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Tensions au Moyen-Orient : escalade militaire, blocage d’Ormuz et onde de choc mondiale
Crédit: credit : lanature.ca (image IA)

L’escalade militaire s’intensifie en plein week-end pascal

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Plus d’un mois s’est écoulé depuis le début du conflit déclenché par une attaque américano-israélienne contre l’Iran, une période marquée par des frappes quotidiennes et une rhétorique inflammatoire ininterrompue. Les hostilités se poursuivent en cette fin de semaine de célébrations religieuses. De nouvelles attaques de missiles ont été lancées vendredi par Téhéran en direction d’Israël et des monarchies du Golfe alliées des États-Unis, pendant que les populations de confession juive marquent Pessah et que les chrétiens s’apprêtent à célébrer Pâques.

L’armée israélienne n’a pas communiqué le détail des lieux précis ciblés par ces dernières salves sur son territoire. La radio militaire nationale a tout de même fait état de dégâts matériels recensés dans une gare de la ville de Tel-Aviv. Du côté des médias iraniens, les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, revendiquent avoir tiré des missiles « longue portée » vers cette grande métropole, ainsi qu’en direction de la station balnéaire d’Eilat, située dans le sud d’Israël.

Face à ces tirs, la protection des civils s’adapte grâce aux nouvelles technologies. Les alertes appelant les Israéliens à se rendre aux abris en cas de missile sont désormais restreintes à des périmètres précis grâce au déploiement d’outils d’intelligence artificielle. « L’alerte est ultra-localisée », explique Sarah Chemla, une habitante de Tel-Aviv âgée de 32 ans. Elle précise que lorsqu’un autre quartier est visé, « je ne reçois qu’une préalerte et je ne réveille plus mes enfants pour rien ».

L’extension des frappes aux infrastructures civiles de la péninsule arabique

L’onde de choc militaire s’étend largement au-delà des frontières israéliennes pour frapper les États voisins et leurs installations civiles. Aux Émirats arabes unis, l’interception d’une attaque dans le ciel d’Abou Dhabi a entraîné un incendie, provoquant la fermeture temporaire d’un complexe gazier. Cet événement a fait 12 blessés parmi des ressortissants indiens et népalais, dont une personne atteinte grièvement.

Le Koweït fait face à une situation similaire, constituant une cible, comme les autres pays du Golfe, des représailles iraniennes quasi quotidiennes. Récemment, une attaque menée par des drones a visé une raffinerie koweïtienne, déclenchant des incendies sur plusieurs unités du site industriel. Lors de ces épisodes, une centrale électrique et de dessalement a été directement touchée par les frappes.

Ces déploiements surviennent quelques heures seulement après une déclaration formelle de l’armée iranienne. Celle-ci a menacé de viser les sites américains et israéliens dans la région, mais a élargi ses avertissements aux « pays hôtes et alliés des États-Unis » qui accueillent des bases militaires américaines sur leur sol national.

La guerre des mots et des cibles industrielles entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran

La dimension militaire du conflit s’accompagne d’une guerre de communication intense, alimentée par les déclarations de Donald Trump. Rétorquant aux forces iraniennes, le président américain a menacé l’Iran de nouvelles frappes contre ses infrastructures civiles. « Les ponts sont les prochains, puis les centrales électriques! », a-t-il averti sur son réseau Truth Social, continuant d’alterner les menaces et les appels à négocier. Dès mercredi, il avait annoncé « deux à trois » semaines de frappes intenses avec l’objectif de renvoyer l’Iran « à l’âge de pierre ».

Sur le terrain, ces menaces se matérialisent. Jeudi, les bombardements américano-israéliens sur des infrastructures ont notamment détruit un pont en construction près de Téhéran. Ces frappes ont endommagé l’Institut Pasteur iranien, provoquant le grand dam de l’Organisation mondiale de la santé. De son côté, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a affirmé que l’armée de son pays avait détruit « 70 % des capacités de production d’acier » de l’Iran. Les deux plus grandes aciéries du pays sont actuellement à l’arrêt.

Face à l’absence de perspective de sortie de crise, des voix diplomatiques s’élèvent. Mohammad Javad Zarif, ancien chef de la diplomatie iranienne, a publié une tribune dans une revue américaine appelant Téhéran à « conclure un accord » avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre. Selon lui, le gouvernement « devrait proposer de limiter son programme nucléaire et de rouvrir le détroit d’Ormuz », artère stratégique pour le commerce mondial, « en échange de la levée de toutes les sanctions ».

Le front libanais et le verrouillage stratégique du détroit d’Ormuz

Le bilan humain de ces affrontements s’alourdit considérablement, la guerre ayant déjà fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Dans ce dernier pays, le mouvement pro-iranien Hezbollah s’est impliqué militairement en commençant à tirer sur Israël le 2 mars. Dans la nuit de jeudi à vendredi, de nouveaux tirs du Hezbollah libanais ont ciblé le sud d’Israël, poussant l’armée israélienne à avertir qu’elle allait frapper deux ponts dans l’est du Liban en représailles.

En parallèle de son offensive terrestre menée dans le sud du pays du Cèdre, l’armée israélienne assure avoir frappé plus de 3500 cibles à travers le Liban. Selon ses déclarations officielles, elle aurait « éliminé » environ 1000 combattants du Hezbollah en l’espace d’un mois. Cette régionalisation du conflit se cristallise tout particulièrement sur les voies maritimes, nourrissant de fortes inquiétudes pour l’économie mondiale.

Ces craintes s’expliquent par la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, un couloir maritime par où transitent normalement 20 % du pétrole et du GNL mondiaux, de même que 30 % des engrais. L’Iran, accusé par une quarantaine de pays de vouloir « prendre en otage l’économie mondiale », a prévenu que le détroit resterait fermé aux pays jugés hostiles. Une exception notable s’est produite jeudi : un porte-conteneur du groupe français CMA CGM a traversé le détroit. Le navire affichait via son signal de navigation avoir un « propriétaire français », marquant ainsi le premier passage connu d’un navire d’un grand groupe européen de transport maritime par cette voie depuis sa paralysie.

Les Nations unies dans l’impasse face aux secousses économiques mondiales

credit : Graphique: Mélanie Meloche-HolubowskiSource: Boursorama

La sécurisation de la région mobilise la diplomatie internationale, sans aboutir à un consensus. Les pays du Golfe ont appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à donner son feu vert à une libération par la force du détroit d’Ormuz. Un projet de résolution, porté par Bahreïn et en discussion depuis une dizaine de jours, prévoyait d’autoriser un recours à la force sous condition. Le vote à l’ONU de ce texte, initialement prévu pour vendredi, a finalement été reporté, le Conseil de sécurité restant loin d’un consensus.

Avant ce report, Téhéran avait fermement mis en garde les instances internationales contre toute « action provocatrice » à l’ONU. Les dirigeants iraniens ont averti publiquement qu’un tel vote du conseil de sécurité « ne fera que compliquer davantage la situation ». Pendant que les tractations diplomatiques patinent, ce conflit engendre de vastes répercussions économiques mondiales. Il fait grimper les prix du pétrole et des engrais, tirant vers le haut les prix des denrées alimentaires à travers le globe, selon les observations de l’ONU.

Plusieurs nations sont contraintes d’adapter l’organisation de leur société face à ces défis. Le Bangladesh a réduit les horaires d’ouverture des bureaux et des commerces à partir de vendredi afin de réduire sa consommation d’énergie. Une mesure similaire limite actuellement la vie nocturne habituellement animée en Égypte, où un couvre-feu commercial est fixé à 21 h depuis quelques jours. En Australie, les conséquences touchent directement les automobilistes : des centaines de stations-service sont totalement à court de carburant dans les zones rurales, une pénurie qui survient alors que débute le week-end de Pâques.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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