Chefferie de la CAQ : Christine Fréchette dévoile son jeu et attaque les « vieux partis »
Auteur: Adam David
Un premier rassemblement sous le signe de l’émotion à Boucherville
C’est dans une ambiance fébrile, à quelques heures seulement de l’échéance pour le dépôt des candidatures à la direction du parti, que l’aspirante première ministre Christine Fréchette a réuni ses troupes. Samedi après-midi, la députée de Sanguinet a choisi un hôtel de Boucherville, en Montérégie, pour tenir son tout premier grand rassemblement devant les militants. L’événement marquait une étape cruciale dans sa campagne pour succéder à François Legault.
Accueillie chaleureusement par des applaudissements nourris, Mme Fréchette est montée sur scène entourée des ministres du gouvernement actuel qui lui ont offert leur appui. Elle a immédiatement donné le ton de son engagement, insistant sur la dimension personnelle de sa démarche. « Servir le Québec, pour moi, c’est plus qu’un engagement politique, c’est une question de cœur », a-t-elle lancé à la foule, marquant ainsi le début officiel de la présentation de sa vision pour la province.
Une vision de l’État : résultats, rigueur et partenariat
Lors de son allocution, Christine Fréchette n’a pas hésité à égratigner ses adversaires politiques, ciblant spécifiquement les « vieux partis » qu’elle accuse de fomenter les divisions. Pour la candidate, la situation actuelle exige un changement de cap dans la gouvernance. « Il est temps d’apporter une nouvelle façon de diriger, une approche rassembleuse mais ferme, à l’écoute et déterminée », a-t-elle souligné, se positionnant comme une leader capable d’unifier.
Analysant le contexte sociopolitique et l’insatisfaction palpable chez certains Québécois, elle a justifié son ambition par l’urgence de la situation, affirmant que « le Québec traverse un moment charnière ». Elle a toutefois mis en garde contre les solutions radicales. « La réponse à ces défis collectifs, ça ne peut pas et ne doit pas être la rupture », a-t-elle soutenu. Soucieuse de se distinguer par son tempérament, elle a précisé sa marque de commerce : « Je veux être reconnue pour mes résultats plutôt que mes coups d’éclat et mes sautes d’humeur. »
Sur le plan de la gestion de l’État, Mme Fréchette a plaidé pour une réduction de l’interventionnisme gouvernemental et une diminution de la taille de l’appareil public, jugeant que le gouvernement a « embauché trop de fonctionnaires ». Sa philosophie est claire : « Je veux qu’on bâtisse un État partenaire, pas un État paternaliste », a-t-elle expliqué aux militants présents.
Économie, logement et identité : des promesses ciblées
Au-delà des principes de gouvernance, la candidate a dévoilé plusieurs engagements concrets. Pour faciliter l’accès à la propriété, un enjeu majeur, elle a promis de rembourser la taxe de bienvenue pour les premiers acheteurs. Sur le front économique, elle entend soutenir vigoureusement les PME et introduire des critères spécifiquement québécois dans les appels d’offres publics.
Mme Fréchette a également abordé des dossiers sensibles comme les relations de travail et l’identité. Elle a apporté un soutien sans équivoque à la réforme du milieu syndical initiée par le ministre Jean Boulet, assurant qu’elle a l’intention de la « mener à terme ». Concernant la protection de la langue française, elle a affiché sa détermination à utiliser « tous les outils nécessaires pour défendre ce que nous sommes ».
L’effet Fréchette : nouveaux membres et relance du troisième lien
La campagne de Christine Fréchette semble bénéficier d’un élan significatif, la candidate revendiquant pour l’instant une trentaine d’appuis, dont 13 ministres du cabinet Legault. Parmi eux, le ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, était présent au rassemblement. Il considère Mme Fréchette comme la « bonne personne » pour relancer la Coalition avenir Québec (CAQ). Il a d’ailleurs révélé avoir été contacté par des citoyens non-membres qui ont adhéré au parti spécifiquement après la prise de position de la candidate sur le troisième lien.
Rappelons que plus tôt cette semaine, Christine Fréchette a proposé un retour au tracé à l’est de Québec pour le troisième lien, incluant un péage et un partenariat avec le secteur privé pour sa réalisation. Cette approche semble porter ses fruits selon M. Lafrenière : « [Ils] étaient contents de voir une décision qui était pragmatique, qui avait été réfléchie. C’est exactement le style de leader qu’on veut », a-t-il souligné.
Nuances sur l’immigration et mobilisation des troupes
L’immigration demeure un sujet central, sur lequel Christine Fréchette a nuancé sa position par rapport à celle du ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, pourtant l’un de ses soutiens. Elle propose de rétablir le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour deux ans, offrant une « clause de droits acquis » aux immigrants déjà présents lors de son abolition, tout en réduisant les invitations du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) pour respecter les seuils. M. Roberge a minimisé les divergences : « C’est certain que le programme d’avenir, c’est le Programme de sélection des travailleurs qualifiés. Christine Fréchette est 100 % d’accord avec moi et avec la position gouvernementale ». Il a précisé que la réflexion porte uniquement sur « de quelle manière on pourrait faire une meilleure transition entre l’ancien programme, qui, à terme, sera aboli, et le nouveau ».
Les appuis de poids continuent de se manifester. Jean-François Roberge estime que l’ex-ministre de l’Économie « incarne le renouveau dont [la CAQ] a besoin », la décrivant comme « une dame rigoureuse qui est capable de faire face à la tempête, qui démontre beaucoup d’écoute et qui est capable de rallier des gens de divers horizons ». De son côté, Benoit Charette, ministre de l’Environnement et fondateur de la CAQ, croit qu’elle est la mieux placée pour les prochaines élections : « Elle permet à la Coalition [avenir Québec] d’espérer d’être concurrentielle de nouveau sur l’échiquier politique ». Il ajoute que sa candidature attire de nouveaux visages : « Non seulement on ramène des gens qui s’étaient peut-être éloignés ces dernières années pour différentes raisons, [mais] on arrive à susciter de la curiosité chez des gens qui ne s’étaient jamais impliqués au niveau de la Coalition [avenir Québec] ».
La ministre du Tourisme, Amélie Dionne, a pour sa part constaté que « on sent la fébrilité et l’engouement sur le terrain ». Notons enfin que dans cette course à la chefferie, l’autre candidat principal, Bernard Drainville, dispose actuellement des appuis de 13 élus caquistes.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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