Les dinosaures auraient pu exister discrètement pendant 10 millions d’années sans laisser de fossiles clairs
Auteur: Mathieu Gagnon
Une chronologie repoussée par la diversité des premières espèces

Beaucoup de dinosaures ayant été des prédateurs embusqués, il était peut-être envisageable de s’attendre à ce qu’ils puissent se dissimuler ainsi de notre regard de manière prolongée. La diversité des premiers fossiles découverts et la vitesse à laquelle ces animaux ont évolué suggèrent que le dinosaure originel a précédé de longue date les spécimens les plus anciens que nous avons exhumés.
Une récente étude adopte une approche rigoureuse pour aborder cette question de datation. Les résultats de cette analyse estiment que cette émergence s’est produite de manière bien plus précoce que ce qui était admis jusqu’à présent par la communauté scientifique.
Selon les conclusions publiées par les chercheurs, les dinosaures sont apparus entre 250 et 240 [millions d’années], au moins 10 millions d’années avant les plus anciens fossiles de dinosaures non ambigus.
La difficulté de définir le premier véritable dinosaure

Définir exactement quand une espèce évolue à partir d’une autre représente un problème sans doute insoluble, étant donné que l’évolution se déroule de manière extrêmement graduelle. Il est encore plus complexe de se montrer catégorique lorsqu’il s’agit d’un ensemble d’espèces distinctes.
Lorsque les chercheurs ne disposent que de quelques ossements isolés, plutôt que de squelettes complets, il n’existe aucun moyen d’affirmer avec certitude quel animal fut le tout premier véritable dinosaure. Néanmoins, obtenir une réponse précise à un million d’années près environ demeure une question d’un intérêt considérable pour retracer l’histoire de la vie sur Terre.
Les fossiles généralement reconnus comme étant de véritables dinosaures ont été retrouvés et datés de 230 à 233 millions d’années, les autres spécimens étant généralement relégués au statut de prédécesseurs. Cependant, ces premiers restes fossiles ne proviennent pas d’une seule espèce, ni même d’un genre étroitement lié, mais de multiples branches de la famille. Par conséquent, l’ancêtre commun des dinosaures doit nécessairement être plus ancien, laissant le temps à sa progéniture d’entamer les chemins qui ont mené à l’étonnante diversité observée durant leur apogée.
Une modélisation statistique appliquée à la morphologie

Chase Brownstein, doctorant à l’université de Yale, et le docteur Christopher Griffin de l’université de Princeton ont utilisé des analyses phylogénétiques bayésiennes datées à la pointe pour mesurer la diversité de ces premiers fossiles. Ils ont minutieusement examiné la forme et la taille des os, ainsi que la présence ou l’absence de caractéristiques anatomiques spécifiques telles que des cornes.
Si le taux de diversification ultérieure est extrapolé vers le passé, les premiers dinosaures devraient être apparus entre 240 et 250 millions d’années. Ce type d’analyse ne peut jamais offrir la certitude absolue qu’apporte l’extraction d’ossements présentant des traits clairement dinosauriens. Toutefois, Brownstein et Griffin décrivent avoir procédé en utilisant de multiples matrices morphologiques avec un échantillonnage différent de caractères et de taxons.
La cohérence du résultat obtenu en s’appuyant sur les quatre grandes branches de dinosaures (sauropodes, théropodes, ornithischiens et herrérasaures), ainsi qu’en distinguant le clade controversé des silésauridés par rapport aux ornithischiens, donne aux auteurs une grande confiance dans leur conclusion. Par ailleurs, les dinosaures ornithischiens se sont diversifiés plus rapidement au début du Jurassique que les autres lignées, démontrant ainsi les avantages de combiner les preuves provenant du plus grand nombre possible de familles. Les deux chercheurs écrivent : Les schémas que nous déduisons sont cohérents avec les attentes dans le cadre d’un scénario de radiation évolutive, dans lequel des lignées écologiquement disparates se diversifient rapidement à partir d’un seul ancêtre commun,
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Le mystère des traces manquantes face aux évolutions de la Pangée

La réponse évidente à un travail de cette nature se formule ainsi : Mais où sont les fossiles ?
. Il est toujours envisageable que la réponse soit simplement qu’il n’y en a aucun, car durant la majeure partie de cette période, les premiers dinosaures vivaient dans des lieux peu propices à la conservation d’archives géologiques, ou bien dans des zones où les paléontologues n’ont pas encore entrepris de recherches.
Jusqu’à il y a environ 234 millions d’années, le supercontinent de la Pangée comportait des bandes de terres arides. Ces conditions climatiques spécifiques pourraient avoir maintenu les premiers dinosaures confinés dans une zone méridionale relativement limitée. Par la suite, le climat mondial est devenu de manière drastique beaucoup plus humide, modifiant les écosystèmes en place.
Cependant, Brownstein et Griffin soulignent que nous possédons peut-être des fossiles, bien qu’il ne s’agisse pas d’ossements. Des traces ont été découvertes datant d’environ 250 millions d’années, laissées soit par des dinosaures, soit par un parent extrêmement proche.
Des causes d’évolution encore inexpliquées par les modèles actuels

Brownstein et Griffin admettent cependant qu’ils ignorent totalement ce qui a pu pousser les dinosaures à évoluer ainsi, pour ensuite se scinder en leurs lignées majeures en l’espace de 5 millions d’années seulement. Ce laps de temps très court à l’échelle géologique reste une énigme au sein de la communauté scientifique.
Les auteurs de l’étude notent avec attention que bon nombre des explications actuellement proposées pour justifier leur apparition ne s’accordent pas bien avec le calendrier détaillé qu’ils avancent aujourd’hui, remettant en perspective les hypothèses admises.
Cette étude complète a été publiée en libre accès au sein de la revue scientifique The Royal Society Proceedings B: Biological Sciences. Une mise en lumière initiale de ces travaux a été rapportée par le portail spécialisé Phys.org.
Selon la source : iflscience.com