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En 1990, un homme découvre la plus grande grotte du monde… puis la perd pendant près de 17 ans
Crédit: Oxalis Adventure

Une rencontre fortuite sous la tempête

La grotte de Sơn Đoòng est restée totalement inviolée, dissimulée dans les profondeurs de la jungle vietnamienne pendant des millions d’années. Il aura fallu attendre ces dernières années, grâce aux efforts conjugués d’un explorateur local et d’une équipe de spéléologues britanniques, pour que cette cavité soit reconnue comme la plus vaste au monde en termes de volume.

L’histoire de cette révélation s’amorce dans les années 1990. Un promeneur intrépide du nom de Hồ Khanh parcourt alors la forêt tropicale environnante à la recherche de bois d’agar. Ce bois de cœur résineux est devenu une denrée précieuse, particulièrement prisée pour ses applications dans la médecine, l’encens et les parfums. L’activité de cet homme l’oblige à évoluer dans une forêt dangereuse, particulièrement propice à la désorientation.

Avec le temps, le Vietnamien a développé une grande habileté pour repérer les réseaux souterrains, qui lui fournissent un abri indispensable et de l’eau. Au début du mois de décembre 1990, lors d’une expédition, une violente tempête l’oblige à se mettre à couvert. Ce hasard le mène directement devant l’entrée de ce qui sera plus tard baptisé Hang Sơn Đoòng. Il n’ose cependant pas s’aventurer plus loin dans ses profondeurs, dissuadé par de gigantesques panaches de brouillard et un courant d’air froid s’échappant de l’embouchure, semblable à « un souffle de dragon ».

Un trésor avalé par la jungle

Les années défilent, mais le découvreur n’oublie jamais ce spectacle saisissant. Il faut pourtant patienter dix-sept longues années avant qu’il n’entre en contact avec Howard Limbert, membre de l’équipe d’expédition spéléologique britanno-vietnamienne (British-Vietnam Caving Expedition Team). Le spécialiste lui demande alors de leur servir de guide à travers la région pour retrouver la mystérieuse cavité.

En 2007, le groupe lance une première tentative pour pénétrer dans la grotte géante. Cette expédition se solde par un échec, l’équipe se révélant incapable de relocaliser l’entrée. Cet insuccès s’explique aisément par la topographie redoutable de la région. La jungle qui encercle Sơn Đoòng se dresse comme un territoire impitoyable au cœur de la province vietnamienne de Quảng Bình.

La forêt s’y déploie sous la forme d’un enchevêtrement dense de végétation épaisse, parsemé de crêtes rocheuses accidentées et soumis à une météo imprévisible. La présence de serpents, l’imminence de crues soudaines et les parois vertigineuses rendent le terrain périlleux, même pour les guides les plus chevronnés. Les GPS et les équipements de navigation modernes y montrent vite leurs limites. L’outil le plus fiable reste l’accumulation d’années de connaissances et d’expérience, forgées par une exploration prudente et instinctive.

Le triomphe de l’obstination

Loin de se laisser décourager par ce premier revers, Hồ Khanh retourne seul dans la jungle du parc national de Phong Nha-Kẻ Bàng en 2008. Il poursuit ses recherches sans relâche jusqu’à retrouver l’entrée perdue. Il prend le soin de marquer minutieusement son emplacement avant de regagner son domicile, dans l’attente du retour de l’équipe d’exploration.

L’année suivante, en 2009, le groupe d’expédition revient enfin sur les lieux. Accompagnés par Khanh et par des chercheurs de l’Université des sciences de Hanoï, les spéléologues commencent à documenter minutieusement l’intérieur de la cavité souterraine. Les premières observations confirment sans l’ombre d’un doute les soupçons de l’explorateur local.

Le réseau souterrain se révèle véritablement gigantesque. Les spécialistes réalisent rapidement l’ampleur de la découverte : le site est environ cinq fois plus grand que la grotte du Cerf en Malaisie (Deer Cave), la cavité qui détenait jusqu’alors le titre très convoité de « la plus grande grotte du monde ».

Des mensurations qui défient la raison

Les mensurations de Sơn Đoòng redéfinissent les échelles spéléologiques. La cavité affiche un volume atteignant 38,4 millions de mètres cubes, soit 1,35 billion de pieds cubes. Elle abrite également des galeries s’étirant sur près de 9 kilomètres (5,5 miles). Certaines sections s’élargissent jusqu’à 198 mètres (650 pieds), un espace suffisamment vaste pour y faire voler un Boeing 747 sans en érafler les ailes.

Si une grande partie de ce monde souterrain repose dans une obscurité perpétuelle, certaines zones sont baignées de lumière. Cet éclairage naturel provient de deux dolines massives qui se sont formées en s’ouvrant dans le plafond de la grotte. Ce paysage majestueux est le résultat d’un long processus d’érosion par l’eau, un travail géologique étalé sur deux à cinq millions d’années.

Une rivière au débit rapide, chargée d’une eau légèrement acide, a inlassablement traversé le calcaire soluble. Au fil de centaines de milliers d’années, ce cours d’eau a creusé de vastes salles et sculpté d’immenses couloirs. Ces processus ont donné naissance à des formations remarquables. Parmi elles figure une colonne de 70 mètres (229 pieds) de haut, considérée comme la plus grande stalagmite du monde et baptisée « Hope and Vision » (« Espoir et Vision »).

Un record en sursis dans une région inexplorée

Ce monument de la nature pourrait pourtant ne pas conserver son titre indéfiniment. Les experts soulignent qu’il est même envisageable que Sơn Đoòng ne soit pas la plus vaste grotte de ce coin de l’Asie du Sud-Est. Les spécialistes estiment en effet qu’à peine un tiers du parc national de Phong Nha-Kẻ Bàng a été exploré jusqu’à ce jour.

Cette statistique laisse supposer qu’une immense quantité de merveilles souterraines attendent encore d’être découvertes dans cette région montagneuse, sans même mentionner les potentiels réseaux inexplorés situés ailleurs sur la planète. Les profondeurs de la terre cachent encore de nombreux secrets.

L’engouement suscité par ce site exceptionnel dépasse aujourd’hui largement la sphère scientifique. L’histoire et les dimensions vertigineuses de la grotte ont récemment fait l’objet d’un reportage immersif diffusé dans un épisode de l’émission « 60 Minutes » de la chaîne américaine CBS, ancrant définitivement cette merveille géologique dans la culture populaire.

Selon la source : iflscience.com

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