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Procès Stronach : le mensonge de la quatrième plaignante ébranle la cour
Crédit: Gregor Tatschl, Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)

Un passé commun et une accusation grave

Le procès de Frank Stronach, fondateur de Magna International, a connu un rebondissement majeur ce vendredi. L’homme d’affaires de 93 ans, qui a plaidé non coupable, fait face à 12 accusations à caractère sexuel pour des faits s’étalant de 1977 à une période plus récente. Au cœur des débats actuels se trouve le témoignage de la quatrième plaignante, une femme de 63 ans dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication, qui accuse l’industriel de l’avoir violée dans son appartement de Toronto en 1983.

Le contexte de cette rencontre remonte à loin : la plaignante a expliqué à la cour que son père était très proche de Frank Stronach lorsque sa famille a émigré de Hongrie dans les années 1950, bien qu’elle-même connaisse peu l’accusé. C’est sa mère qui lui avait trouvé un emploi d’été comme commis de bureau chez Magna International durant l’été 1983. Selon son récit, M. Stronach l’aurait invitée à dîner au restaurant pour célébrer son retour imminent à l’Université McGill à Montréal, avant de l’inviter dans son condominium pour, dit-elle, y admirer la vue.

Il est important de noter que les détails rapportés dans ce procès concernent des allégations d’agression sexuelle et pourraient heurter la sensibilité de certains lecteurs. La plaignante soutient que c’est lors de cette visite au domicile de l’accusé que le viol aurait eu lieu.

Coup de théâtre : l’aveu du mensonge

L’audience a pris une tournure inattendue lorsque la plaignante a demandé la permission de s’adresser à la juge avant la reprise du contre-interrogatoire par la défense. Elle est revenue sur une déclaration faite la veille sous serment. Jeudi, elle avait affirmé ne jamais avoir lu un article du Globe and Mail écrit par l’auteure Jane Boon, qui y détaillait une agression présumée de la part de Frank Stronach. Précisons que Mme Boon ne figure pas parmi les sept plaignantes de ce dossier.

Vendredi, la femme est revenue sur ses propos avec un aveu direct : « Je l’avais bien lu et la Couronne était au courant », a-t-elle déclaré, avant que la juge n’interrompe sa déclaration, estimant en avoir entendu assez. Cette admission a offert une opportunité immédiate à l’avocate de la défense, Leora Shemesh. Celle-ci a suggéré que le témoignage de la plaignante avait pu être influencé par la lecture du récit de Mme Boon.

Me Shemesh a confronté la témoin avec vigueur, lui demandant : « Vous nous avez présenté des excuses pour votre malhonnêteté? ». La plaignante a répondu par l’affirmative. L’avocate a ensuite remis en cause l’ensemble des allégations, rejetant le témoignage de la veille où la plaignante affirmait ne pas se souvenir de certains détails de cette soirée d’août 1983.

Mémoire fragmentée et paralysie de la peur

Le contre-interrogatoire s’est concentré sur les zones d’ombre de la soirée du viol présumé. La plaignante s’est montrée incapable d’expliquer comment elle s’était retrouvée dans la chambre de l’accusé, alors qu’elle avait situé leur interaction précédente dans le salon. Elle a précisé avoir consommé de l’alcool, mais pas au point de perdre connaissance, et a exprimé des doutes sur le fait que Frank Stronach l’ait transportée. « Je m’en serais rappelé s’il m’avait portée dans ses bras », a-t-elle souligné.

La femme a décrit un état de sidération lors des faits allégués. Elle a expliqué qu’elle était « engourdie, figée et paralysée par la peur », ce qui l’aurait empêchée de parler ou de se débattre. Elle a reconnu que l’accusé n’avait pas été violent ce soir-là et que l’acte n’avait laissé « ni marques ni blessures ». Elle a également exprimé un sentiment de culpabilité rétrospectif : « Je crois que j’étais fautive parce que j’étais ivre et que je ne me suis pas débattue », a-t-elle mentionné, se reprochant d’avoir accepté l’invitation initiale.

Face aux questions incisives de la défense sur sa mémoire sélective, elle a théorisé l’existence de deux types de mémoire : celle des faits anciens et celle liée « à des souvenirs très douloureux que l’esprit finit par refouler ». Elle a conclu sur la vulnérabilité de sa situation à l’époque : « Lorsque vous vous retrouvez seule très haut dans un condominium en compagnie d’un homme, vous avez le choix de vous défendre, mais vous ne savez jamais quelle sera sa réaction ».

La défense attaque la crédibilité du récit

La stratégie de la défense, menée par Me Shemesh, vise à démontrer que la plaignante a été « entraînée » par la Couronne pour modifier sa version des faits. L’avocate a pointé des différences notables entre la déposition à la police de juin 2024 et les conférences préparatoires de janvier 2026. Initialement, la plaignante utilisait des formules hésitantes comme « J’aurais pu avoir » ou « Je suppose que c’est ce que j’ai fait ». Plus récemment, ses affirmations sont devenues plus décisives.

Me Shemesh a accusé la plaignante de mentir par gêne et regret d’avoir inventé cette histoire : « Vous éprouvez des regrets et c’est ce qui vous travaille l’esprit depuis que vous avez exposé votre version des faits ». Elle a également souligné l’usage de verbes de modalité pour modifier le sens des phrases. La plaignante a nié avoir inventé les faits, expliquant que ses hésitations passées étaient une façon de prendre de la distance avec son vécu ou de signaler des oublis.

Interrogée sur les directives des procureures, la femme a répondu : « Non, je n’ai pas corrigé des hésitations lors de ma récente rencontre avec la Couronne, mais elles m’ont bien dit d’être plus clair dans mes déclarations ». Insatisfaite, la défense a réitéré son intention de déposer une requête pour faire suspendre indéfiniment le procès pour abus de procédures une fois les témoignages terminés.

Réprimande de la juge et excuses du parquet

L’audience s’est achevée dans une atmosphère tendue, marquée par une intervention sévère de la juge à l’encontre des procureures de la Couronne. Après le départ de la plaignante, la magistrate a exprimé son mécontentement face à la gestion du mensonge de la témoin. « Vous saviez que la témoin avait menti hier, mais vous n’avez rien fait pour intervenir et corriger le tir. Je vous invite à réfléchir sérieusement à votre attitude », a-t-elle lancé.

Cette réprimande a eu un effet visible. Au retour de la pause déjeuner, la procureure Jelena Vlacic, apparaissant au bord des larmes, a présenté ses excuses à la cour. Les audiences ont ensuite repris à huis clos pour traiter des arguments juridiques, loin du public et des médias.

Le procès doit se poursuivre dès le début de la semaine prochaine. On s’attend à ce que la cinquième plaignante soit appelée à la barre des témoins lundi matin, alors que la défense continue de scruter chaque incohérence potentielle dans ce dossier complexe.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Créé par des humains, assisté par IA.

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