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L’Amérique de Trump : un allié devenu impossible ? Les tensions avec l’Europe menacent l’OTAN
Crédit: shutterstock

Une alliance de soixante-seize ans ébranlée par le Moyen-Orient

lanature.ca (image IA)

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord a survécu à de nombreux défis existentiels au cours de ses soixante-seize années d’existence. De la guerre en Ukraine aux multiples épisodes de pression et d’insultes de la part du président américain Donald Trump, l’alliance a tenu bon. Ce dernier avait d’ailleurs déjà remis en question sa mission fondamentale et menacé de s’emparer du Groenland. Pourtant, la crise actuelle tire son origine d’un conflit situé à des milliers de kilomètres du continent européen.

C’est la guerre impliquant les États-Unis et Israël contre l’Iran qui a presque brisé le bloc atlantique. Selon les observations d’analystes et de diplomates, cette situation menace aujourd’hui de laisser l’organisation dans son état le plus faible depuis sa création. La tension est montée d’un cran en raison d’un désaccord stratégique majeur survenu à la suite du début de la guerre aérienne déclenchée le 28 février.

Donald Trump s’est en effet montré furieux que les pays européens aient refusé d’envoyer leurs marines pour rouvrir le détroit d’Ormuz au transport maritime mondial. Face à ce refus, il a déclaré qu’il envisageait de se retirer de l’alliance. « Ne le feriez-vous pas si vous étiez à ma place ? » a interrogé Donald Trump lors d’une interview accordée à Reuters mercredi. Lors d’un discours prononcé mercredi soir, il a vivement critiqué les alliés des États-Unis, s’arrêtant toutefois juste avant de condamner l’OTAN, ce que de nombreux experts pensaient qu’il ferait.

La fin d’une garantie sécuritaire pour l’Europe ?

Mark Rutte avec le président américain Donald Trump, dans le Bureau ovale en 2019 via wikimedia / Domaine public / IA

Ces récentes déclarations, combinées à d’autres piques lancées aux Européens ces dernières semaines, ont provoqué une inquiétude sans précédent. La crainte dominante est que les États-Unis ne viennent pas en aide aux alliés européens s’ils étaient attaqués, et ce, que Washington se retire formellement ou non. Le résultat, affirment analystes et diplomates, est que l’alliance créée pendant la guerre froide, qui a longtemps servi de tissu fondamental à la sécurité européenne, s’effiloche. L’accord de défense mutuelle, qui en est le cœur, n’est plus considéré comme acquis.

Max Bergmann, ancien fonctionnaire du département d’État qui dirige aujourd’hui le programme Europe, Russie et Eurasie au Centre d’études stratégiques et internationales à Washington, dresse un constat direct. « C’est la pire situation dans laquelle (l’OTAN) s’est trouvée depuis sa fondation, » affirme-t-il, ajoutant : « Il est vraiment difficile de penser à quelque chose qui s’en rapproche, même de loin. »

Cette réalité commence à s’imposer aux Européens, qui ont longtemps compté sur l’OTAN comme rempart contre une Russie de plus en plus affirmée. En février dernier encore, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, avait rejeté l’idée d’une Europe se défendant sans les États-Unis, la qualifiant de « pensée stupide ». Désormais, de nombreux responsables et diplomates considèrent cette éventualité comme l’attente par défaut. Le général François Lecointre, chef d’état-major des armées françaises de 2017 à 2021, partage cette analyse : « L’OTAN reste nécessaire, mais nous devons être capables de penser l’OTAN sans les Américains, » précise-t-il. Il va même plus loin : « Savoir si elle devrait même continuer à s’appeler l’OTAN – Organisation du traité de l’Atlantique Nord – est une question valable. »

Un dialogue de sourds entre les deux rives de l’Atlantique

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L’OTAN a déjà été mise à l’épreuve par le passé, notamment lors du premier mandat de Donald Trump, de 2017 à 2021, époque à laquelle il avait également envisagé un retrait. Toutefois, si de nombreux responsables européens croyaient jusqu’à récemment que des louanges et du faste pouvaient maintenir le dirigeant américain à bord, cette conviction s’étiole. C’est le constat qui ressort de conversations menées avec des dizaines d’officiels américains et européens, anciens et actuels.

La position officielle de la Maison Blanche est sans équivoque. La porte-parole Anna Kelly a déclaré : « Le président Trump a exprimé clairement sa déception à l’égard de l’OTAN et d’autres alliés, et comme le président l’a souligné, ‘les États-Unis s’en souviendront’. » Un représentant de l’OTAN, sollicité sur ce point, n’a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire. Du côté de Washington, Donald Trump et ses responsables ont exprimé leur frustration face à ce qu’ils considèrent comme une réticence de l’OTAN à aider les États-Unis dans les moments difficiles, en ne participant pas directement aux opérations dans le détroit d’Ormuz et en restreignant l’utilisation par les Américains de certains aérodromes et espaces aériens. Les responsables américains ont déclaré que l’OTAN ne peut pas être « une voie à sens unique ».

En réponse, les responsables européens soulignent qu’ils n’ont reçu aucune demande américaine concernant des moyens spécifiques pour une mission visant à ouvrir le détroit. Ils se plaignent également du manque de cohérence de Washington, qui n’aurait pas précisé si une telle mission devait opérer pendant ou après la guerre. Jamie Shea, ancien haut responsable de l’OTAN devenu chercheur principal au groupe de réflexion Friends of Europe, évalue les dommages : « C’est une situation terrible pour l’OTAN, » affirme-t-il. Il précise : « C’est un coup dur pour les alliés qui, depuis que Trump est revenu à la Maison Blanche, ont travaillé dur pour montrer qu’ils sont prêts et capables d’assumer plus de responsabilités (pour leur propre défense). »

La Russie au centre des frictions diplomatiques

Marco Rubio en campagne dans l’Iowa pour l’investiture républicaine, en janvier 2016. via wikimedia

Les récents commentaires de Donald Trump s’inscrivent dans une série de signaux montrant une alliance de plus en plus instable. Parmi ces éléments figurent ses menaces intensifiées en janvier d’arracher le Groenland au Danemark, ainsi que des mesures récentes prises par les États-Unis, perçues par les Européens comme particulièrement conciliantes à l’égard de la Russie, que l’OTAN définit pourtant comme sa principale menace pour la sécurité.

L’administration américaine est restée globalement muette face aux rapports indiquant que Moscou a fourni des données de ciblage à l’Iran pour attaquer des installations américaines au Moyen-Orient. Parallèlement, Washington a levé les sanctions sur le pétrole russe, une tentative visant à faire baisser les prix mondiaux de l’énergie qui ont grimpé en flèche pendant la guerre. Ces orientations stratégiques créent des étincelles lors des rencontres internationales.

La semaine dernière, lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 organisée près de Paris, un échange tendu a éclaté entre le secrétaire d’État américain Marco Rubio et Kaja Kallas, la chef de la politique étrangère de l’Union européenne. L’information a été rapportée par cinq personnes proches du dossier, illustrant des relations transatlantiques de plus en plus lourdes. Kaja Kallas a demandé quand la patience des États-Unis à l’égard du président russe Vladimir Poutine prendrait fin concernant les négociations de paix en Ukraine. Marco Rubio a répondu avec irritation que les États-Unis essayaient de mettre fin à la guerre tout en apportant leur soutien à l’Ukraine, ajoutant que l’Union européenne était la bienvenue pour jouer les médiateurs si elle le souhaitait.

L’obstacle législatif et un avenir transatlantique incertain

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D’un point de vue strictement juridique, Donald Trump pourrait ne pas avoir l’autorité nécessaire pour se retirer de l’OTAN. Selon une loi adoptée en 2023, un président américain ne peut quitter l’alliance sans le consentement des deux tiers du Sénat américain, un seuil considéré comme presque impossible à atteindre. Cependant, les analystes soulignent qu’en tant que commandant en chef, le président peut simplement décider si l’armée américaine défendra ou non les membres de l’organisation. Un tel refus de déploiement pourrait mettre l’alliance en péril sans qu’un retrait formel ne soit acté.

Malgré ce contexte, la crise actuelle n’est pas perçue par tous comme existentielle. Un diplomate français a qualifié la rhétorique du président d’une crise de colère passagère. L’histoire récente rappelle que la position de Donald Trump a souvent varié. En 2024, il déclarait en campagne qu’il encouragerait Vladimir Poutine à attaquer les membres de l’OTAN qui ne paieraient pas leur juste part en matière de défense. Or, lors du dernier sommet annuel de l’OTAN en juin 2025, l’alliance avait retrouvé ses bonnes grâces, le président prononçant un discours louant de manière effusive les dirigeants européens comme des personnes qui « aiment leurs pays ».

La semaine prochaine, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui entretient de bonnes relations avec le dirigeant américain, doit se rendre à Washington pour tenter, une fois de plus, de faire évoluer sa position. Les analystes rappellent que les nations européennes ont de solides raisons de maintenir l’engagement des États-Unis, car l’armée américaine fournit un éventail de capacités que l’OTAN ne peut facilement remplacer, comme le renseignement satellitaire. Julianne Smith, ambassadrice des États-Unis auprès de l’OTAN sous le président démocrate Joe Biden, résume cette transition : « Je pense que nous tournons la page de 80 ans de collaboration, » déclare-t-elle. « Je ne pense pas que cela signifie la fin de la relation transatlantique, mais nous sommes à l’aube de quelque chose qui va avoir une apparence et une sensation différentes. »

Selon la source : abcnews.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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