Une nouvelle étude révèle que les personnes aux traits de personnalité sombres sont naturellement attirées par des rôles de leadership
Auteur: Mathieu Gagnon
Le choix professionnel comme miroir de la personnalité

Avez-vous déjà eu l’impression de travailler aux côtés d’un narcissique ou d’un psychopathe ? Selon une nouvelle étude, les choix d’emploi des individus offrent de précieux indices sur leur profil psychologique. Ces traits de caractère sombres se retrouvent de manière plus fréquente dans les domaines fondés sur le leadership et la persuasion, à l’image des affaires, de la politique et du droit.
Les professionnels évoluant dans des secteurs créatifs ou tournés vers la nature ont, quant à eux, davantage de chances de croiser des personnes dotées d’un mode de pensée machiavélique. Ces conclusions ont été publiées dans la revue Personality and Individual Differences.
Le comportement froid, insensible et parfois manipulateur que l’on observe au quotidien, notamment sur le lieu de travail, trouve souvent sa source dans un ensemble de caractéristiques appelé la « triade noire ». Cette dernière regroupe la psychopathie, le machiavélisme et le narcissisme. Les recherches antérieures reliaient déjà ces éléments à la façon dont les individus se comportent et dirigent en entreprise, mais elles traitaient généralement cette triade comme un concept unique et globalisant.
Une méthode d’analyse en sept dimensions

Une équipe de chercheurs de Singapour et des États-Unis a souhaité savoir si nos traits de personnalité nous orientent silencieusement vers certaines carrières. Pour obtenir une réponse plus nuancée, ils ont divisé cette triade noire en sept facettes distinctes. La psychopathie a été scindée en audace, méchanceté et désinhibition. Le machiavélisme a été séparé entre ses visions et ses tactiques. Le narcissisme a été découpé entre l’admiration et la rivalité.
L’étude a débuté par une enquête menée auprès de plus de 600 étudiants de premier cycle inscrits dans une grande université américaine. Ce panel couvrait un large éventail de spécialisations universitaires, allant de la biologie à la psychologie, en passant par le commerce et les sciences politiques. L’objectif de cette première étape consistait à évaluer précisément leurs traits de personnalité.
Deux semaines plus tard, ces mêmes participants ont répondu à un questionnaire détaillé concernant leurs intérêts professionnels. L’outil utilisé s’appuyait sur le cadre SETPOINT, un modèle qui classe les carrières en sept domaines : les sciences de la santé, l’expression créative, la technologie, le contact humain, l’organisation, l’influence et la nature. Les données récoltées ont fait l’objet d’une analyse de réseau pour tracer les connexions entre le caractère et les aspirations. Les chercheurs traquaient particulièrement les « nœuds de transition », ces liens clés servant de passerelles entre une prédisposition psychologique et une voie professionnelle spécifique.
La psychopathie face aux secteurs de la santé et de la technologie

Dans le domaine de la psychopathie, les résultats révèlent des trajectoires inattendues. Les individus caractérisés par l’audace, se montrant confiants, calmes sous la pression et naturellement influents, ont tendance à graviter vers les sciences de la santé.
La méchanceté, une facette définie par une faible empathie et une certaine hostilité, engendre un intérêt plus marqué pour la technologie et les travaux mécaniques manuels. Ces profils recherchent des environnements où les interactions sociales sont moins prioritaires que la maîtrise technique concrète.
La désinhibition, qui représente le côté impulsif de la psychopathie, se trouve liée à l’expression créative. On retrouve ces profils dans les arts et le design, tout comme dans des rôles pratiques nécessitant une intervention manuelle directe.
Le machiavélisme, le narcissisme et la recherche du pouvoir

L’étude s’est penchée sur la vision cynique de la nature humaine propre au machiavélisme, associée à une tendance à manipuler ou exploiter autrui. Les personnes affichant des visions machiavéliques expriment un intérêt prononcé pour les postes de direction. Celles qui s’identifient davantage aux tactiques machiavéliques sont attirées par des rôles liés à l’expression créative et à la nature, préférant le travail en plein air ou le contact avec les animaux. L’ensemble de ces individus machiavéliques montre une tendance claire à éviter les carrières centrées sur les relations humaines.
Le narcissisme, propulsé par un besoin d’éloges et une forte concentration sur la rivalité, est directement lié à des intérêts marqués pour l’influence et l’expression créative. Le désir d’occuper le centre de l’attention guide logiquement ces choix professionnels.
Un schéma précis s’est dégagé des observations : la majorité des sept facettes de la triade noire est liée au domaine de l’influence. Cela suggère une forte attraction pour les rôles de direction où la persuasion et le pouvoir entrent en jeu. Ces schémas se sont révélés constants à tous les niveaux, s’appliquant de manière identique aux femmes et aux hommes.
Perspectives futures et gestion des talents

Les résultats obtenus reposent sur des données d’enquête collectées auprès d’étudiants universitaires, et non de professionnels en activité. Il reste donc à vérifier si ces mêmes modèles se maintiennent dans de véritables environnements de travail. L’expérience du terrain pourrait moduler la façon dont ces prédispositions s’expriment au quotidien.
Si ces dynamiques se confirment en entreprise, ces découvertes fourniront un outil précieux aux organisations. Elles pourraient identifier plus rapidement et traiter le leadership toxique avant qu’il ne détériore le climat de travail. La compréhension de ces sept facettes permettrait de repenser la sélection et l’accompagnement des managers.
Les conseillers d’orientation disposeraient d’une nouvelle approche pour guider les individus porteurs de traits plus sombres vers des parcours professionnels plus sains. L’étude complète, intitulée « Dark vocational preferences: A network analysis of Dark Triad facets and vocational interests », a été réalisée par Yan Yi Lance Du et ses collaborateurs pour l’édition 2026 de la revue Personality and Individual Differences (DOI: 10.1016/j.paid.2026.113728).
Selon la source : phys.org