L’ISS pourrait échapper à son crash en 2030 : ce que change le projet de loi américain
Auteur: Mathieu Gagnon
Un sursis inattendu pour le géant des orbites
La fin spectaculaire de la Station Spatiale Internationale (ISS), programmée pour 2030, pourrait finalement ne pas avoir lieu. Alors que le monde de l’aérospatiale se préparait à voir le complexe orbital s’abîmer dans l’océan, un projet de loi de la NASA vient de franchir une étape clé au sein de la commission du Commerce, des Sciences et des Transports du Sénat américain. Ce texte pourrait bien accorder quelques années de plus à l’ISS, en orbite autour de notre planète.
Depuis plusieurs années, la NASA planifiait méticuleusement la fin de vie de la station. L’agence avait même commandé un véhicule spécialement conçu pour sa désorbitation contrôlée. Le plan prévoyait de la guider vers une chute finale dans les eaux isolées du Point Nemo, dans le Pacifique Sud. Mais ce scénario semble aujourd’hui remis en question par des impératifs stratégiques et industriels.
Une retraite programmée pour 2030
Les premiers éléments de l’ISS, fruit d’une collaboration entre la NASA et quatre autres agences spatiales, ont été lancés en 1998. À l’origine, sa durée de vie opérationnelle n’était estimée qu’à 15 ans. Grâce à une maintenance constante, elle a largement dépassé cette échéance. Cependant, l’usure du temps n’épargne personne, pas même un satellite de cette envergure. D’ici 2030, certains de ses composants structurels auront passé deux ans de plus que leur durée de vie prévue dans l’espace.
C’est précisément l’état de ces pièces maîtresses qui a poussé la NASA et ses partenaires à préparer une conclusion pour 2030. L’agence américaine explique elle-même la situation : « Une grande partie de la station spatiale peut être réparée ou remplacée en orbite, tandis que d’autres parties peuvent être ramenées au sol pour être réparées et relancées. Ces pièces comprennent les panneaux solaires, les équipements de communication, les équipements de survie et le matériel scientifique ».
Le nœud du problème est ailleurs. « Cependant, la structure primaire de la station, comme les modules habités et les structures en treillis, ne peut être réparée ou remplacée de manière pratique », précise la NASA. C’est cette limite physique qui avait scellé le destin de la station pour la fin de la décennie.
Pourquoi les États-Unis veulent prolonger la mission
Alors, qu’est-ce qui motive ce revirement ? Porté notamment par le sénateur Ted Cruz, le projet de loi vise à éviter un vide stratégique. Le plan initial consistait à passer le relais de l’ISS à des stations spatiales privées, où la NASA et d’autres acteurs pourraient louer de l’espace pour leurs expériences. Si plusieurs entreprises développent de tels projets, il semble de plus en plus improbable qu’une seule d’entre elles soit pleinement opérationnelle d’ici 2030.
Pour pallier ce décalage potentiel, le projet de loi propose une solution concrète : il exigerait de la NASA qu’elle maintienne l’ISS en activité jusqu’au 30 septembre 2032. Le texte pose des conditions claires pour la transition. « Une fois qu’une station spatiale commerciale aura démontré pendant une année complète qu’elle dispose des capacités suffisantes pour soutenir la recherche scientifique, le développement technologique, les fonctions de laboratoire national et les activités commerciales précédemment menées à bord de l’ISS, la NASA sera autorisée à transférer les opérations vers cette station et à lancer les procédures de désorbitation de l’ISS », énonce le projet de loi.
Même si la station américaine venait à être retirée avant qu’une alternative privée ne soit prête, l’humanité conserverait une présence humaine dans l’espace. Elle se poursuivrait à bord de la station spatiale chinoise Tiangong.
De nouvelles ambitions : la Lune en ligne de mire
Le projet de loi ne se contente pas de jouer les prolongations pour l’ISS. Il pousse également la NASA à accélérer sur un autre projet d’envergure : la création d’une base lunaire adaptée à une habitation humaine de longue durée et à des opérations industrielles menées par l’homme sur la Lune. Une vision qui ancre durablement les ambitions américaines sur notre satellite naturel.
La sénatrice Maria Cantwell a résumé l’esprit du texte dans une déclaration : « Ce projet de loi bipartisan complet prépare le terrain pour des décennies de leadership américain continu dans l’espace extra-atmosphérique ». Elle ajoute : « Pour la première fois, il autorise la NASA à établir une base lunaire permanente dans le cadre d’une présence américaine durable sur la surface lunaire et définit un processus de transition pour mettre fin aux opérations sur l’ISS et passer à des stations spatiales commerciales à la pointe d’une économie de l’orbite terrestre basse axée sur le commerce. »
La sénatrice a également souligné d’autres aspects du projet. « Notre projet de loi rejette également la demande de budget du Président qui aurait vidé la NASA de sa capacité à accomplir ses importantes missions de recherche et de développement technologique en aéronautique en partenariat avec de nombreuses entreprises de mon État d’origine, et sauve de la guillotine du Bureau de la gestion et du budget des missions scientifiques spatiales et terrestres pleinement fonctionnelles. »
Un avenir encore en suspens pour la NASA
Malgré l’optimisme affiché, le chemin est encore long. Le projet de loi n’en est qu’à un stade préliminaire. Il devra être approuvé par le Sénat puis par la Chambre des représentants avant d’être promulgué. Une fois cette étape franchie, la NASA devra encore collaborer avec ses partenaires internationaux pour valider toute extension de la mission de l’ISS.
Si de nouvelles missions comme la base lunaire suscitent l’enthousiasme, et que le projet de loi soutient plusieurs programmes en cours, il laisse un grand projet sur le bas-côté. La mission Mars Sample Return, annulée plus tôt cette année, n’a pas été réintégrée. À la place, le texte propose une enveloppe de 8 milliards de dollars pour un nouveau programme de retour d’échantillons, sans que l’on sache encore précisément ce qu’il impliquerait.
Pour l’heure, une grande partie de l’avenir de la NASA reste donc en suspens, dans l’attente de décisions politiques et budgétaires. Les regards se tournent désormais vers le ciel, avec l’espoir que la mission Artemis II, elle, décolle bien en avril.
Selon la source : iflscience.com