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Il y a 66 millions d’années, un dinosaure s’est retrouvé avec une dent plantée dans le visage. Aujourd’hui, on sait enfin ce qui l’y a laissée
Crédit: Jenn Hall/Montana State University

Une scène de crime figée dans la pierre

Les fossiles sont des fenêtres inestimables sur le passé, nous offrant une idée précise de l’apparence des dinosaures et parfois même des indices précieux sur leur mode de vie. Cependant, il est beaucoup plus rare que ces vestiges pétrifiés nous montrent précisément comment ces créatures ont trouvé la mort. Une exception remarquable à cette règle est actuellement exposée au Museum of the Rockies de l’Université d’État du Montana.

Il s’agit d’un crâne presque complet d’un Edmontosaurus, datant de 66 millions d’années. Ce spécimen présente une particularité glaçante qui le distingue des autres découvertes : une dent de Tyrannosaurus est restée logée directement dans sa face. Ce détail anatomique offre aux chercheurs une opportunité unique d’analyser une interaction violente survenue à la fin du Crétacé.

Ce fossile ne se contente pas d’être une curiosité muséale ; il constitue une preuve matérielle directe d’un événement fatal. La préservation de cet instantané, figé dans la pierre depuis des éons, permet aujourd’hui aux scientifiques de reconstituer avec une précision inédite les circonstances d’une attaque préhistorique.

Une enquête technologique sur un fossile oublié

Bien que ce crâne d’Edmontosaurus figure dans les archives depuis un certain temps, ayant été découvert il y a plus de 20 ans dans la formation de Hell Creek dans l’est du Montana, c’est une nouvelle analyse qui le propulse cette semaine à la une de l’actualité scientifique. Taia Wyenberg-Henzler, doctorante à l’Université de l’Alberta, et John Scannella, conservateur de paléontologie au Museum of the Rockies, ont mené cette étude approfondie.

Pour percer les secrets de ce fossile, les chercheurs ont utilisé des tomodensitogrammes (scanners CT). Cette technologie leur a permis de mesurer exactement la profondeur et la dureté de la morsure. Ils ne se sont pas arrêtés là : ils ont également confirmé l’identité de l’agresseur en comparant la dent incriminée à toutes les autres dents trouvées dans la formation géologique, validant qu’elle appartenait bien à un Tyrannosaurus.

L’importance de cette démarche réside dans la rareté de l’indice. Comme l’a déclaré Taia Wyenberg-Henzler dans un communiqué : « Bien que les marques de morsures sur les os soient relativement courantes, trouver une dent encastrée est extrêmement rare ». Selon la chercheuse, cette découverte permet une « sorte d'[…] enquête sur une scène de crime du Crétacé ».

L’absence de guérison : un indice crucial

La présence physique de la dent change la donne par rapport à une simple trace de croc. « Une dent encastrée, particulièrement dans un crâne […], vous donne l’identité non seulement de celui qui a été mordu mais aussi de celui qui a mordu », a précisé Taia Wyenberg-Henzler. Cette identification croisée permet de valider sans l’ombre d’un doute les acteurs de ce drame préhistorique.

Pour John Scannella, la valeur de cette pièce est inestimable pour comprendre les interactions entre espèces. « Un fossile comme celui-ci est particulièrement excitant car il capture un comportement : un tyrannosaure mordant le visage de ce dinosaure à bec de canard », a-t-il expliqué. L’observation minutieuse de l’os a révélé un détail crucial : l’absence de régénération osseuse.

Le conservateur a souligné ce point déterminant : « Le crâne ne montre aucun signe de guérison autour de la dent du tyrannosaure, donc il était peut-être déjà mort lorsqu’il a été mordu, ou il est peut-être mort parce qu’il a été mordu ». Cette observation ouvre la porte à plusieurs interprétations sur la nature de l’événement, oscillant entre la prédation active et le charognage.

Le débat séculaire : chasseur ou opportuniste ?

La manière exacte dont l’emblématique T. rex trouvait ses repas a longtemps fait l’objet de débats au sein de la communauté scientifique. Malgré sa taille gigantesque et ses mâchoires redoutables, l’idée qu’il ait pu être un charognard plutôt qu’un chasseur a été proposée pour la première fois il y a plus de 100 ans. Aujourd’hui, le consensus penche vers une combinaison des deux comportements.

Il est fort probable que le roi des lézards tyrans était principalement un prédateur, mais qu’il ne dédaignait pas un repas facile s’il tombait sur un « tartare de Tricératops » fraîchement abattu. Dans ce cas de figure, il n’y aurait eu aucun mal à profiter de l’aubaine. Cette hypothèse aurait pu s’appliquer à l’Edmontosaurus de Hell Creek : un animal mort de cause naturelle, trouvé peu après par un tyrannosaure affamé.

Cependant, les preuves recueillies par l’équipe de recherche orientent l’histoire vers un scénario beaucoup plus macabre. Taia Wyenberg-Henzler note que l’analyse globale des indices contredit la simple hypothèse du charognage opportuniste au profit d’une confrontation directe et violente.

Le verdict : une fin terrifiante

L’analyse positionnelle de la morsure a été déterminante pour trancher la question. « Regarder la façon dont la dent est encastrée dans le nez de l’Edmontosaurus suggère qu’il a rencontré son attaquant face à face », a expliqué la doctorante. Une telle configuration frontale est typique d’un combat ou d’une mise à mort, plutôt que de la consommation d’une carcasse inerte.

De plus, la physique de l’impact témoigne d’une violence inouïe. Selon Wyenberg-Henzler, « la quantité de force nécessaire pour qu’une dent se brise dans l’os pointe également vers l’utilisation d’une force mortelle ». Tout cela implique, selon elle, « un animal qui a été tué par un prédateur ».

Cette étude, publiée dans la revue PeerJ, ne laisse que peu de place au doute sur le sort de l’herbivore. « Pour moi, cela peint une image terrifiante des derniers moments de cet Edmontosaurus », a conclu la chercheuse. Ce fossile n’est donc pas seulement un ossement, mais le témoignage perpétuel d’une exécution brutale survenue à l’aube de l’extinction des dinosaures.

Selon la source : iflscience.com

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