La dépression résistante aux traitements pourrait répondre à des combinaisons de médicaments déjà utilisés en clinique
Auteur: Mathieu Gagnon
Quand les traitements classiques échouent

De nombreuses personnes souffrant de trouble dépressif majeur ne trouvent aucun soulagement dans les traitements actuels. Des chercheurs rapportent aujourd’hui dans la revue JAMA Psychiatry que de nouvelles combinaisons de médicaments déjà existants pourraient leur venir en aide. Cette découverte pourrait transformer la prise en charge de millions de patients à travers le monde.
L’humeur durablement basse, la perte d’intérêt pour des activités auparavant plaisantes, le manque d’énergie, les sentiments d’inutilité, une mauvaise concentration et un appétit perturbé, ainsi que des pensées suicidaires constituent les symptômes de la dépression majeure. Un pourcentage significatif d’adultes qui en souffrent n’obtiennent que peu de soulagement grâce aux thérapies antidépressives conventionnelles.
Face à cette impasse thérapeutique, les médecins doivent alors se tourner vers des traitements alternatifs pour aider ces patients. C’est précisément dans cette direction que s’orientent les nouvelles recherches menées par des équipes universitaires prestigieuses.
Un tiers des patients face à la résistance thérapeutique

« Au moins un tiers des adultes souffrant de dépression ne répondent pas à au moins deux essais de thérapies antidépressives conventionnelles. Ces patients sont considérés comme ayant une dépression résistante au traitement, et des thérapies alternatives devraient être envisagées pour ces patients », explique T. Greg Rhee, épidémiologiste psychiatrique à l’UConn School of Medicine. Ce chiffre vertigineux souligne l’ampleur du défi auquel font face les professionnels de santé mentale.
Rhee collabore avec des collègues de Harvard, Yale et l’Université de Toronto, entre autres institutions. Ensemble, ils ont publié deux études récentes dans JAMA Psychiatry qui évaluent l’utilisation de médicaments existants de manières nouvelles pour traiter la dépression majeure. La première examine l’efficacité de la kétamine intraveineuse, tandis que la seconde analyse les combinaisons d’antidépresseurs avec des antipsychotiques.
Ces travaux s’inscrivent dans une démarche scientifique rigoureuse visant à identifier des solutions concrètes pour cette population de patients laissée sans réponse thérapeutique satisfaisante. L’enjeu dépasse la simple amélioration des symptômes : il s’agit parfois de sauver des vies.
La kétamine intraveineuse : soulagement rapide mais éphémère

La kétamine a été développée à l’origine comme anesthésique chirurgical à action rapide. Des preuves existent également qu’elle peut soulager rapidement la dépression chez certains individus. La Food and Drug Administration américaine a approuvé l’eskétamine, une version de la molécule de kétamine, sous forme de spray nasal comme traitement de la dépression. Mais la kétamine intraveineuse fait toujours l’objet d’évaluations.
Les chercheurs ont analysé 26 études randomisées contrôlées existantes qui comparaient la kétamine intraveineuse avec des groupes témoins. Ils ont découvert que la kétamine était plus efficace qu’un placebo à court terme sur une période de quelques jours, mais les effets étaient moins prononcés après quelques semaines. La kétamine semblait fonctionner à peu près aussi bien que l’eskétamine.
Les deux médicaments se sont révélés très efficaces pour réduire rapidement les impulsions suicidaires chez les personnes en danger immédiat de se faire du mal. Cette capacité à agir rapidement dans les situations d’urgence représente un atout majeur dans l’arsenal thérapeutique disponible pour les professionnels de santé mentale confrontés à des patients en crise aiguë.
Antidépresseurs et antipsychotiques : une alliance prometteuse mais délicate

La seconde étude publiée dans JAMA Psychiatry a comparé l’efficacité des combinaisons d’antidépresseurs avec des antipsychotiques chez les personnes atteintes de dépression résistante au traitement. Les chercheurs ont réalisé une méta-analyse de 22 études, examinant à la fois la réduction des symptômes dépressifs et les effets secondaires des médicaments.
Ils ont constaté que certains antipsychotiques étaient significativement plus susceptibles d’aider à diminuer les symptômes de la dépression. Toutefois, l’antipsychotique le plus susceptible d’apporter une amélioration, la lumatéperone, était également celui que les patients étaient les plus susceptibles d’arrêter en raison des effets secondaires. Ce paradoxe illustre le défi constant de la psychiatrie moderne : trouver l’équilibre entre efficacité thérapeutique et tolérance du traitement.
Cette découverte soulève des questions importantes sur l’individualisation des traitements. Ce qui fonctionne brillamment pour un patient peut s’avérer insupportable pour un autre, rendant nécessaire une approche personnalisée et un suivi médical attentif lors de l’ajustement des combinaisons médicamenteuses.
Vers de nouvelles pratiques cliniques

« Ces études pourraient potentiellement guider les psychiatres en exercice et d’autres cliniciens à considérer ces nouvelles approches de modalités pour les patients atteints de dépression modérée à sévère, qui n’ont pas précédemment répondu aux thérapies antidépressives conventionnelles », affirme Rhee. Les implications pratiques de ces recherches pourraient transformer la façon dont les médecins abordent les cas les plus difficiles de dépression.
Rhee ajoute également : « Nous prévoyons de mener des études épidémiologiques au niveau de la population pour examiner davantage l’efficacité et les profils de sécurité de ces options de traitement ». Cette démarche scientifique rigoureuse permettra d’affiner les protocoles thérapeutiques et d’identifier plus précisément quels patients bénéficieront le mieux de ces approches innovantes.
Les travaux ont été publiés sous les références suivantes : Sung Ryul Shim et ses collaborateurs ont publié « Ketamine Infusions and Rapid Reduction of Suicidal and Depressive Symptoms in Major Depressive Episode » dans JAMA Psychiatry en 2026 (DOI: 10.1001/jamapsychiatry.2026.0612), tandis que Roger S. McIntyre et ses collaborateurs ont publié « Adjunctive Antipsychotics in Major Depressive Disorder » dans la même revue (DOI: 10.1001/jamapsychiatry.2026.0658). Ces publications ouvrent la voie à une nouvelle ère dans le traitement de la dépression résistante, offrant un espoir renouvelé aux patients et aux cliniciens confrontés à cette condition invalidante.
Selon la source : medicalxpress.com