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Des scientifiques pourraient avoir identifié le dernier ancêtre commun des humains et des singes
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le grand mystère biologique de nos tout premiers ancêtres

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Avant l’apparition de l’homme de Néandertal, de l’hominidé de Denisova, de l’Homo erectus, ou même des célèbres australopithèques comme Lucy, une question centrale se pose : quel ancêtre lointain a véritablement donné naissance à notre lignée évolutive ? Ce point de départ fascine les chercheurs depuis des décennies. Jusqu’à présent, le monde scientifique pensait que les hominoïdes modernes, un vaste groupe rassemblant les humains, leurs ancêtres directs et les grands singes, s’étaient séparés des premiers singes d’Afrique de l’Est.

La chronologie de cette évolution humaine complexe s’enracine loin dans le temps. La divergence initiale ayant fait naître le groupe des hominoïdes a eu lieu à la frontière des époques du Miocène et de l’Oligocène, il y a de cela quelque 25 millions d’années. Pour bien saisir la généalogie, il faut distinguer avec précision les termes scientifiques : les humains et les grands singes sont classés comme hominidés (à ne pas confondre avec le terme plus global d’hominoïdes ou d’hominines). En parallèle, les gibbons et les siamangs appartiennent à la famille des hylobatidés.

Une énigme fondamentale subsistait toujours face à cette arborescence vertigineuse. Les experts cherchaient avec insistance à comprendre à quel moment précis, et à partir de quelle espèce fondatrice, ces hominoïdes modernes dits « couronnes » avaient émergé. Ils tentaient de retracer l’instant où cette branche a laissé derrière elle les anciens hominoïdes dits « souches ». La réponse à ce vide scientifique béant se cachait finalement dans une mâchoire vieille de 18 millions d’années.

Une expédition archéologique bouleversant les certitudes

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Les fossiles d’hominoïdes datant du Miocène précoce, une période allant de 17 à 18 millions d’années dans le passé, ont traditionnellement été localisés en Afrique de l’Est. Or, la découverte récente d’une espèce de primate éteinte jusqu’alors inconnue est venue remettre en question tout le savoir académique sur les lieux et les époques entourant nos origines.

Un fragment osseux a créé une onde de choc au sein de la communauté scientifique. Il s’agit de la mâchoire inférieure du Masripithecus moghraensis, un hominoïde souche tardif extrêmement proche des hominoïdes modernes. Ce fossile a été mis au jour loin des zones de recherches habituelles, dans ce qui constitue aujourd’hui la région désertique de Wadi Moghra, nichée au nord de l’Égypte.

Le paléontologue Shorouq Al-Ashqar, chercheur à l’Université de Mansourah en Égypte, est l’un des artisans de cette trouvaille inédite. Avec son équipe de recherche, il a consacré de longues années à chercher un marqueur fossile illustrant cette période évolutive charnière. Pour le spécialiste, ce fragment pourrait très bien représenter la pièce manquante recherchée depuis toujours pour compléter un registre fossile du Miocène réputé notoirement fragmenté et très incohérent.

Le profil anatomique d’un mangeur de graines à la mâchoire puissante

credit : lanature.ca (image IA)

Reconstituer l’identité et les habitudes de vie d’une créature disparue à partir d’un seul vestige osseux exige une précision remarquable. Bien que l’unique témoignage matériel physique du Masripithecus réside dans sa seule mandibule inférieure, le groupe de scientifiques est parvenu à discerner une série de caractéristiques inattendues. Ces traits n’avaient jamais été observés conjointement chez aucun autre singe avec lequel il aurait pu coexister à cette époque lointaine.

L’étude approfondie de la physionomie a révélé des signes de robustesse évidents. La mâchoire elle-même se montrait particulièrement proéminente face au reste du crâne. Le Masripithecus possédait des canines et des prémolaires d’une taille exceptionnelle, assorties de molaires arrondies qui présentaient des surfaces de mastication extrêmement texturées.

Une dentition d’une telle configuration s’apparente à un outil naturel hautement spécialisé. Les paléontologues ont pu en déduire de manière très claire le régime alimentaire singulier de cet animal. Ils ont estimé qu’il se nourrissait majoritairement de fruits, de différentes noix et de graines ; des aliments robustes qui se seraient révélés particulièrement difficiles à mâcher et à transformer sans cet équipement maxillaire surdimensionné.

Un lien génétique entre l’ancien et le monde des modernes

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En croisant les datations fossiles et les caractéristiques anatomiques millimétrées, l’équipe a entrepris une analyse de traçage ambitieuse. Les scientifiques ont estimé l’époque précise à laquelle le Masripithecus a divergé de la lignée des hominidés souches. Ils ont ainsi pu identifier de quelles espèces, qu’elles soient actuelles ou éteintes, ce lointain cousin reste le plus proche parents. Les précédentes analyses moléculaires suggéraient que les hominidés et les hylobatidés avaient divergé il y a 16 millions d’années au plus tard. Toutefois, un flou persistait pour déterminer si la séparation d’avec leur dernier ancêtre commun s’était déroulée sur le sol africain ou en Eurasie.

La mission des experts s’avérait redoutablement complexe. La ressemblance physique frappante entre différentes créatures, ajoutée au fait que les premiers hominoïdes souches ont continué d’exister bien après la scission évolutive, a largement entravé le travail d’identification. Des analyses phylogénétiques plus poussées ont finalement permis de positionner le Masripithecus de manière si rapprochée des hominoïdes couronnes qu’il se présente désormais comme le candidat idéal pour incarner le tout dernier hominoïde souche à les avoir précédés.

Ces résultats majeurs ont pris la forme d’une étude fraîchement publiée dans la prestigieuse revue scientifique Science. Shorouq Al-Ashqar y expose formellement la situation : « Masripithecus [est] plus proche des hominoïdes couronnes que les singes fossiles contemporains d’Afrique de l’Est, comblant ainsi une lacune phylogénétique et biogéographique dans l’évolution des hominoïdes souches ». L’auteur ajoute cette observation sur nos racines profondes : « Ces éléments de preuve suggèrent que l’Hominoidea couronne pourrait avoir trouvé son origine au cours du Miocène précoce dans la partie nord-est inexplorée de l’Afro-Arabie, plutôt qu’en Afrique de l’Est ou en Eurasie. »

Des sables égyptiens aux migrations hors d’Afrique : de nouvelles enquêtes

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L’arrivée soudaine de ce fossile égyptien vient de déverrouiller un panorama inédit dans l’étude des primates anciens. Le Masripithecus ouvre une opportunité d’enquête sans précédent pour pister les origines des singes modernes, en étendant considérablement le champ de vision historique bien au-delà de l’Afrique de l’Est. Les regards se tournent maintenant vers des contrées plus vastes : l’Afrique du Nord, la région du Levant et toute la partie de la Méditerranée orientale.

Pour asseoir définitivement leurs hypothèses, les équipes de recherche savant quel chemin arpenter. Les scientifiques ne pourront acquérir une certitude absolue que lorsque les restes d’autres hominoïdes souches, génétiquement apparentés de près aux hominoïdes couronnes, seront déterrés au cœur de certaines portions spécifiques de l’Afrique du Nord. Ces zones-clés ont souvent été ignorées ou sous-évaluées par les expéditions lors des décennies passées.

Ce changement de carte géographique s’accompagne d’une hypothèse de voyage à grande échelle fascinante. La morphologie de l’animal suggère même la possibilité que les derniers hominoïdes souches aient physiquement migré pour quitter l’Afrique avant même que l’évolution vers les hominoïdes couronnes ne se produise de manière achevée. A l’heure actuelle, les restes fossilisés de notre véritable ancêtre commun le plus ancien attendent sans doute sous d’antiques formations rocheuses ou enfouis profondément dans les sables immobiles du désert.

Selon la source : popularmechanics.com

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