Les mystérieux rochers roses des monts Hudson dévoilent un monde enfoui sous la glace
Auteur: Mathieu Gagnon
Une anomalie géologique sur les sommets antarctiques

Les sommets des monts Hudson, situés en Antarctique occidental, abritent une anomalie visuelle frappante. Au milieu d’un paysage immaculé de neige, de glace et de roches volcaniques sombres, des blocs de couleur rose se dressent de manière inattendue. Ce contraste saisissant donne presque l’impression que ces pierres ont été déposées par un géant ou qu’elles proviennent tout simplement d’un autre monde.
La présence de ces formations rocheuses perchées sur les hauteurs montagneuses a longtemps interrogé la communauté scientifique. Une équipe dirigée par le British Antarctic Survey (BAS) a mené un projet l’année dernière pour comprendre ce phénomène. Leurs recherches récentes offrent désormais une explication très concrète à ce qui se cache sous cette région recouverte de glace.
Les scientifiques se sont donné pour mission de retracer l’origine exacte de ce granit rose au cœur des monts Hudson. Leur objectif principal consistait à découvrir comment un tel matériau avait pu arriver dans un environnement géologique aussi improbable.
Des mesures aériennes au service de la datation
Pour percer ce mystère, les chercheurs ont procédé à une analyse de la désintégration radioactive des éléments présents dans les cristaux de la roche. Cette méthode précise a permis de déterminer que ces blocs se sont formés il y a environ 175 millions d’années, une période correspondant au Jurassique.
Une autre donnée fondamentale a été obtenue grâce à des relevés aériens effectués au-dessus du sud des monts Hudson. Les instruments embarqués à bord des avions ont détecté de petites variations de l’attraction gravitationnelle dans cette zone spécifique. Cette anomalie gravimétrique a révélé qu’une structure massive reposait profondément sous le glacier de l’île du Pin, intimement rattaché à la montagne.
Les mesures ont mis en évidence l’existence d’une masse de granit sous-glaciaire dissimulée, dont les dimensions atteignent 100 kilomètres, soit 62 miles de largeur, pour une épaisseur de 7 kilomètres, équivalant à 4,3 miles. La combinaison de ces deux méthodes scientifiques a permis d’écarter d’autres hypothèses afin de cibler l’interaction entre la roche et la glace.
Le lent voyage ascendant des roches

Les preuves accumulées indiquent que ces roches roses ont atteint les sommets à une époque où le glacier se comportait de manière très différente de ce que l’on observe aujourd’hui. Bien que leur mouvement soit extrêmement lent, les glaciers changent constamment de forme, s’écoulant à la manière d’un sirop très épais au fil des siècles et des millénaires. Sur de vastes périodes, la masse de glace a vraisemblablement collecté des roches de la formation granitique désormais enfouie pour les transporter vers les hauteurs.
En géologie, ces granits roses sont désignés sous le terme de blocs erratiques glaciaires. Il s’agit de roches transportées sur de longues distances, loin de leur lieu d’origine, par le lent écoulement de la glace. S’il est plus habituel que les glaciers entraînent des débris géologiques vers le bas des pentes sous l’effet de leur propre poids, certaines conditions peuvent les forcer à déplacer des matériaux vers le haut et à travers les terres lorsque les calottes glaciaires subissent des modifications de forme, de taille ou de direction d’écoulement.
« Il est remarquable que des blocs de granit rose repérés à la surface nous aient conduits à un géant caché sous la glace », a déclaré le Dr Tom Jordan, auteur principal de l’étude et géophysicien au BAS, dans un communiqué. « En combinant la datation géologique avec des relevés gravimétriques, nous avons non seulement résolu un mystère sur la provenance de ces roches, mais aussi découvert de nouvelles informations sur la façon dont la calotte glaciaire s’écoulait dans le passé et comment elle pourrait changer à l’avenir. »
Des jalons temporels face au réchauffement

Comprendre le comportement des glaciers est un défi de taille en raison des vastes échelles de temps impliquées dans ces phénomènes. Toutefois, ces roches anciennes agissent comme de véritables jalons temporels littéraux, enregistrant les voyages qu’elles ont effectués dans le passé.
Au cours du XXIe siècle, les processus qui façonnent les glaciers sont devenus encore plus complexes. La hausse des températures entraîne actuellement une perte de glace à un rythme sans précédent à travers le monde. L’Antarctique n’échappe pas à cette dynamique, rendant ces archives rocheuses anciennes d’autant plus précieuses pour les scientifiques engagés sur le terrain.
« Les roches fournissent un enregistrement incroyable de la façon dont notre planète a changé au fil du temps, en particulier de la façon dont la glace a érodé et modifié le paysage de l’Antarctique. Des blocs comme ceux-ci sont une mine d’informations sur ce qui se cache au plus profond de la calotte glaciaire, loin d’être à portée de main », a expliqué le Dr Joanne Johnson, co-auteure de l’étude et géologue au BAS, qui a collecté ces blocs lors d’une mission sur le terrain dans les monts Hudson.
Anticiper l’impact sur les populations côtières

Les implications de cette découverte dépassent la simple curiosité géologique locale. Le travail des équipes du BAS vise à modéliser les futurs mouvements des glaces pour anticiper les bouleversements climatiques majeurs à venir, en s’appuyant sur l’histoire inscrite dans la pierre.
« En identifiant leur source, nous avons pu reconstituer comment elles sont arrivées là où elles sont aujourd’hui, ce qui nous donne des indices sur la façon dont la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental pourrait changer à l’avenir — des informations essentielles pour déterminer l’impact de l’élévation du niveau de la mer sur les populations côtières du monde entier », a souligné le Dr Joanne Johnson.
Ces conclusions scientifiques de premier ordre viendront affiner les projections mondiales concernant la fonte des glaces. L’intégralité de cette étude a été publiée dans la revue spécialisée Nature Communications Earth & Environment en octobre 2025.
Selon la source : iflscience.com