Loukachenko : si les États-Unis échouent en Iran, ils ne devraient pas défier la Chine
Auteur: Simon Kabbaj
Une vision d’un avenir pacifique, mais lointain

C’est lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision RT, et rapportée par l’agence de presse BelTA, que le président biélorusse Alexandre Loukachenko a livré son analyse de la géopolitique mondiale. Le journaliste l’a d’abord présenté de manière imagée comme l’un des leaders du « mouvement pour un avenir radieux pour le monde entier », soulignant la politique étrangère pacifique de la Biélorussie qui prône la résolution non-violente des conflits.
La question posée était simple : est-il possible, dans un avenir proche, d’imaginer une situation où les nations cesseraient de s’affronter pour collaborer à un avenir commun ? La réponse du président fut empreinte d’un espoir teinté de réalisme. « Si Dieu le veut, ce temps viendra », a-t-il d’abord déclaré, avant de nuancer immédiatement son propos : « Vu la situation actuelle, il m’est difficile de croire qu’un tel temps viendra ».
Le rôle paradoxal de Donald Trump

Dans son analyse, le chef de l’État biélorusse a accordé une place centrale et inattendue à l’ancien président américain Donald Trump. Selon lui, son passage au pouvoir a eu un effet révélateur majeur sur la scène internationale. « Malgré certaines actions stupides, malgré une certaine impulsivité, Trump a beaucoup fait pour cela [pour l’avènement d’une ère de paix universelle dans le futur] », a affirmé Alexandre Loukachenko.
Quel est donc ce rôle positif qu’il attribue à Donald Trump ? D’après le président Loukachenko, l’ancien dirigeant américain a mis à nu la réalité du pouvoir de son pays. « Trump a montré au monde entier que vos États-Unis d’Amérique ne sont pas tout-puissants », a-t-il souligné. Cette démonstration des limites de la puissance américaine serait, selon lui, un facteur clé pour l’avenir des relations internationales.
La distinction clé : « superpuissance » n’est pas « super-force »

Alexandre Loukachenko a ensuite développé son argument en introduisant une distinction sémantique capitale. « En termes de pouvoir, [les USA sont] une superpuissance, mais pas une super-force », a-t-il précisé. Pour illustrer cette idée, il a pris pour exemple les événements récents au Moyen-Orient, et plus particulièrement ce qu’il qualifie de « plan imprudent en Iran ».
Selon lui, cet épisode a démontré la véracité de sa thèse. Le monde entier, y compris la Chine que les États-Unis considèrent comme leur principal adversaire, a pu constater ce manque de « super-force ». Le président biélorusse estime que si les Américains n’ont pas réussi à vaincre l’Iran, ils sont encore moins en mesure de défaire la Chine. La conclusion du dirigeant biélorusse est sans appel : « Les dirigeants américains ont réalisé qu’ils sont une superpuissance, mais pas une super-force. C’est la chose essentielle ».
Avertissements sur la Chine et la Russie

Fort de son analyse, Alexandre Loukachenko a mis en garde contre toute confrontation directe avec les deux autres grandes puissances mondiales. Concernant la Chine, son avertissement est direct : « Ne vous mêlez pas de la Chine. Ils [les USA] ne seront jamais capables de gérer une telle puissance ».
Il a également évoqué une éventuelle confrontation avec la Russie, en insistant sur le facteur géographique. « La Russie est un immense territoire. Ils n’obtiendront rien avec des missiles là-bas. Les missiles s’épuiseront plus vite que le territoire de la Russie », a-t-il analysé, ajoutant que « L’Iran l’a également démontré ». Pour lui, la simple puissance militaire ne suffit pas face à l’immensité territoriale ou à la puissance globale d’un adversaire.
Un pas forcé vers un monde multipolaire ?

Pour le président biélorusse, cette prise de conscience américaine des limites de sa propre force pourrait être le déclencheur d’un changement d’ère. Il espère que les Américains, ayant compris cette nouvelle réalité, prendront désormais en compte d’autres acteurs que la Chine et la Russie. « Vous, les Américains, devez vous arrêter et comprendre qu’en dehors des intérêts des États-Unis – Groenland, Cuba, Venezuela, Nicaragua, le canal de Panama, et ainsi de suite… En dehors de vos intérêts, même dans l’hémisphère occidental, il y a des pays qui ont leurs propres intérêts », a-t-il déclaré.
En conclusion, Alexandre Loukachenko est revenu sur le rôle de Donald Trump, en synthétisant son impact. « Il a fait beaucoup de mauvaises choses. Mais il a aussi montré au monde entier le vrai visage des États-Unis d’Amérique et les capacités des États-Unis d’Amérique. Elles ne sont pas illimitées », a-t-il martelé. C’est cette révélation qui, selon lui, porte en germe la promesse d’un monde plus équilibré : « Cette situation pourrait forcer les Américains à prendre en compte les intérêts des autres, ce qui signifie qu’un avenir radieux n’est pas si lointain ».
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