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Des scientifiques ont découvert que le Wi-Fi peut vous espionner—même lorsque vous n’êtes pas connecté à Internet
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une surveillance d’un nouveau genre

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Le WiFi, cette technologie qui nous permet d’accéder à Internet de presque n’importe où, cache une capacité de surveillance insoupçonnée. Une méthode émergente permet aujourd’hui d’analyser les signaux radio émis par les réseaux pour créer des images de personnes, et ce, sans leur consentement. Le plus troublant dans cette affaire ? Cette technique ne s’intéresse absolument pas à votre historique de navigation.

Oubliez les innombrables bots qui pistent votre activité en ligne, peu importent vos réglages de confidentialité ou les bloqueurs que vous installez. Cette nouvelle forme d’espionnage est d’une autre nature. Elle ne nécessite aucun matériel spécialisé, et n’a même pas besoin d’atteindre votre téléphone, votre tablette ou tout autre appareil connecté. Il vous suffit de passer à proximité d’un lieu doté d’un réseau WiFi actif. Les ondes radio rebondiront sur vous et permettront de créer une image, ouvrant ainsi une brèche béante dans votre vie privée.

Comment les ondes radio dessinent votre portrait

Lorsque les signaux WiFi se propagent et interagissent avec un objet ou une personne, ils sont altérés. Les motifs qui en résultent peuvent être collectés et assemblés pour créer une sorte d’instantané. Mais au lieu de la lumière, nécessaire à un appareil photo, cette image est entièrement constituée de signaux radio. Une fois capturés et analysés, ces motifs forment une représentation de vous, une sorte d’image spectrale qui peut être utilisée pour vous suivre secrètement partout où le WiFi est présent.

Même sans téléphone ni ordinateur portable sur vous, cette surveillance par WiFi peut vous détecter, uniquement sur la base de cette image radio. Aucun capteur spécial n’est impliqué. Si de telles tactiques sont déjà problématiques lorsqu’elles sont employées par des individus, on peut imaginer les dérives potentielles si elles tombaient entre les mains d’entreprises ou de gouvernements désireux de connaître chacun de vos mouvements.

La faille technique : le BFI, une porte ouverte et non chiffrée

credit : lanature.ca (image IA)

La menace pour la vie privée réside dans un mécanisme appelé BFI, pour « beamforming feedback information » (information de retour de formation de faisceaux). Ce phénomène se produit lorsque des appareils connectés à un réseau WiFi, comme les smartphones et les routeurs, s’envoient des signaux de retour d’information au sein même du réseau. Le plus inquiétant est que ces informations sont transmises sans aucun chiffrement. En clair, n’importe qui à portée de ce réseau peut les intercepter et y accéder.

Cette situation préoccupe vivement des chercheurs comme Julian Todt, Felix Morsbach et Thorsten Strufe, du KASTEL Security Research Labs à l’Institut de Technologie de Karlsruhe, en Allemagne. Jusqu’à présent, les tentatives de surveillance par WiFi exigeaient des capteurs LiDAR ou des techniques complexes mesurant les variations des signaux après qu’ils aient rebondi sur des objets. Le BFI, lui, rend la surveillance sans consentement beaucoup plus simple que les autres méthodes.

Dans une étude récemment publiée dans les *Proceedings of the 2025 ACM SIGSAC Conference on Computer and Communications Security*, les chercheurs alertent : « Les réseaux WiFi étant omniprésents dans notre vie quotidienne, l’impact de menaces inconnues sur la vie privée est probablement grave. [Le BFI] peut déduire l’identité des individus avec une très grande précision, à travers différents styles de marche et perspectives, même avec des échantillons de grande taille. »

Du correcteur d’erreurs à l’outil d’espionnage

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Le WiFi possède une couche physique connue sous le nom de CSI (Channel State Information). Dans ses versions antérieures, le CSI n’était destiné qu’à la correction d’erreurs, et son accès nécessitait une application compatible avec du matériel spécifique. Si cela rendait la détection par WiFi plus difficile, le risque pour la vie privée restait faible. Puis est arrivé le WiFi 5. Conçue pour des bandes passantes plus élevées, cette nouvelle génération a introduit la formation de faisceaux (beamforming), rendant involontairement possible l’exploitation du BFI.

Des appareils compromis ou malveillants, appelés nœuds malicieux, ne peuvent obtenir qu’un accès limité aux systèmes basés sur l’ancien CSI. Mais grâce au BFI, un nœud malicieux peut enregistrer tout ce qui se trouve dans sa portée de diffusion, y compris les personnes. L’analyse de l’interférence permet de deviner une présence humaine. En comparant le signal reçu à celui qui serait attendu sans obstacle, on obtient une estimation de la perturbation. Ces estimations transportent naturellement des informations sur l’environnement traversé. Un humain cause une interférence significative, mais l’analyse peut aller plus loin que la simple détection de présence : elle peut révéler des informations sensibles sur vos actions, permettant à l’observateur de décider si vous semblez suspect, même si vous ne faites rien de répréhensible.

Un avenir incertain et des protections à inventer

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Le tableau pourrait encore s’assombrir. L’IEEE (Institute of Electrical and Electronics Engineers) prévoit de standardiser des applications WiFi capables de détecter encore plus d’informations, sans qu’aucune protection de la vie privée ne soit pour l’instant envisagée. Face à cette menace grandissante et à la dépendance croissante au WiFi, les chercheurs appellent à une investigation plus poussée du BFI. Plusieurs questions restent sans réponse : comment les caractéristiques ou les manies d’une personne influencent-elles les rapports de formation de faisceaux ? Et surtout, comment prévenir ou au moins atténuer ces violations de la vie privée ?

Pour l’heure, quelques contre-mesures existent, mais leur efficacité est jugée discutable. Les chercheurs le soulignent : « Comme le BFI est transmis en clair par les airs, aucun matériel spécialisé avec un firmware personnalisé n’est nécessaire pour l’enregistrer et il est plus facile d’enregistrer plusieurs perspectives. Cela met en évidence les menaces pour la vie privée associées à la détection basée sur le BFI. Avec ce matériel qui fait son entrée dans des millions de foyers, les préoccupations en matière de vie privée sont graves. »

Il serait peut-être temps pour Rockwell de mettre à jour les paroles de son tube emblématique « Somebody’s Watching Me » pour y inclure une mention sur le WiFi.

Selon la source : popularmechanics.com

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