Mali : comment la stratégie de Poutine a ouvert un boulevard aux groupes islamistes
Auteur: Adam David
Le Mali au bord du basculement

Un tournant majeur se dessine au Mali. Un groupe armé affilié à Al-Qaïda serait sur le point de prendre le contrôle du pouvoir. Cette situation alarme les observateurs, car elle pourrait créer un effet domino dans une région déjà fragilisée.
D’autres pays voisins risquent de suivre une trajectoire similaire et de tomber sous la coupe de mouvements islamistes. Parmi les plus exposés figurent le Niger et le Burkina Faso, deux nations qui luttent elles-mêmes contre des insurrections djihadistes.
Une lente transformation religieuse et sociale

La montée de l’islam radical en Afrique de l’Ouest n’est pas un phénomène récent. Elle s’est développée sur plusieurs décennies, notamment à travers la construction de mosquées d’obédience fondamentaliste. Ces projets ont été largement soutenus par des financements en provenance d’Arabie saoudite.
Cette dynamique a profondément modifié le paysage religieux d’une région qui compte environ 500 millions d’habitants. Traditionnellement, l’islam qui y était pratiqué était syncrétique, intégrant de nombreuses pratiques animistes. Les marabouts, figures centrales de cette spiritualité, jouaient un rôle à la fois de guides religieux et de sorciers-guérisseurs.
Cet islam traditionnel, à l’image du reste des sociétés africaines, a progressivement reculé. Deux facteurs principaux expliquent cette érosion : le développement économique et l’avènement des nouveaux moyens de communication, comme Internet, qui ont ouvert la région à d’autres influences.
Quand la croissance économique attise les ambitions militaires

Le Mali a connu une croissance économique notable au cours des 25 dernières années. Sur cette période, le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant a été multiplié par quatre. En 2024, cet indicateur a franchi le seuil des 1000 dollars américains par habitant.
Cette nouvelle prospérité a cependant eu des effets inattendus. Elle a suscité l’ambition d’un groupe d’officiers au sein de l’armée malienne. Ces militaires y ont vu une opportunité d’acquérir de l’armement moderne, de s’emparer du pouvoir et, selon l’analyse, de s’enrichir personnellement.
L’intervention russe et le départ de la France

Les visées des officiers maliens ont trouvé un écho dans la stratégie africaine de Vladimir Poutine. La Russie cherchait à la fois à contrôler les richesses du Mali et des pays environnants, mais également à évincer la France de son rôle de puissance historique dans la région. Le sous-sol malien, comme celui de ses voisins, regorge de minéraux stratégiques, notamment de l’or et de l’uranium.
Pour atteindre ces objectifs, une campagne de propagande anti-française a été orchestrée. Elle a présenté la France comme la principale responsable des difficultés du pays. Une partie de cette propagande a réussi à convaincre une part significative de la population malienne que l’armée française soutenait les rebelles touaregs et leur projet d’indépendance pour l’Azawad, une vaste région du nord-est du Mali.
Pourtant, la réalité de la collaboration sur le terrain était différente. L’armée française s’appuyait sur les combattants touaregs, connaisseurs du désert, pour lutter contre les groupes djihadistes qui menaçaient de renverser le gouvernement de Bamako.
Le groupe Wagner, une solution aux résultats décevants

Le changement d’alliance s’est concrétisé en 2022, lorsque les mercenaires russes du groupe Wagner ont remplacé les troupes de l’armée française sur le sol malien. En 2025, ce groupe a été rebaptisé Africa Corp, marquant une nouvelle étape de sa présence sur le continent.
Les conséquences de ce remplacement sont jugées sévères sur le plan sécuritaire. Les groupes islamistes, un temps contenus, menacent de nouveau directement le pouvoir en place au Mali. Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer cette situation : les forces russes ne disposeraient ni de l’expertise ni du financement nécessaires pour mener une lutte anti-djihadiste efficace.
Un autre obstacle majeur est la barrière de la langue. Les mercenaires russes ne parlent pas français, qui demeure pourtant la langue de communication officielle et véhiculaire au sein de l’armée et de l’administration maliennes.
Une déstabilisation aux répercussions mondiales

La chute potentielle du Mali fait craindre un effondrement en cascade. Elle risquerait d’entraîner dans sa chute des pays voisins qui ont également fait le choix de s’allier à la Russie. Un tel scénario pourrait aboutir à la consolidation de pouvoirs islamistes au cœur même du continent africain.
Les ambitions russes en Afrique de l’Ouest, comme en Ukraine, sont ainsi présentées comme un facteur de déstabilisation de l’ordre mondial. Les premières victimes de cette politique sont les populations locales, qui subissent directement la violence et l’instabilité.
Toutefois, les conséquences ne s’arrêtent pas aux frontières de la région. L’analyse soutient que l’ensemble des pays du monde finit par en payer le prix, sous une forme ou une autre.
Selon la source : journaldemontreal.com