Des scientifiques découvrent 700 fossiles qui bouleversent notre compréhension de la vie sur Terre
Auteur: Mathieu Gagnon
Les origines lointaines de la vie terrestre

La chronologie de l’évolution de la vie, telle que la science la comprend actuellement, suit un schéma bien défini. Il y a environ quatre milliards d’années, les premiers microbes — des créatures anaérobies unicellulaires — ont fait leur apparition sur la boule de roche ardente qu’était alors la Terre.
La chronologie s’est ensuite poursuivie avec environ 3,5 milliards d’années supplémentaires de développement microbien. L’arrivée des eucaryotes s’est inscrite dans cette dynamique, occupant l’essentiel de la période connue sous le nom de Précambrien. La situation a radicalement changé par la suite, avec une prolifération rapide des formes de vie complexes au cours de l’événement qualifié d’explosion cambrienne.
Les scientifiques disposent pourtant de peu de données concernant la transition entre le Précambrien et le Phanérozoïque, notre éon géologique actuel. Une nouvelle découverte vient combler cette lacune et offre un regard inédit sur les mécanismes qui ont précédé cette explosion de diversité biologique.
Le gisement de Jiangchuan bouleverse la chronologie

L’attention des chercheurs se tourne aujourd’hui vers un nouveau site fossilifère situé dans le sud-ouest de la Chine. Connu sous le nom de biote de Jiangchuan, ce gisement exceptionnel permet de faire le lien entre la période cambrienne et la période édiacarienne, une ère qui s’étend sur les 96 millions d’années précédant « l’explosion ».
Une nouvelle étude publiée dans la revue Science détaille l’ampleur de cette trouvaille. Les chercheurs de l’Université du Yunnan en Chine rapportent que les 700 fossiles exhumés à Jiangchuan sont âgés d’environ 539 à 554 millions d’années.
Parmi ces restes fossilisés, certaines formes de vie étaient jusqu’alors totalement inconnues de la science. D’autres espèces identifiées n’étaient connues que dans les roches du Cambrien. Leur présence au sein du biote de Jiangchuan repousse l’ancienne chronologie acceptée concernant l’origine de la vie complexe.
Vers primitifs et symétrie bilatérale

La majorité de ces animaux fossilisés sont les ancêtres des invertébrés modernes, incluant l’étoile de mer contemporaine. Quelques-uns comptent parmi les anciens ancêtres des humains, bien qu’aucune ressemblance physique ne permette de le deviner au premier regard. Ces créatures ressemblant à des vers, appelées bilatériens, possèdent des corps qui, lorsqu’ils sont coupés en deux, peuvent être divisés en deux moitiés formant des images en miroir.
Cette caractéristique morphologique porte le nom de « symétrie bilatérale ». Elle marque un contraste frappant avec d’autres animaux comme les cnidaires, qui regroupent le corail, ou les cténophores, connus sous le nom de cténaires. La présence de ces deux derniers phylums dans les archives fossiles indique que des animaux dont on pensait qu’ils n’avaient vécu qu’au Cambrien pourraient avoir existé des millions d’années plus tôt.
Nos lointains ancêtres, ces petites créatures bilatériennes en forme de vers connues sous le nom de deutérostomiens, présentent des crampons qui fixent l’organisme au fond marin, ainsi qu’un tube d’alimentation pour attraper leur nourriture. Cette stratégie biologique gagnante a fini par donner naissance à tous les vertébrés sur Terre. Le biote de Jiangchuan repousse désormais leur existence à l’Édiacarien pour la toute première fois.
Des vertébrés bien avant l’explosion cambrienne

Cette révision majeure de l’arbre du vivant est soulignée par Gaorong Li, auteur principal de l’étude affilié à l’Université d’Oxford, qui se trouvait à l’Université du Yunnan au moment des recherches. « Notre découverte comble une lacune majeure dans les toutes premières phases de la diversification animale », a-t-il déclaré dans un communiqué de presse.
Le chercheur précise la portée de ces observations géologiques : « Pour la première fois, nous démontrons que de nombreux animaux complexes, que l’on ne trouve normalement qu’au Cambrien, étaient présents à la période édiacarienne, ce qui signifie qu’ils ont évolué bien plus tôt que ce qui avait été démontré précédemment par les preuves fossiles. »
Cette surprise s’accompagne d’autres découvertes tout aussi fondamentales. Frankie Dunn, co-auteure de l’étude à l’Université d’Oxford, ajoute dans un communiqué de presse : « La présence de… ambulacraires [vers à gland] à la période édiacarienne est vraiment passionnante. La découverte de fossiles d’ambulacraires dans le biote de Jiangchuan signifie que les chordés — des animaux dotés d’une colonne vertébrale — devaient exister à cette époque. »
Le mystère d’une préservation géologique exceptionnelle

L’une des interrogations majeures entourant cet assemblage de nouveaux fossiles reste la date tardive de sa découverte. Des fossiles similaires ne figurent pas dans les autres sites édiacariens connus à ce jour à travers le monde.
La meilleure hypothèse formulée par les chercheurs suggère que les compressions carbonées identifiées sur le site de Jiangchuan sont rares parmi les roches de cette période. La rareté de ces fossiles résulterait de leur méthode de préservation inhabituelle, plutôt que d’une véritable rareté de ces créatures au cours de la période édiacarienne en général.
Si l’évolution de la vie était structurée comme un roman classique, l’explosion cambrienne représenterait l’action montante qui mène finalement au point culminant stupéfiant de la spéciation moderne. Le biote de Jiangchuan nous enseigne que la préparation de cette histoire pourrait nécessiter une réécriture complète.
Selon la source : popularmechanics.com