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Prise de contrôle amicale de Cuba : l’étonnante proposition de Donald Trump
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une annonce surprise depuis la Maison-Blanche

C’est une formule qui a de quoi surprendre. Vendredi, le président Donald Trump a évoqué la possibilité d’une « prise de contrôle amicale de Cuba ». S’exprimant devant les journalistes à la Maison-Blanche juste avant de s’envoler pour le Texas, il a affirmé que des pourparlers étaient en cours entre Washington et La Havane, sans toutefois fournir davantage de précisions sur la nature de cette potentielle opération.

Le président américain a dépeint une situation économique cubaine critique pour justifier cette perspective. « Le gouvernement cubain discute avec nous », a-t-il déclaré. « Ils n’ont pas d’argent. Ils n’ont rien pour le moment. Mais ils nous parlent, et peut-être qu’une prise de contrôle amicale de Cuba se produira. » Selon lui, Cuba est, « pour le moins, une nation en faillite » qui « a besoin de notre aide ».

Les coulisses d’une diplomatie parallèle

Donald Trump a également indiqué que le secrétaire d’État, Marco Rubio, menait des entretiens avec les dirigeants cubains « à un très haut niveau ». Ces affirmations jettent une nouvelle lumière sur des contacts qui semblaient jusqu’alors plus discrets. La Maison-Blanche, sollicitée vendredi pour des informations complémentaires, n’a pas donné suite à ces demandes.

Selon le Miami Herald, une rencontre aurait eu lieu mercredi en marge d’un sommet des chefs de gouvernement de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), qui se tenait dans l’archipel de Saint-Kitts-et-Nevis. Des responsables américains proches de Marco Rubio y auraient échangé avec Raul Rodriguez Castro, le petit-fils de l’ancien dirigeant cubain Raul Castro. Ce dernier, bien que n’occupant aucune fonction officielle au sein du gouvernement, est considéré comme une personnalité influente sur l’île.

Cette information corrobore un article du média Axios publié la semaine précédente. Il y était rapporté que Marco Rubio, né aux États-Unis de parents d’origine cubaine, avait eu des discussions avec Raul Rodriguez Castro, court-circuitant ainsi les canaux officiels du gouvernement cubain.

Un contexte de vive tension en mer

Ces déclarations présidentielles surviennent dans un climat particulièrement tendu. Deux jours plus tôt, le gouvernement cubain annonçait un grave incident au large de ses côtes. Un hors-bord, immatriculé en Floride et transportant dix Cubains armés en provenance des États-Unis, aurait ouvert le feu sur des soldats positionnés sur la côte nord de l’île.

La riposte des forces cubaines a été meurtrière. D’après La Havane, quatre des assaillants ont été tués et les six autres blessés. Un responsable cubain aurait également été blessé lors de l’accrochage. En début de semaine, le gouvernement cubain a confirmé être en contact avec les autorités américaines depuis cette fusillade. De son côté, Marco Rubio a précisé que le département américain de la Sécurité intérieure et les garde-côtes enquêtaient sur les circonstances exactes de cet événement.

L’embargo, une arme économique au cœur du conflit

L’approche de Donald Trump semble s’appuyer sur la fragilité économique de Cuba. Après l’enlèvement par les forces américaines du président socialiste vénézuélien Nicolas Maduro, l’un des plus proches alliés de La Havane, le président américain avait laissé entendre qu’une intervention militaire à Cuba ne serait peut-être pas nécessaire. Il estimait que l’économie de l’île, privée des livraisons de pétrole vénézuélien suite à l’arrestation de Maduro, était suffisamment faible pour s’effondrer d’elle-même.

Cette stratégie s’inscrit dans le cadre d’un embargo commercial strict que les États-Unis maintiennent sur Cuba depuis 1962, un an après l’échec du débarquement de la baie des Cochons orchestré par la CIA. Mercredi, une légère inflexion a été notée : Washington a autorisé la revente de pétrole vénézuélien au secteur privé cubain, à la condition expresse que ces transactions ne profitent pas au pouvoir en place.

Cette mesure a été jugée insuffisante par Carlos Fernandez de Cossio, vice-ministre cubain des Affaires étrangères. Dans un message publié vendredi sur X puis supprimé, il affirmait que « les États-Unis maintiennent leur embargo sur le carburant imposé à Cuba dans toute sa vigueur et que son impact en tant que forme de punition collective demeure constant ». Il ajoutait : « Rien de ce qui a été annoncé ces derniers jours ne change cette réalité. La possibilité de ventes conditionnelles au secteur privé existait déjà et n’atténue en rien l’impact sur la population cubaine. »

La société civile américaine appelle à un changement de cap

Face à cette politique de pression maximale, des voix s’élèvent aux États-Unis. Vendredi, plus de 40 organisations de la société civile américaine ont adressé une lettre au Congrès. Elles l’exhortent à « faire pression sur l’administration Trump pour qu’elle revienne sur sa politique agressive envers Cuba ».

Les signataires, parmi lesquels figurent l’Alliance des baptistes, ActionAid USA et l’Église presbytérienne, s’inquiètent particulièrement des conséquences humaines de cette stratégie. Ils affirment que toute tentative de réduire davantage les livraisons de pétrole à l’île des Caraïbes risquerait de provoquer un « effondrement humanitaire ».

Leur message se veut un plaidoyer en faveur du respect du droit international. « Les politiques qui imposent délibérément la faim et des souffrances massives à des millions de civils constituent une forme de punition collective et, à ce titre, une grave violation du droit international humanitaire », peut-on lire dans la lettre.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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