Aller au contenu
Une enquête internationale révèle que 31 % des hommes de la génération Z estiment qu’une femme devrait toujours obéir à son mari
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un retour inattendu aux valeurs traditionnelles ?

À l’approche de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, une enquête mondiale vient bousculer les idées reçues sur les jeunes générations. Menée par le Global Institute for Women’s Leadership de la King’s Business School, au King’s College de Londres, elle révèle une tendance surprenante : une part significative des jeunes hommes de la Génération Z semble adhérer à des visions du genre plus traditionnelles que leurs aînés, les Baby Boomers.

Le chiffre le plus marquant ? Près d’un tiers des hommes de la Gen Z estiment que le mari devrait avoir le dernier mot dans les prises de décision au sein d’un mariage hétérosexuel. Cette étude suggère que, malgré les guerres générationnelles qui animent les réseaux sociaux, l’impatience pour les schémas dits « traditionnels » n’est peut-être pas aussi universelle qu’on pourrait le croire chez les jeunes nés entre 1997 et 2012.

Ces résultats jettent un pavé dans la mare, remettant en question la progression linéaire vers l’égalité des genres que l’on prête souvent aux nouvelles générations. Les hommes de la Gen Z, aujourd’hui âgés de 14 à 29 ans, porteraient en eux des conceptions du couple et de la masculinité qui semblaient appartenir à une autre époque.

Obéissance dans le couple : le fossé des générations

credit : lanature.ca (image IA)

La divergence des opinions entre les générations est particulièrement frappante sur la question de la dynamique au sein du couple. Quand on demande si une épouse devrait toujours obéir à son mari, 31 % des hommes de la Génération Z répondent par l’affirmative. Ce chiffre tombe à seulement 13 % chez les hommes de la génération Baby Boomer, nés entre 1946 et 1964 et aujourd’hui âgés de 62 à 80 ans.

La perception du rôle de l’époux comme décisionnaire final suit la même tendance. Seuls 17 % des hommes Boomers sont d’accord avec l’idée que le mari doit avoir le dernier mot sur les grandes décisions. Du côté des femmes, le fossé est tout aussi visible. L’idée de l’obéissance de l’épouse séduit 18 % des femmes de la Gen Z, contre seulement 6 % des femmes Boomers.

On pourrait y voir une forme d’ironie historique. Les Baby Boomers, ayant vécu de plein fouet les grands mouvements de libération des femmes et la remise en question des rôles de genre d’après-guerre, semblent aujourd’hui moins enclins à accepter une vision de soumission totale dans le mariage. Une expérience qui n’a peut-être pas été transmise de la même manière aux plus jeunes.

Paternité, séduction et indépendance : les nouveaux codes de la masculinité

credit : lanature.ca (image IA)

Les différences ne s’arrêtent pas à la porte de la chambre conjugale. L’enquête montre que les attitudes envers la sexualité et la parentalité sont également marquées par des clivages générationnels. Ainsi, 21 % des hommes de la Gen Z affirment qu’une « vraie femme » ne devrait pas prendre l’initiative d’un rapport sexuel. Chez les Boomers, ils ne sont que 7 % à partager cet avis.

La paternité est un autre point de friction. Pour 21 % des jeunes hommes interrogés, jouer un rôle actif dans l’éducation des enfants est perçu comme « moins masculin ». Cette opinion est minoritaire chez les hommes Boomers (8 %) et partagée par 14 % des femmes de la Gen Z. En parallèle, les normes traditionnelles autour de la masculinité se manifestent ailleurs : 43 % des hommes de la Gen Z ressentent une pression sociale pour paraître « physiquement forts ».

L’indépendance féminine semble également être un sujet sensible. Si 12 % des hommes Boomers pensent qu’une femme ne devrait pas paraître trop indépendante, ce pourcentage double pour atteindre 24 % chez les hommes de la Gen Z. Ces chiffres dessinent le portrait d’une masculinité sous tension, partagée entre des aspirations modernes et le poids de stéréotypes anciens.

Un phénomène mondial aux couleurs locales

L’étude, qui a sondé des personnes dans 29 pays différents, révèle des contrastes saisissants d’une nation à l’autre. Lorsqu’on leur soumet l’affirmation « On attend des hommes qu’ils en fassent trop pour soutenir l’égalité », les réponses varient radicalement. Au Brésil et en Inde, 70 % des sondés sont d’accord. Aux Pays-Bas et en Suède, ce chiffre s’effondre pour atteindre respectivement 33 % et 31 %.

En analysant les moyennes globales, les chercheurs ont mis en lumière une dichotomie intéressante. Une majorité de répondants s’accordent sur le principe que des tâches comme la garde des enfants devraient être partagées équitablement entre les hommes et les femmes. Pourtant, ils précisent souvent que les mentalités dans leur propre pays ne soutiennent pas forcément cette idée dans la pratique.

Malgré ces poches de traditionalisme, une aspiration plus large à l’égalité demeure. En moyenne, 60 % des personnes interrogées dans tous les pays pensent que « les choses fonctionneraient mieux si plus de femmes occupaient des postes à responsabilités au sein des gouvernements et des entreprises ». Un signe que le désir de changement cohabite avec la persistance de normes plus anciennes.

Entre inquiétude et « grande renégociation » des genres

Face à ces données, les experts expriment leur préoccupation. « Il est profondément inquiétant de voir des normes de genre traditionnelles persister aujourd’hui, et plus troublant encore que de nombreuses personnes semblent subir la pression d’attentes sociales qui ne reflètent pas ce que la plupart d’entre nous croyons », commente la professeure Heejung Chung, directrice du Global Institute for Women’s Leadership.

Kelly Beaver, directrice générale d’Ipsos (qui a mené l’enquête) au Royaume-Uni et en Irlande, parle d’une « grande renégociation de la manière dont les hommes et les femmes habitent les rôles de genre dans la société d’aujourd’hui ». Elle souligne la « dualité intéressante » de la Gen Z : « ils sont à la fois le groupe le plus susceptible d’être d’accord que les femmes qui ont une carrière réussie sont plus attirantes pour les hommes, mais sont simultanément les plus susceptibles d’être d’accord qu’une épouse doit toujours obéir à son mari ». Cette complexité, selon elle, « ouvre un dialogue vital sur la manière dont les normes de genre sont remodelées ».

Julia Gillard, présidente de l’institut, conclut : « Non seulement de nombreux hommes de la Gen Z imposent des attentes limitantes aux femmes, mais ils s’enferment aussi eux-mêmes dans des normes de genre restrictives. Nous devons continuer à faire plus pour dissiper l’idée d’un jeu à somme nulle dans lequel les femmes sont les seules bénéficiaires d’un monde égalitaire ». L’enquête montre par ailleurs une progression de l’identification au féminisme : 39 % des sondés se définissent comme tels, contre 33 % en 2019 (aux États-Unis, le chiffre passe de 31 % à 40 %).

Le rapport est accessible ici.

Selon la source : iflscience.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu