Donald Trump clôture sa visite d’État en Chine : entre tractations commerciales et équilibre diplomatique précaire
Auteur: Adam David
Le départ de Pékin et le bilan initial du sommet

La visite d’État a pris fin vendredi avec le départ de Donald Trump. L’avion présidentiel Air Force One a décollé de l’aéroport international Pékin Capitale aux alentours de 14 h 40, heure locale, soit 6 h 40 selon l’heure moyenne de Greenwich (GMT). Les journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) présents sur place ont pu assister à une brève cérémonie d’au revoir avant que le dirigeant américain ne quitte le sol chinois.
Avant de s’envoler, le président des États-Unis a mis en avant le succès de ses négociations, affirmant avoir décroché d’importants résultats. « Nous avons conclu des accords commerciaux fantastiques, excellents pour nos deux pays », a-t-il déclaré, sans toutefois fournir de précisions supplémentaires sur la nature exacte de ces ententes. Cette annonce est intervenue lors d’une nouvelle rencontre avec son homologue chinois, organisée à Zhongnanhai. Ce vaste complexe abrite les hauts dirigeants de l’État et se situe à proximité immédiate de la célèbre Cité interdite.
Ce sommet bilatéral avait pour objectif principal de contenir les diverses tensions qui traversent actuellement les relations entre les deux pays, mais qui touchent également la scène internationale. Malgré le faste et les nombreuses amabilités qui ont caractérisé ces deux jours de visite officielle, les défis globaux sont restés en toile de fond des discussions.
La recherche d’une nouvelle stabilité stratégique

Du côté des autorités chinoises, l’heure était à la valorisation des relations diplomatiques. Debout aux côtés du président américain, Xi Jinping a salué l’instauration d’une dynamique inédite entre les deux puissances rivales. Il a évoqué une nouvelle relation de « stabilité stratégique constructive », une expression d’ailleurs rendue publique par la diplomatie chinoise dès la veille, lors de la toute première journée du sommet.
Le dirigeant chinois a tenu à souligner l’importance de cette rencontre au sommet. « C’est une visite historique, qui fera date », a affirmé Xi Jinping. De son côté, Pékin a réaffirmé son profond vœu de certitude et de prévisibilité dans un contexte mondial actuellement en proie à de fortes turbulences.
Donald Trump est reparti de Pékin avec ce qu’il considère comme des paroles encourageantes de la part de son hôte, particulièrement concernant la crise complexe dans laquelle les États-Unis se trouvent empêtrés au Moyen-Orient. Lors d’un entretien accordé au média américain Fox News, le locataire de la Maison-Blanche a indiqué que le président chinois lui avait assuré « avec force » qu’il ne fournirait pas de matériel militaire à l’Iran.
La crise du détroit d’Ormuz au cœur des enjeux

La sécurité maritime mondiale a constitué un point de discussion central, avec une attention particulière portée au détroit d’Ormuz. Selon Donald Trump, la Chine a proposé son aide pour débloquer cette voie maritime stratégique. Rapportant les propos de son homologue, le président américain a déclaré : « il a dit : “Si je peux être d’une quelconque aide, je serai ravi d’aider” ».
En marge du sommet, le ministère chinois des Affaires étrangères a publié un communiqué ce même vendredi. Pékin y réclame un cessez-le-feu complet au Moyen-Orient et exige la réouverture du détroit d’Ormuz « dès que possible ». Le ministère a réitéré que ce conflit « n’aurait jamais dû se produire » et a assuré que le pays continuerait à jouer un « rôle constructif » dans les efforts de paix internationaux. Ce communiqué officiel ne signale cependant aucun changement dans la position historique de la Chine.
La situation géopolitique est particulièrement délicate pour Pékin. La Chine demeure un partenaire stratégique et économique primordial pour l’Iran, recevant d’ailleurs la grande majorité des exportations de pétrole iranien. L’économie chinoise est directement touchée par la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, conséquence des blocus conjoints menés par l’Iran et les États-Unis. C’est par ce passage que transite une grande part des hydrocarbures acquis par la Chine, en provenance d’Iran mais d’autres pays du Golfe.
En plein cœur du sommet pékinois, l’Iran a annoncé jeudi que ses forces armées avaient autorisé le passage de plusieurs navires commerciaux chinois. De son côté, Washington souhaiterait voir le gouvernement chinois utiliser son influence sur Téhéran pour favoriser une sortie de crise dans le Golfe. Pourtant, tout en se montrant active sur le plan diplomatique, la Chine a observé jusqu’à présent une très grande retenue.
Tractations économiques : de l’aéronautique à l’agriculture

Sur le front économique, d’importantes annonces ont ponctué la fin du sommet. Donald Trump a rapporté une promesse d’achat formulée par son hôte, portant sur 200 « gros » avions de ligne de l’avionneur Boeing. Ce volume d’achat est considéré comme considérable, bien qu’il reste inférieur aux attentes. Depuis des mois, la presse évoquait plutôt une commande massive comprenant 500 avions monocouloirs de type 737 MAX, assortie d’une centaine de gros porteurs, incluant des modèles 787 Dreamliner et 777.
Outre l’aéronautique, le président américain a assuré que le gouvernement chinois souhaitait acquérir du pétrole ainsi que des produits agricoles en provenance des États-Unis. Aucun chiffre précis n’a cependant été communiqué concernant ces secteurs. Pour accompagner ces négociations, Donald Trump avait emmené avec lui une importante délégation composée de grands patrons d’entreprises. La Maison-Blanche nourrissait l’espoir de repartir avec un certain nombre d’accords concrets, notamment dans le domaine de l’agriculture, ou encore d’obtenir des promesses fermes d’investissements chinois sur le sol américain.
L’accès au marché chinois reste un sujet sensible. Ces obstacles commerciaux constituent l’un des grands griefs des États-Unis à l’encontre de Pékin, une préoccupation d’ailleurs partagée par de nombreux autres pays développés. Face à ces critiques, le président chinois a fait une promesse d’ouverture en s’engageant à ouvrir « toujours plus grand » l’économie de son pays aux entreprises étrangères. « Nous devons être des partenaires, pas des rivaux », a d’ailleurs souligné Xi Jinping en s’adressant à Donald Trump au cours de la journée de jeudi.
Ces discussions s’inscrivent dans un climat commercial lourd. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les deux nations se sont livré une âpre guerre commerciale aux répercussions planétaires, fonctionnant à coups de droits de douane exorbitants et de restrictions multiples. Bien que les deux dirigeants aient conclu une trêve en octobre dernier, ce cessez-le-feu commercial reste très fragile, constamment exposé à l’instauration de nouvelles surtaxes américaines actuellement envisagées par le président des États-Unis. Aujourd’hui, l’économie mondiale tout entière, y compris la Chine, ressent les effets de la guerre menée par Donald Trump en alliance avec Israël contre l’Iran.
Désaccords technologiques et lignes rouges territoriales

Si la diplomatie a cherché à arrondir les angles, de nombreux sujets de friction persistent. Sous l’expression d’une « Nation en déclin », la situation complexe au Moyen-Orient n’est que l’un des multiples sujets de crispation que ce sommet était précisément destiné à atténuer, sinon à dissiper totalement. Les différends abondent et touchent des domaines variés : l’Iran, Taïwan, les relations commerciales globales, mais aussi les restrictions d’accès aux terres rares et aux composants cruciaux que sont les semi-conducteurs. À cela s’ajoutent les enjeux liés à l’intelligence artificielle (IA) et à la protection de la propriété intellectuelle. La compétition sino-américaine, qu’elle soit stratégique, commerciale ou technologique, se révèle particulièrement extensive.
La question territoriale a donné lieu à des échanges particulièrement fermes. Les désaccords se sont manifestés ouvertement jeudi, marqués par une mise en garde vigoureuse du président chinois quant au risque de « conflit » entre la Chine et les États-Unis au sujet de l’île de Taïwan. Ces propos prononcés par Xi Jinping ont d’ailleurs largement dominé le premier jour de la visite officielle.
De son côté, Donald Trump a choisi la discrétion sur ce dossier précis. Il n’a pas évoqué Taïwan lors de son interview sur Fox News, ni lors de ses prises de parole en public aux côtés du dirigeant chinois. La position de Washington a toutefois été rappelée par le secrétaire d’État Marco Rubio lors d’une intervention sur la chaîne NBC News. Il a affirmé que la politique des États-Unis sur Taïwan « reste inchangée à ce jour ». Le chef de la diplomatie américaine a précisé que les États-Unis répondent systématiquement à la Chine que « tout ce qui imposerait ou forcerait un changement par rapport à la situation actuelle serait problématique ».
Selon la source : journaldemontreal.com