Détroit d’Ormuz : Un destroyer américain aurait changé de cap après un avertissement iranien
Auteur: Simon Kabbaj
Déploiement américain et annonce de déminage

Le Commandement central des États-Unis (CENTCOM) a annoncé que deux destroyers de la marine américaine ont transité par le détroit d’Ormuz ce samedi. Les navires, identifiés comme l’USS Frank E. Peterson (DDG-121) et l’USS Michael Murphy (DDG-112), se trouvent désormais dans le golfe Persique. Leur mission officielle consiste à entamer des opérations de déminage dans cette voie navigable vitale pour le commerce international.
Selon le média Axios, qui cite un responsable américain non identifié, il s’agit de la première traversée de ce type depuis le début du conflit il y a six semaines. Les navires auraient voyagé d’est en ouest pour entrer dans le Golfe avant de retourner vers la mer d’Oman, sans aucune coordination préalable avec l’Iran. Le CENTCOM a précisé dans un communiqué de presse que l’objectif de cette opération est de « garantir que le détroit est entièrement débarrassé des mines marines ». Des forces américaines supplémentaires, comprenant notamment des drones sous-marins, doivent rejoindre cet effort de nettoyage dans les jours à venir.
Donald Trump a confirmé l’opération sur la plateforme Truth Social. L’ancien président américain a déclaré que les États-Unis rendaient « une faveur aux Pays du monde entier » en déminant le détroit. Il a également affirmé que l’intégralité des navires mouilleurs de mines appartenant à l’Iran avait été détruite.
Récits contradictoires et ultimatums iraniens
Les déclarations américaines divergent des récits rapportés par d’autres acteurs de la région. Un responsable régional du renseignement a contesté la version de Washington, indiquant que deux destroyers américains de classe Arleigh Burke ont bien tenté de franchir le détroit, mais ont été contraints de faire demi-tour. Cette décision ferait suite aux menaces du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), qui a également lancé un drone (UAV) en direction des navires.
Les médias iraniens ont rejeté les affirmations du CENTCOM. L’agence de presse semi-officielle Fars a rapporté que les forces iraniennes ont surveillé un destroyer américain qui se déplaçait de Fujairah vers le détroit d’Ormuz. Téhéran a alors transmis un avertissement par l’intermédiaire de médiateurs pakistanais, et le navire a rebroussé chemin après que l’Iran a prévenu qu’il serait pris pour cible.
La télévision d’État iranienne a par la suite précisé que ses forces avaient émis un ultimatum de 30 minutes à un destroyer américain en provenance de Fujairah, lui intimant l’ordre de faire demi-tour sous peine de subir une attaque. Un haut responsable militaire iranien a subséquemment démenti le fait qu’un quelconque navire américain ait achevé la traversée du détroit.
Chute du trafic maritime et impact sur le pétrole

Ces événements se déroulent dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite habituellement environ 20 % du pétrole transporté par voie maritime dans le monde. La zone reste effectivement restreinte. Selon The Wall Street Journal, l’Iran n’autorise le passage qu’aux navires préalablement approuvés et exige des péages dépassant un million de dollars par bateau.
L’activité maritime globale affiche une baisse marquée. Le quotidien Financial Times a rapporté que seuls trois supertankers ont traversé le détroit au cours de la journée de samedi, une donnée à comparer avec la moyenne quotidienne d’avant-guerre qui s’établissait à environ 135 navires.
Cette perturbation a commencé à modifier les flux mondiaux de pétrole, l’offre en provenance du Golfe devenant plus rare. Sur Truth Social, Donald Trump a indiqué que « des nombres massifs de pétroliers complètement vides » se dirigeaient vers les États-Unis pour y charger du brut américain. Le brut américain a clôturé vendredi à 96,57 dollars, s’échangeant avec une prime par rapport au brut Brent fixé à 95,20 dollars, reflétant une demande accrue pour le pétrole ne provenant pas du Golfe.
Des pourparlers historiques dans l’impasse à Islamabad

Pendant ce temps, le Pakistan assure une médiation à Islamabad entre Washington et Téhéran. Ces discussions constituent l’engagement direct au plus haut niveau entre les deux pays depuis 1979. Alors que les hostilités entrent dans leur deuxième mois, ces négociations historiques demeurent dans l’impasse.
Selon les informations d’Al Jazeera, la délégation américaine est menée par le vice-président JD Vance, accompagné de Steve Witkoff et de Jared Kushner. Du côté iranien, l’équipe composée de 70 membres est dirigée par le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi.
Les discussions butent sur plusieurs dossiers complexes. CBS News rapporte que les négociations sont bloquées en raison des revendications de souveraineté de l’Iran sur le détroit d’Ormuz, de la situation au Liban, du gel des avoirs iraniens et de l’enrichissement de l’uranium. Samedi soir, aucun accord n’avait encore été conclu entre les délégations.
Un cessez-le-feu fragile et une échéance imminente

Ce contexte diplomatique et militaire s’inscrit dans le cadre d’un cessez-le-feu très fragile, qui a été négocié le 8 avril grâce à l’intervention du Pakistan. Cette trêve tente de stabiliser une situation tendue en offrant une fenêtre de dialogue aux différentes parties impliquées.
Prévu pour une durée de deux semaines, ce cessez-le-feu rythme le calendrier des médiateurs pakistanais qui tentent de maintenir les délégations américaine et iranienne à la table des négociations, malgré les désaccords profonds constatés.
L’accord doit expirer le 22 avril. Cette date butoir imminente suscite des inquiétudes quant à une possible nouvelle escalade des tensions dans la région, au cas où les pourparlers menés à Islamabad se solderaient par un échec.
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