Trump : Traître ou génie ? L’analyse tranchée de Lech Walesa sur la guerre en Ukraine
Auteur: Adam David
Donald Trump : entre trahison apparente et stratégie de survie
À la veille du quatrième anniversaire de l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie, la figure historique de la lutte contre le communisme, Lech Walesa, livre une analyse sans concession mais nuancée de la situation géopolitique actuelle. Dans un entretien accordé lundi à l’AFP, l’ancien président polonais, aujourd’hui âgé de 82 ans, s’interroge ouvertement sur le rôle joué par Donald Trump dans ce conflit qui s’enlise.
Pour le co-fondateur du syndicat Solidarnosc, l’attitude conciliante du président américain envers Vladimir Poutine suscite des interrogations légitimes. « En apparence, aujourd’hui, il semble être le valet de la Russie, un traître tout simplement. C’est une façon de voir les choses », explique le prix Nobel de la Paix. Cette perception, partagée par certains observateurs, n’est cependant pas la seule grille de lecture que propose l’ancien dirigeant syndical.
Lech Walesa n’exclut pas une stratégie beaucoup plus complexe de la part de la Maison Blanche. Selon lui, Donald Trump pourrait tout aussi bien se révéler être un dirigeant « exceptionnel », dont la manœuvre viserait avant tout à éviter l’enfer nucléaire face à un Kremlin imprévisible.
Le spectre de l’arme atomique et le calcul américain
Pourquoi cette ambivalence ? Lech Walesa avance l’hypothèse que le président américain pourrait être « un responsable politique extrêmement intelligent ». Sa logique reposerait sur une compréhension aiguë du danger : il « sait que si les États-Unis se joignaient au chœur anti-Poutine, Poutine n’aurait plus le choix et devrait utiliser l’arme atomique ». L’ancien électricien des chantiers navals est catégorique sur la nature du président russe : « Parce que Poutine est irresponsable ».
Dans cette perspective, l’attitude de Donald Trump relèverait d’un calcul de haute voltige. « C’est un jeu très rusé, très intelligent. Ne pas pousser Poutine à utiliser l’arme nucléaire, jouer l’ami », analyse Lech Walesa. Cette tactique permettrait de gagner un temps précieux tout en mettant la pression sur les alliés du Vieux Continent.
L’objectif sous-jacent serait de forcer « l’Europe à s’organiser contre Poutine, sans les États-Unis. Parce que si les États-Unis entrent en jeu, c’est la guerre nucléaire », prédit celui qui a contribué à la chute du Rideau de fer. Face à ces deux lectures possibles, « traître ou homme extrêmement intelligent », Lech Walesa reste prudent : « À ce jour, je ne sais toujours pas laquelle s’applique à Trump ».
Un prix Nobel en suspens et une mise en garde
La question de la reconnaissance internationale de Donald Trump dépendra entièrement de la validité de ces hypothèses. Si le scénario du dirigeant « exceptionnel » se confirme, M. Trump « mériterait » alors le prix Nobel de la paix, une distinction que Lech Walesa a lui-même reçue en 1983. En revanche, le jugement est sans appel dans le cas contraire : « Mais s’il est un traître », tranche-t-il, « il ne le mérite pas, donc il faut attendre. Il est trop tôt pour juger ».
Cette réflexion sur le Nobel a d’ailleurs fait l’objet d’un échange récent aux États-Unis entre l’ancien président polonais et Maria Corina Machado. La cheffe de l’opposition vénézuélienne, désignée lauréate du Nobel de la Paix 2025, a choisi d’offrir la médaille de son prix à Donald Trump.
Lech Walesa rapporte avoir exprimé son désaccord face à ce geste précipité lors de leur rencontre. « Je lui ai dit qu’elle était allée trop vite en besogne », assure-t-il, soulignant la nécessité de voir les résultats concrets de la politique américaine avant de décerner des lauriers.
Dans le bureau de Gdansk : souvenirs et regrets d’un président
L’entretien se déroule dans un lieu chargé d’histoire : le bureau de Lech Walesa, situé au cœur des anciens chantiers navals de Gdansk. C’est depuis cette cité hanséatique des bords de la Baltique que l’ancien électricien à la célèbre moustache a forcé le régime communiste à légaliser les syndicats et à concéder les premières élections semi-libres. Bien qu’il n’occupe plus de fonctions officielles depuis la fin de sa présidence (1990-1995) et qu’il ne soit plus prophète en son pays, il conserve une autorité morale à l’étranger.
Le décor de son bureau reflète son panthéon intime et politique : un crucifix, une reproduction de la Cène, un portrait du maréchal Jozef Pilsudski, père de l’indépendance de 1918, et un portrait du pape polonais Jean-Paul II. Trois drapeaux ornent également la pièce : ceux de l’Union européenne, de la Pologne et de l’Ukraine. « Nous devons aider l’Ukraine de toutes nos forces », lance-t-il, motivé par un profond sentiment de regret.
Lech Walesa confie en effet nourrir « des remords » concernant le destin de son voisin oriental. Il dévoile un projet avorté de son mandat : « À l’époque où j’étais président, j’avais une idée simple : Nous entrons (Pologne et Ukraine) ensemble dans l’Union européenne et dans l’OTAN ». Craignant de compromettre l’adhésion polonaise, il avait gardé ce plan secret pour le révéler après sa réélection. « J’ai perdu à la présidentielle et tout est tombé à l’eau. J’aurais dû agir plus tôt », déplore-t-il aujourd’hui.
L’avertissement face au système russe et à l’avenir du monde
Alors que le conflit en Ukraine, le plus sanglant en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, entre ce mardi dans sa cinquième année, la situation sur le terrain reste critique. Des négociations entre Russes et Ukrainiens sont en cours depuis 2025 sous l’impulsion de Donald Trump, mais elles sont restées vaines jusqu’ici. Pour Lech Walesa, l’enjeu dépasse les frontières de l’Europe de l’Est.
Cet acteur clé de l’effondrement du bloc soviétique lance un avertissement sombre : « si la Russie conquiert l’Ukraine, nous pourrons apprendre le chinois et le russe. Les États-Unis perdront définitivement ». Toutefois, même une victoire militaire ne suffirait pas à garantir une paix durable selon lui : « si on parvient à vaincre la Russie, celle-ci se relèvera dans dix ans et nos petits-enfants devront à nouveau se battre contre la Russie ».
Pour l’ancien dirigeant, le mal est structurel. Il estime que l’« agressivité russe » trouve ses racines dans l’absence de démocratie et dans une propagande séculaire où « les autorités, depuis des siècles, entretiennent l’idée qu’un ennemi extérieur menace la Russie ». Sa conclusion est sans appel sur la nature du défi à relever : « Le problème de la Russie ne réside ni dans Poutine, ni dans Staline mais dans un mauvais système politique ».
Selon la source : journaldemontreal.com
Créé par des humains, assisté par IA.