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Un champignon mortel devient plus intelligent au cours de l’infection — et signe sa propre condamnation
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un ennemi intime dans notre propre corps

Notre corps est un écosystème complexe, abritant une multitude de champignons. Certains nous sont bénéfiques, d’autres peuvent se révéler mortels. La distinction entre ces deux rôles dépend souvent de l’endroit où ils se trouvent. Le champignon Candida parapsilosis, par exemple, vit habituellement sans causer de tort sur notre peau ou dans nos intestins.

Le tableau change radicalement s’il parvient à pénétrer dans notre circulation sanguine. Il devient alors l’agent d’une forme de septicémie particulièrement dangereuse. Une étude récente s’est penchée sur la manière dont ce pathogène évolue pour survivre. Les chercheurs ont fait une découverte paradoxale : en se protégeant contre un traitement antifongique courant, le champignon crée par inadvertance une vulnérabilité face à d’autres médicaments.

Le mycobiome, un univers microscopique crucial

Au cœur de notre système digestif, le microbiome intestinal fourmille de vie : bactéries, archées, protistes, virus et champignons. Ces derniers, collectivement appelés le « mycobiome », représentent la plus petite part de cette population, constituant au maximum 0,1 % des organismes présents. Pourtant, leur importance est inversement proportionnelle à leur nombre.

Ces micro-organismes jouent un rôle essentiel dans la régulation de l’immunité, de la digestion et de l’homéostasie générale du corps. Mais que se passe-t-il lorsqu’un de ces champignons, habituellement inoffensif, se retrouve au mauvais endroit ? C’est le cas de Candida parapsilosis. S’il pénètre dans l’organisme via une blessure, il peut provoquer une candidémie, une infection sanguine grave.

C’est précisément pour mieux comprendre et traiter cette affection qu’une équipe internationale de scientifiques a saisi une occasion unique : analyser l’évolution du champignon directement à partir d’échantillons prélevés sur un patient dont l’infection persistait malgré les traitements.

Quand l’échec d’un traitement ouvre la voie à la science

Le traitement standard de la candidémie repose sur un médicament appelé échinocandine, un antifongique administré par voie intraveineuse. Dans le cas du patient étudié, ce traitement s’est avéré totalement inefficace. Après 12 jours de thérapie sans succès, les médecins ont changé de stratégie et ont administré de l’amphotéricine B liposomale (AMB).

Le résultat fut spectaculaire : l’infection a été rapidement éliminée. Cette situation clinique a fourni une base de travail inestimable pour les chercheurs. Leurs conclusions ont été publiées dans la revue scientifique Microbiology Spectrum. Les auteurs y rappellent le contexte : « Candida parapsilosis est l’une des principales causes de candidémie dans le monde, en particulier chez les nouveau-nés, les personnes immunodéprimées et les patients porteurs de dispositifs intravasculaires ».

Le champignon est particulièrement redoutable en milieu hospitalier. « Sa capacité à former des biofilms robustes lui permet de persister sur les dispositifs médicaux et les surfaces hospitalières, favorisant la transmission nosocomiale et une sensibilité réduite aux médicaments antifongiques », précisent les scientifiques.

Le mécanisme de défense à double tranchant du champignon

Pour percer les secrets de cette résistance, l’équipe a analysé les souches du champignon prélevées sur le patient. Grâce à la microscopie et à la résonance magnétique nucléaire à l’état solide, ils ont identifié un phénomène qu’ils ont baptisé « remodelage de la paroi cellulaire » (ou CWR, pour Cell Wall Remodeling). La paroi cellulaire d’un champignon est une structure dynamique, capable de s’adapter aux stress environnementaux, comme un traitement médicamenteux.

Dans ce cas précis, les isolats de C. parapsilosis montraient des niveaux accrus de mannane, un type de polymère de sucre, et une abondance réduite de β-glucane, les polymères qui structurent la paroi elle-même. Cette modification a permis au champignon de produire des biofilms plus épais, lui conférant une tolérance accrue à l’échinocandine.

Cependant, cette formidable défense érigée contre un antifongique spécifique a créé une faille inattendue. En modifiant ainsi sa structure, le champignon est devenu beaucoup plus vulnérable à un autre médicament, l’AMB. Cette observation a été confirmée à la fois in vitro et sur des souris de laboratoire.

Vers une nouvelle stratégie thérapeutique en « un-deux »

Le champignon, en quelque sorte, a mis tous ses œufs de protection dans le même panier. En se blindant contre une menace, il a exposé un talon d’Achille que les scientifiques peuvent désormais exploiter. Cette découverte ouvre la porte à une nouvelle approche thérapeutique, une sorte de « un-deux » antifongique pour contrer l’une des infections nosocomiales les plus courantes et les plus graves.

Les auteurs de l’étude concluent sur cette perspective prometteuse : « Ces résultats révèlent comment les adaptations associées à la tolérance façonnent la survie du pathogène pendant l’infection et soulignent le potentiel thérapeutique de l’alternance des thérapies à l’échinocandine et à l’AMB ».

Leur travail fait avancer la compréhension globale des mécanismes de défense des champignons. « Ce travail fait progresser notre connaissance de la tolérance aux antifongiques et suggère que l’exploitation des sensibilités opposées aux médicaments pourrait améliorer les résultats du traitement des infections à Candida difficiles à traiter », écrivent-ils.

Selon la source : popularmechanics.com

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