Une piste de dinosaures vieille de 120 millions d’années, perdue depuis 70 ans, révèle des espèces géantes jusqu’en Mongolie
Auteur: Mathieu Gagnon
La redécouverte d’un trésor paléontologique oublié en Mongolie

Comment peut-on égarer des traces de pas mesurant 70 centimètres (28 pouces) de long ? La question mérite d’être posée. La Mongolie figure parmi les pays présentant la plus faible densité de population au monde. Une fois la capitale laissée derrière soi, les vastes étendues inhabitées s’étirent à perte de vue et couvrent la majorité du territoire.
C’est dans ce décor magistral, plus précisément dans la région de Saizhurakh au nord du pays, qu’un site paléontologique majeur vient d’être retrouvé. Signalé initialement en 1950, son emplacement exact souffrait d’une documentation insuffisante. Son exhumation récente, après plus de soixante-dix ans d’oubli, dépasse toutes les espérances des chercheurs avec la mise au jour de trente-et-une empreintes colossales.
Cette redécouverte offre une preuve tangible de la diversité faunique de l’époque. La zone, jusqu’ici réputée pour ses fossiles de petits dinosaures datant de la fin du Crétacé, abritait en réalité des sauropodes et des théropodes géants des millions d’années auparavant.
L’environnement lacustre de la formation de Shinekhudag

Ces vestiges figés dans la pierre proviennent de la formation de Shinekhudag. Ils se sont imprimés il y a environ 120 millions d’années, durant la période du Crétacé inférieur. Le sol de cette ère géologique se composait d’argile et de sable, tapissant le fond d’un lac soumis à de fortes variations de niveau d’eau.
Lorsque les eaux se retiraient, elles laissaient émerger des couches de sable meuble. Les dinosaures s’aventuraient alors sur ces étendues dégagées, vraisemblablement dans le but d’atteindre les réserves d’eau restantes au centre du bassin. Les empreintes témoignent du passage de véritables géants de la préhistoire traversant cette plaine humide.
Les paléontologues ont ainsi identifié deux pistes laissées par des sauropodes dépassant les 15 mètres (49 pieds) de long. Ces spécimens présentaient des mensurations similaires. L’observation minutieuse des traces montre qu’un individu marchait précisément dans les pas du précédent, créant un chevauchement des empreintes qui rappelle le comportement d’un troupeau d’éléphants modernes en déplacement.
Le mystère du rassemblement des grands carnivores

La présence d’un rassemblement de grands théropodes dans un même lieu constitue un événement notable en soi. Cela devient une donnée fascinante dans une région où leur existence demeurait jusqu’ici totalement inconnue. Les chercheurs soupçonnent la présence de pistes appartenant à cinq théropodes distincts. Seule l’une de ces pistes fait l’objet d’un consensus définitif, mais la taille et l’espacement des autres marques suggèrent le passage d’animaux carnivores mesurant entre 7,4 et 8,8 mètres (24 à 29 pieds) de long.
Le plus imposant de ces prédateurs a laissé une empreinte spectaculaire de 57 centimètres (22 pouces) de long. Les règles strictes des écosystèmes naturels dictent qu’un territoire ne possède pas les ressources nécessaires pour soutenir une trop forte concentration de grands carnivores. La marche simultanée de cinq d’entre eux sur la même portion de terre, probablement le même jour avant que la boue n’ait eu le temps de durcir, soulève de multiples interrogations sur les circonstances de cette réunion improbable.
Faut-il y voir la trace d’une meute en pleine chasse, une perspective terrifiante même en l’imaginant ? L’orientation des pistes indique le contraire, les directions empruntées par ces théropodes s’avérant aléatoires. Il apparaît bien plus probable qu’une opportunité d’alimentation particulièrement abondante ait attiré tous ces individus vers un endroit identique de manière tout à fait indépendante.
Une nouvelle carte des migrations asiatiques face aux hivers extrêmes

Le Crétacé inférieur est une période caractérisée par une forte mobilité des espèces à l’échelle mondiale. L’Amérique du Nord abritait une multitude de grands théropodes, et les mouvements migratoires de nombreux dinosaures depuis l’Asie vers le continent nord-américain à cette époque sont un fait établi. Leur présence dans la partie orientale de l’Asie ne constitue donc pas une anomalie scientifique.
Des preuves de l’existence de ces dinosaures géants aux alentours de la même époque avaient d’ailleurs été trouvées sur les territoires actuels de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud. Néanmoins, leur absence totale dans les registres fossiles de la Mongolie et de l’est de la Russie constituait une lacune remarquable sur la carte paléontologique.
Le climat mondial s’avérait alors bien plus chaud qu’aujourd’hui. Les terres intérieures du nord de l’Asie, éloignées de toute influence maritime modératrice, subissaient des variations saisonnières d’une intensité inégalée dans le monde, incluant très probablement des hivers au froid glacial. Avant l’identification de ces pistes, la communauté scientifique n’écartait pas la possibilité que les grands dinosaures évitent tout simplement cette zone inhospitalière en raison de ses conditions climatiques extrêmes.
Vers la découverte de nouveaux ossements fossiles

La préservation des empreintes et la conservation des ossements obéissent à des processus de fossilisation profondément différents. Ces deux types de vestiges exigent des conditions spécifiques et ne se trouvent pas systématiquement ensemble sur un même site. Cette dichotomie oblige souvent les paléontologues à se contenter d’un seul type de trace pour reconstituer l’histoire d’une région.
Les scientifiques qui ont réalisé cette redécouverte en Mongolie gardent un immense espoir de compléter leurs recherches. Ils ont relevé la présence de strates de sable riches en gravier à proximité immédiate des pistes étudiées. Ils estiment que ces formations géologiques spécifiques pourraient renfermer des ossements ou des dents appartenant aux animaux massifs qui ont laissé ces empreintes.
L’ensemble de ces travaux de recherche et l’analyse détaillée des pistes fossiles font l’objet d’une publication scientifique rigoureuse. Les résultats complets de cette étude sont consultables dans les pages de la revue Ichnos, ouvrant un nouveau volet de compréhension sur la répartition des grands sauriens du Crétacé.
Selon la source : iflscience.com