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Ce cristal du désert maintient les organismes en vie pendant des éons. Il pourrait être la clé pour découvrir la vie extraterrestre
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un désert chilien aux allures de planète rouge

Imaginez un lieu sur Terre si hostile, si dépouillé, qu’il ressemble étrangement à une autre planète. Ce paysage existe. Il s’agit des plaines salées de Salar de Pajonales, nichées au cœur du désert d’Atacama, au Chili. Considéré comme l’un des endroits les plus secs du monde, ce site est si extrême qu’il sert de terrain d’étude pour simuler les conditions martiennes.

Avant de devenir le désert rouge et stérile que nous connaissons, Mars aurait pu abriter la vie. De nombreuses preuves suggèrent en effet que de vastes étendues d’eau recouvraient sa surface il y a des milliards d’années. La planète aurait donc pu être bien plus accueillante, avant de perdre son atmosphère et d’être bombardée de radiations. En attendant de pouvoir analyser des échantillons martiens sur Terre, des sites comme Salar de Pajonales offrent un aperçu saisissant de ce que nous pourrions y trouver.

L’expédition au cœur d’un monde perdu

C’est dans ce décor quasi extraterrestre qu’une équipe internationale de chercheurs s’est récemment aventurée. Perchées à une altitude d’environ 3 517 mètres (soit 11 540 pieds), les plaines de Salar de Pajonales présentent un terrain presque aussi redoutable que celui de la planète rouge. L’objectif de cette mission : découvrir si des traces de vie ancienne pouvaient être piégées à l’intérieur des cristaux de gypse qui scintillent sur le site.

Les scientifiques ont prélevé des échantillons de croûtes de gypse et de stromatolites. Ces dernières sont des structures minérales formées par l’activité de tapis microbiens au fil du temps. Les prélèvements ont été effectués près de la réserve nationale de la lagune de Flamencos, dans l’espoir que ces cristaux, de simples pierres en apparence, agissent comme des capsules temporelles biologiques.

Le gypse : un refuge minéral pour les microbes

Qu’est-ce que le gypse a de si spécial ? Il s’agit d’un minéral de sulfate, tendre et translucide. Cette translucidité est cruciale : elle laisse filtrer juste assez de lumière pour permettre à des organismes photosynthétiques de survivre à l’intérieur, tout en les protégeant de la déshydratation et des rayons ultraviolets mortels. C’est précisément ce qui serait arrivé à d’hypothétiques microbes à la surface de Mars.

Cette protection explique comment des cyanobactéries parviennent à prospérer dans les couches supérieures des stromatolites. Pour replacer les choses dans leur contexte, certaines des plus anciennes formes de vie sur Terre, datant de 3,5 milliards d’années, ont été découvertes fossilisées dans des stromatolites. C’était environ un milliard d’années seulement après la naissance de notre planète. À titre de comparaison, les algues eucaryotes comme les cyanobactéries ne sont apparues qu’il y a 750 millions d’années.

Les secrets révélés par les cristaux

L’analyse des spécimens de Salar de Pajonales a confirmé les espoirs des chercheurs. À l’intérieur des cristaux, âgés de 4 000 à 6 000 ans, ils ont trouvé bien plus que des minéraux. Les analyses ont révélé la présence de lipides associés à la vie microbienne, non seulement des cyanobactéries encore vivantes, mais aussi des bactéries fossilisées, des archées et d’autres microbes comme des diatomées.

En examinant les couches plus profondes des stromatolites, l’équipe a identifié des biosignatures claires : une alternance de couches de silicates, d’oxydes de fer et de sulfates de calcium, ainsi que des diatomées et des structures cellulaires fossilisées. Des bulles de gaz, qui pourraient être soit des biosignatures, soit des vestiges d’une activité volcanique passée, étaient également présentes. Enfin, des textures poreuses dans le gypse suggèrent une minéralisation causée par des microbes.

Ce qui a particulièrement frappé les scientifiques, c’est l’adaptation de la vie à des conditions aussi extrêmes. Le site est aride, brûlé par le soleil et balayé par des vents incessants qui menacent les microbes de dessiccation. La forte concentration en sulfates et le manque de nutriments sont d’autres obstacles majeurs. On pense que les faibles précipitations que reçoit la région ont pu fournir juste assez d’humidité pour maintenir en vie les microbes dans les croûtes de gypse et les stromatolites.

Une feuille de route pour la recherche sur Mars

Ces découvertes sur Terre ont une résonance particulière pour l’exploration spatiale. En effet, du gypse a déjà été détecté sur Mars grâce à la spectroscopie. Si la présence de sulfates n’est pas une surprise totale sur la planète rouge, cette confirmation a ravivé les spéculations : d’anciens microbes pourraient-ils se cacher dans ces cristaux martiens ? La prudence reste de mise, car les résultats de processus abiotiques (des réactions chimiques non liées à la vie) peuvent parfois être confondus avec de la matière organique.

Dans une étude publiée dans la revue Frontiers in Astronomy and Space Sciences, les chercheurs soulignent l’importance de leurs travaux. « La séparation spatiale entre les signatures fossiles et existantes souligne la capacité exceptionnelle du gypse à ensevelir et à protéger les preuves biologiques, renforçant son importance en tant que cible de choix pour l’exploration astrobiologique sur Mars », expliquent-ils.

Ils concluent en affirmant que cette découverte constitue un modèle précieux. « Ces résultats renforcent l’importance astrobiologique du gypse, à la fois comme enregistreur de la vie passée et comme refuge pour l’activité microbienne existante. Les anciens environnements martiens avec des dépôts d’évaporites similaires ont pu offrir des conditions comparables, faisant des structures de type stromatolite des cibles convaincantes pour la détection de la vie dans les futures missions planétaires. »

Selon la source : popularmechanics.com

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