Le papier toilette pourrait contenir des PFAS liés au cancer : 6 marques à éviter
Auteur: Simon Kabbaj
Un produit du quotidien au cœur d’un débat toxique

Peu de gens imaginent qu’un produit aussi banal que le papier toilette puisse soulever des questions sur des produits chimiques toxiques. Pourtant, la présence de PFAS dans cet article de salle de bains est devenue un sujet de préoccupation. Des chercheurs ont découvert que certains papiers hygiéniques contiennent des composés fluorés qui, une fois utilisés, se retrouvent dans les eaux usées. Cette découverte ne transforme pas chaque rouleau en une menace cancérogène personnelle majeure, mais elle place un objet du quotidien au centre d’un problème de contamination plus large qui inquiète déjà scientifiques, régulateurs et experts de la santé.
Certains composés PFAS sont liés au cancer et à d’autres problèmes de santé graves, tandis que les scientifiques étudient encore le risque complet d’une exposition répétée à de faibles niveaux via les produits de consommation. Les preuves actuelles désignent plus clairement la nourriture et l’eau potable comme les principales voies d’exposition. Le papier toilette n’en reste pas moins un sujet pertinent, car il est utilisé constamment et jeté directement dans les systèmes d’assainissement. Cette combinaison donne un poids réel à la question.
Les consommateurs ont donc besoin de plus que de simples titres alarmistes. Il leur faut un aperçu clair de ce que les chercheurs ont trouvé, du risque que le papier toilette peut poser lors de son utilisation, de sa contribution à la contamination après la chasse d’eau, et des types de produits qui méritent une attention particulière.
L’étude qui a tout déclenché : les PFAS dans nos égouts

Le débat moderne n’a pas commencé par un guide d’achat, mais par une étude sur les eaux usées. Une équipe de chercheurs composée de Jake Thompson, Boting Chen, John Bowden et Timothy Townsend a analysé des papiers toilette disponibles dans le commerce en Amérique du Nord, du Sud et centrale, en Afrique et en Europe de l’Ouest. Ils ont ensuite comparé ces résultats avec des données sur les boues d’épuration. Leur conclusion a eu un impact retentissant : ils ont identifié le papier toilette comme une source potentiellement majeure de PFAS se déversant dans les systèmes d’assainissement.
Cette découverte a attiré l’attention car elle a impliqué un produit en papier ordinaire dans un problème chimique plus souvent associé à l’eau potable, à la pollution industrielle et aux emballages alimentaires. Les chercheurs ont détecté plusieurs composés PFAS, mais le 6:2 diPAP dominait clairement les échantillons de papier. Ils ont estimé que le papier toilette représentait environ 4 % du 6:2 diPAP mesuré dans les égouts aux États-Unis et au Canada. Ce chiffre grimpe à environ 35 % en Suède et jusqu’à 89 % en France. Ces pourcentages ne signifient pas que le papier toilette est la source principale de PFAS partout, mais ils montrent que le papier jeté peut y contribuer de manière mesurable, surtout là où d’autres sources sont moins présentes.
Les chercheurs ont également fourni une explication plausible sur la manière dont ces composés atteignent le papier. Les PFAS peuvent être introduits lors du traitement de la pulpe, via des additifs de fabrication ou par une contamination déjà présente dans les fibres recyclées. Le problème pourrait donc relever autant d’une contamination de la chaîne d’approvisionnement que d’une formulation intentionnelle. L’étude a aussi précisé ce qu’elle ne montrait pas : les auteurs n’ont pas publié de liste de marques. Le message principal était plus ciblé mais tout aussi important : les PFAS peuvent être présents dans le papier toilette et, une fois jetés, ils migrent vers les eaux usées. Une autre information utile a émergé : la comparaison entre produits recyclés et non recyclés n’a pas révélé de différence significative dans la concentration de diPAP. Le papier ne permet donc pas de classer les fibres (bambou, pulpe recyclée, fibre vierge) sur ce seul critère.
Quel est le risque réel pour notre santé ?

L’expression « PFAS liés au cancer » doit être utilisée avec précaution, car les PFAS forment une grande famille de produits chimiques, et non une seule substance. Les classifications de cancérogénicité les plus solides se concentrent aujourd’hui sur des composés spécifiques, notamment le PFOA et le PFOS. En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer a classé le PFOA comme « cancérogène pour l’homme » et le PFOS comme « possiblement cancérogène pour l’homme ». L’American Cancer Society explique que les preuves chez l’homme pour le PFOA incluent des indices pour les cancers du rein et des testicules, mais que les preuves pour d’autres cancers sont moins établies.
C’est ce contexte qui explique l’intérêt du public pour l’étude sur le papier toilette. Cependant, l’étude n’a pas affirmé que les consommateurs recevaient une dose cancérigène connue en s’essuyant. Sa conclusion portait sur la charge environnementale. Les principaux composés détectés étaient des précurseurs fluorés, en particulier le 6:2 diPAP. Une partie de l’inquiétude réside dans ce que ces composés peuvent devenir après leur libération dans l’environnement. Cette distinction est essentielle : le danger est réel, mais la voie d’exposition, la dose et la fréquence façonnent le risque réel.
L’EPA note également que de nombreux PFAS se dégradent très lentement et peuvent s’accumuler dans le corps des humains, des animaux et dans l’environnement. C’est précisément pour cette raison que les sources plus petites reçoivent aujourd’hui plus d’attention. L’Agence pour les substances toxiques et le registre des maladies (ATSDR) précise que « l’absorption cutanée des PFAS est limitée » et « ne semble pas être une voie d’exposition significative pour la population générale ». L’Académie américaine de pédiatrie établit la même hiérarchie, déclarant que « la voie d’exposition la plus probable » est l’ingestion d’aliments et d’eau contaminés. Ces déclarations ne prouvent pas que le contact avec le papier toilette est sans importance, mais elles montrent que les experts ne le placent pas en tête de liste des risques d’exposition, un rang toujours occupé par l’eau, la nourriture, la poussière et certains environnements professionnels.
Le cycle sans fin : quand les toilettes polluent nos terres

L’argument le plus solide en faveur de cette préoccupation commence après que le papier a quitté la main. Une fois dans les égouts, le papier toilette se mélange aux PFAS provenant des foyers, de l’industrie, des cosmétiques, des textiles et des emballages alimentaires. Ce mélange arrive ensuite dans des stations d’épuration qui n’ont jamais été conçues pour éliminer ces molécules fluorées modernes. L’étude de 2023 a estimé que l’utilisation de papier toilette par personne pouvait ajouter des quantités significatives de 6:2 diPAP aux eaux usées chaque année. Cela signifie qu’un produit jetable quotidien peut alimenter une boucle de pollution persistante.
La fiche d’information de l’EPA de 2025 sur les boues d’épuration expose clairement les enjeux. L’agence y écrit qu’il « peut y avoir des risques pour la santé humaine dépassant les seuils acceptables de l’EPA » dans certains scénarios modélisés de boues contenant du PFOA et du PFOS. Une fois que les produits chimiques passent de la salle de bain aux boues d’épuration, la question devient celle des fermes, de l’eau, du sol et de la recirculation à long terme.
C’est ici que d’anciennes histoires de contamination du papier redeviennent pertinentes. L’EPA a déjà averti que le recyclage du papier thermique peut introduire du bisphénol A (BPA) dans les produits en papier recyclé, y compris le papier toilette. Une étude de 2011 indexée par PubMed a trouvé du BPA dans de nombreuses catégories de papier. L’EPA affirme que le BPA dans le papier toilette recyclé peut devenir « une source supplémentaire de rejet dans l’environnement ». Cette logique explique pourquoi la contamination par les PFAS peut persister même si les marques ne l’ajoutent pas intentionnellement. Le problème central n’est pas seulement ce qui était prévu à l’usine, mais ce qui survit à la chaîne de production et pénètre dans l’eau après usage. Un parallèle peut être fait avec les dioxines : l’OMS note que le blanchiment de la pulpe de papier au chlore peut générer ces contaminants persistants, et que l’exposition humaine se fait principalement via l’alimentation, après dissémination environnementale.
Charmin Ultra Soft : sous le feu des tests indépendants

Il est crucial de noter que l’étude scientifique évaluée par des pairs qui a lancé le débat n’a nommé aucune marque. Les produits cités plus tard proviennent de tests de consommation distincts, rapportés par Environmental Health News et Mamavation. Dans le cadre de ce dépistage limité, 17 produits de papier toilette ont été envoyés à un laboratoire certifié par l’EPA pour un test de fluor total. Ce test est un marqueur qui peut indiquer une contamination par les PFAS, mais il ne s’agit pas d’un profilage complet composé par composé.
Parmi les produits testés, le papier toilette Charmin Ultra Soft a montré des niveaux détectables de fluor. Les résultats variaient de 10 à 35 parties par million (ppm) pour les quatre produits signalés. Environmental Health News a résumé les résultats avec une mise en garde importante, déclarant : « Les niveaux indiquent qu’il est peu probable que les produits chimiques soient ajoutés intentionnellement. »
Ce résultat ne prouve pas que chaque rouleau ou chaque lot de Charmin Ultra Soft contient des PFAS au même niveau. Il signifie cependant que ce produit est apparu dans un dépistage indépendant limité. Il figure donc sur cette liste par mesure de précaution, en attendant que des tests publics plus robustes deviennent courants. Pour les consommateurs, cela place cette marque bien connue dans une catégorie à surveiller.
Seventh Generation : le paradoxe du papier recyclé

Le papier hygiénique 100% recyclé de Seventh Generation a également été signalé lors du même test indépendant mené pour Environmental Health News et Mamavation. Du fluor total, indicateur potentiel de la présence de PFAS, y a été détecté. Cette situation met en lumière une réalité complexe de l’industrie du recyclage : ce qui est bon pour la planète en termes de climat n’est pas toujours synonyme de pureté chimique.
Comme mentionné précédemment, les fibres recyclées peuvent transporter des contaminants provenant de leurs utilisations antérieures. La chaîne d’approvisionnement du papier récupéré peut être une voie d’introduction pour des produits chimiques indésirables si elle n’est pas rigoureusement contrôlée. La marque Seventh Generation elle-même le reconnaît. L’entreprise déclare que des contaminants provenant du flux de recyclage « peuvent être trouvés » dans son papier hygiénique.
Cette divulgation ne résout pas le problème, mais elle confirme que les préoccupations de contamination ne sont pas purement théoriques. Pour les consommateurs qui choisissent des produits recyclés pour des raisons écologiques, c’est un rappel que le label « recyclé » ne garantit pas à lui seul l’absence de contaminants chimiques.
Tushy et Who Gives a Crap : le bambou n’est pas une garantie

Deux marques positionnées sur le marché écologique et utilisant des fibres alternatives ont également été identifiées dans le test au fluor total : Tushy Bamboo Toilet Paper et Who Gives a Crap Bamboo Toilet Paper. Leur présence sur cette liste souligne un point important : le choix d’une fibre alternative comme le bambou ne garantit pas automatiquement un profil chimique plus propre.
Le processus de transformation de la matière première en pulpe, les additifs utilisés et les éventuelles contaminations croisées dans la chaîne de production jouent un rôle tout aussi crucial que la source de la fibre elle-même. La marque Who Gives a Crap a d’ailleurs communiqué sur le sujet, indiquant que ses propres tests réguliers ont trouvé « quelques traces de fluor organique ». Cette transparence est notable, mais elle confirme aussi que la question de la contamination est bien réelle pour ces produits.
Pour les consommateurs, la leçon est claire. Le choix d’une fibre est un bon début, mais il doit être complété par des tests vérifiés et une transparence de la part du fabricant. Le bambou seul n’est pas un passeport pour une absence de PFAS.
Attention aux produits parfumés et aux additifs

Au-delà des marques spécifiques, deux catégories plus larges de produits méritent une prudence accrue, même sans avoir été nommément épinglées par un test. La première concerne les papiers toilette fortement parfumés ou traités avec des lotions. L’ajout de parfums, de colorants ou d’autres produits chimiques pour améliorer la douceur ou l’odeur augmente la complexité chimique du produit final. Chaque additif représente une voie potentielle pour l’introduction de contaminants non désirés.
Les normes plus strictes du secteur vont dans ce sens. La norme 2025 de Green Seal pour le papier sanitaire, par exemple, interdit les parfums dans les produits certifiés. Cette règle ne prouve pas que chaque rouleau parfumé est dangereux, mais elle montre où se situent les points de repère pour des produits plus sûrs.
Le principe de précaution est simple : un produit avec moins d’ingrédients est un produit avec moins d’incertitudes. Opter pour un papier toilette simple, sans parfum ni lotion, est un moyen facile de réduire les risques potentiels liés à des additifs non essentiels.
Le flou sur l’origine : un signal d’alarme

La deuxième catégorie de produits à aborder avec prudence est celle dont la chaîne d’approvisionnement reste vague. Lorsqu’une marque ne communique pas clairement sur ses contrôles de contamination des matières recyclées, sur ses tests de dépistage du fluor ou sur la chimie de son processus de fabrication, ce silence est une information en soi.
La norme Green Seal 2025 est de nouveau un bon guide. Elle stipule que les produits certifiés « ne doivent pas contenir » de PFAS dans les additifs fonctionnels de fabrication du papier, ni de contaminants connus dans ces additifs. Pour les produits recyclés, elle exige des normes de traitement sans chlore traité. Pour le bambou et les résidus agricoles, elle requiert un traitement totalement sans chlore ou sans chlore élémentaire. Le blanchiment au chlore est un autre domaine de préoccupation, car l’OMS note qu’il peut générer des dioxines, des sous-produits indésirables.
Ces règles exigeantes montrent la direction à suivre. Les consommateurs n’ont pas besoin de perfection, mais ils ont besoin de transparence. Une marque qui refuse de répondre à des questions de base sur ses politiques PFAS, ses sources de fibres ou ses méthodes de blanchiment offre moins de garanties qu’une marque qui communique ouvertement sur ses pratiques.
Comment faire ses achats en attendant des réponses claires

Les consommateurs ne pouvant pas tester en laboratoire chaque rouleau qu’ils achètent, l’objectif est de réduire l’incertitude évitable. La première étape consiste à privilégier les produits simples. Un papier sans parfum et avec un minimum d’additifs est plus facile à justifier qu’un rouleau de luxe parfumé ou enrichi en lotions. Il est également judicieux de rechercher des entreprises qui expliquent la source de leurs fibres, qu’elles soient recyclées ou alternatives, et qui indiquent si elles effectuent des dépistages pour les produits chimiques fluorés.
Les nouvelles normes comme celle de Green Seal offrent un signal pratique. Elles ne signifient pas que tout produit non certifié est dangereux, mais elles créent des points de repère que les acheteurs peuvent utiliser. Le point final est peut-être le plus facile à manquer : le papier toilette est une histoire de PFAS digne d’intérêt, mais ce n’est probablement pas la principale voie d’exposition pour la plupart des foyers. L’Académie américaine de pédiatrie et l’ATSDR s’accordent à dire que la nourriture et l’eau potable sont les sources les plus courantes.
La réponse des consommateurs devrait donc être une prudence calme et pratique. Choisissez des produits en papier plus simples, préférez les marques transparentes et soutenez les politiques qui visent à nettoyer la chimie du papier à la source. Les contrôles à la source sont bien plus efficaces que de demander aux familles de détecter des composés invisibles chez elles. Pour réduire plus efficacement l’exposition aux PFAS, il faut garder une vue d’ensemble : vérifier les rapports sur la qualité de l’eau potable, utiliser une filtration appropriée si nécessaire et prêter attention aux produits en contact avec les aliments. Ces étapes pourraient réduire davantage l’exposition que le seul changement de marque de papier toilette.
Créé par des humains, assisté par IA.