto jusqu’au site. L’équipe a trouvé des dents et des mâchoires de Spinosaure presque immédiatement.

Cette persévérance a porté ses fruits, comme le souligne Paul Sereno : « Si vous pouvez braver les éléments et que vous êtes prêt à poursuivre l’inconnu, vous pourriez bien découvrir un monde perdu. Maintenant, tous les jeunes chercheurs qui m’ont rejoint sont co-auteurs du rapport qui fait la couverture de Science. »

Un musée pour l’avenir du Niger

Le Niger était déjà l’un des pays les plus pauvres de la Terre, avec l’une des espérances de vie les plus faibles, avant même la récente recrudescence des conflits. Plutôt que de voir cela comme une raison d’éviter la région, Paul Sereno est motivé par la volonté de révéler la richesse fossile du Niger aux habitants et au monde entier. Il dirige actuellement un effort international pour construire le premier musée à énergie zéro du monde dans la capitale, Niamey. Baptisé le Musée du Fleuve, il est conçu pour être érigé sur une île du fleuve qui donne son nom au pays.

Outre l’héritage du Crétacé du Niger, le musée mettra l’accent sur les populations qui vivaient dans la région lorsque le Sahara était une savane verdoyante. Cette collaboration scientifique a tissé des liens profonds. Paul Sereno insiste sur cet aspect humain : « Les populations locales avec lesquelles nous travaillons sont mes amis pour la vie, y compris maintenant l’homme qui nous a conduits à Jenguebi et à l’étonnant spinosaure. Ils comprennent l’importance de ce que nous faisons ensemble – pour la science et pour leur pays. »

L’étude complète de cette découverte majeure est publiée cette semaine dans la revue Science, dont elle fait la couverture.

Selon la source : iflscience.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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