Un nouveau visage pour la Sécurité intérieure

C’est une annonce qui a secoué le paysage politique. Jeudi, Donald Trump a désigné Markwayne Mullin, 48 ans, pour prendre la tête du département de la Sécurité intérieure. Ce conservateur succède ainsi à Kristi Noem. Pour Mullin, tout a basculé en 2011. Alors qu’il coanimait son émission de radio sur la rénovation, il s’est tourné vers son partenaire à l’antenne durant une pause publicitaire pour lui annoncer un projet radical : un changement de carrière.
À l’époque, un siège de l’Oklahoma au Congrès était vacant et le Parti républicain le pressentait pour se lancer dans la course. Son ami et coanimateur, Daryl Brown, se souvient de sa réaction. « J’ai dit : ‘Ne t’embarque pas là-dedans’ », raconte-t-il aujourd’hui. « Tu es un bon gars, tu as du succès, la politique va juste gâcher les choses. »
Aujourd’hui, Daryl Brown est heureux que son conseil n’ait pas été suivi. Joint par téléphone à Coweta, une banlieue de Tulsa, il confie son sentiment d’alors. « C’était clair qu’il irait loin [dans la vie] », explique M. Brown. « Je n’avais aucune idée de ce qu’il ferait, mais on voyait que de grandes choses l’attendaient. » Markwayne Mullin allait effectivement remporter cette première élection, siéger dix ans au Congrès, puis être élu au Sénat lors d’une élection partielle en 2022.
L’Oklahoma et l’école du combat
Pour le meilleur ou pour le pire, Markwayne Mullin l’a lui-même déjà affirmé : il est le pur produit de son éducation en Oklahoma. Originaire d’une petite ville rurale nichée au pied des monts Ozarks, près de la frontière avec l’Arkansas, il a grandi sur le territoire de la Nation cherokee. Il en est d’ailleurs un membre inscrit, ce qui fait de lui le deuxième citoyen cherokee à avoir siégé au Sénat américain.
Son enfance fut marquée par des défis physiques. Né avec un pied bot, il a dû porter des orthèses aux jambes et subir plusieurs opérations, comme il le racontait en 2019 au magazine High Country News. Il a également lutté pour surmonter un trouble de l’élocution. « Je ne pouvais pas me battre avec ma bouche », a-t-il confié à la publication. Alors, le jeune Mullin a appris à se battre autrement.
Il s’est tourné vers la lutte gréco-romaine, une discipline où il a rapidement excellé. Ses performances lui ont permis de décrocher une bourse sportive dans une université du Missouri. Mais il a dû abandonner ses études pour une urgence familiale : son père est tombé malade, et il a repris l’entreprise de plomberie familiale.
De l’entreprise à l’arène politique
Avant de s’engager en politique, Markwayne Mullin a eu une autre carrière, aussi brève que marquante : celle de combattant en arts martiaux mixtes. Entre 2006 et 2007, son bilan est sans appel : cinq victoires, aucune défaite. Bobby Kelley, l’un de ses adversaires, peut en témoigner. Mullin l’a battu par étranglement en moins d’une minute. « Il était dominant, il était fort », se souvient Kelley, qui se fait aujourd’hui appeler « Huggie Bear » sur le ring. Il précise qu’à l’époque, il n’était qu’un débutant de 18 ans face à Mullin, considéré comme « un des meilleurs mi-moyens » de la région.
Parallèlement à ses exploits sportifs, Mullin s’est révélé être un entrepreneur redoutable. Selon son ami Darryl Brown, il a rapidement décuplé la taille de l’entreprise familiale. « Je n’ai jamais vu un gars travailler plus fort que lui. Avec Markwayne, c’est le pied au plancher », assure-t-il. Mullin retournera plus tard à l’université, mais sans jamais obtenir de diplôme. En 2023, l’année de sa prestation de serment, il était le seul sénateur américain dans ce cas.
Malgré un emploi du temps chargé, il trouvait le temps, presque tous les samedis, d’animer son émission « House Talk ». Inspirée de « Car Talk » sur la radio publique américaine NPR, cette tribune téléphonique permettait à Mullin et ses coanimateurs de conseiller les auditeurs sur leurs projets de rénovation. Pour M. Brown, c’est au studio que Mullin a trouvé sa voix et peaufiné son image publique, celle d’un homme passionné qui ne craint pas de dire ce qu’il pense.
Un tempérament sous haute surveillance
Dès ses débuts, cet entrepreneur s’est positionné comme un antipoliticien. Son approche directe et sans détours lui a valu de nombreux admirateurs au sein de la base MAGA. Mais ce même caractère lui a attiré des ennuis. Son tempérament a été questionné après un incident très médiatisé au Sénat, où il a failli en venir aux mains.
Lors d’une audience du Sénat en 2023, un échange tendu avec Sean O’Brien, le président du syndicat des Teamsters, a dégénéré. M. Mullin s’est alors levé et a invité son interlocuteur à se battre, semblant même prêt à retirer son alliance pour décocher un coup. Il a fallu l’intervention du sénateur démocrate du Vermont, Bernie Sanders, pour calmer la situation. Depuis, les deux soutiens de Donald Trump semblent s’être réconciliés. Interrogé sur l’altercation, M. O’Brien a déclaré : « s’il y a quelqu’un de prêt à se lever pour protéger les États-Unis, c’est bien Markwayne Mullin. »
Les pratiques commerciales de M. Mullin ont également attiré l’attention du comité d’éthique du Congrès, notamment en ce qui concerne ses finances. Sa fortune personnelle a considérablement augmenté depuis son entrée en politique. Dans son formulaire de déclaration d’intérêts de 2022, il a coché la case correspondant à une fortune comprise « de 32 à 76 millions de dollars ». Enfin, certains Autochtones l’ont critiqué au fil de sa carrière, l’accusant d’utiliser son statut de Cherokee à des fins politiques tout en soutenant des politiques jugées défavorables aux communautés autochtones.
Une nomination historique, un profil « guerrier »
Malgré les critiques, la nomination de Markwayne Mullin revêt un caractère historique. Si elle est confirmée, ce qui est considéré comme une simple formalité, il deviendra le premier Autochtone américain à diriger le département de la Sécurité intérieure. Cette perspective est d’autant plus intéressante que ses positions politiques sont souvent en opposition avec celles de Chuck Hoskin Jr., le grand chef de la Nation cherokee, perçu comme un progressiste.
Pourtant, dans une déclaration publiée après la nomination de jeudi, M. Hoskin a félicité M. Mullin. Il faut dire que le sénateur est également connu pour être un défenseur de la souveraineté de la Nation cherokee, un point de convergence important.
Lors de son annonce, Donald Trump n’a pas manqué de souligner les aspects de la biographie de son protégé qui correspondent à l’image qu’il souhaite projeter. Sur les réseaux sociaux, l’ancien président a décrit Markwayne Mullin en des termes bien choisis. Il l’a qualifié de « guerrier MAGA, et ancien combattant professionnel d’arts martiaux mixtes invaincu ».
Selon la source : lapresse.ca