Entre blocus pétrolier et rumeurs d’armement : l’escalade sous haute tension entre Cuba et Washington
Auteur: Adam David
La montée des tensions et l’avertissement solennel de Cuba

Le président de Cuba, Miguel Diaz-Canel, a lancé un avertissement solennel ce lundi. Face à la dégradation des relations diplomatiques entre La Havane et Washington, le dirigeant a affirmé qu’une attaque américaine contre l’île provoquerait « un bain de sang ». Ce discours marque une nouvelle étape dans la confrontation rhétorique historique qui oppose les deux nations.
Sur le réseau social X, Miguel Diaz-Canel a accusé l’administration américaine de préparer le terrain politique en vue d’une intervention militaire. Il a souligné que si cette opération se matérialisait, elle « provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables ». Le chef de l’État a fermement défendu la position de son pays face à ces hypothèses de conflit armé.
Sans mentionner explicitement les récentes rumeurs d’acquisition d’armement, il a mis en avant le droit « légitime » de la nation caribéenne à riposter à une éventuelle agression des États-Unis. Le président a ainsi revendiqué « le droit absolu et légitime de se défendre face à une offensive militaire », posant les bases d’une posture défensive inflexible.
La question des drones et les inquiétudes sécuritaires de Washington

Au cœur de ces nouvelles crispations se trouve une révélation publiée dimanche par le média américain Axios. En s’appuyant sur des renseignements classifiés, le site a affirmé que Cuba a récemment acquis plus de 300 drones militaires. Le gouvernement cubain évaluerait actuellement de possibles scénarios pour l’utilisation de ces appareils à proximité de la base américaine de Guantanamo, située dans la partie est de l’île.
Ces informations ont immédiatement déclenché de vives réactions au sein de l’administration américaine. Des responsables à Washington s’inquiètent de la proximité de ces nouvelles capacités technologiques et mettent publiquement en garde contre une « menace croissante ». L’éventualité d’une flotte de drones déployée si près des installations militaires américaines bouscule la perception de la sécurité régionale.
Pour répondre à ces accusations, le dirigeant cubain a souhaité clarifier les intentions de son gouvernement. Miguel Diaz-Canel a réaffirmé avec insistance que son pays « ne représent[ait] pas une menace et n’a[vait] ni plans ni intentions agressives » envers d’autres nations, tentant ainsi de désamorcer les inquiétudes sécuritaires américaines.
Le couperet des nouvelles sanctions financières

La riposte administrative des États-Unis ne s’est pas fait attendre. Lundi, le ministère américain des Finances a dévoilé une série de sanctions ciblant directement les hautes sphères de l’État communiste. La Direccion de Inteligencia, qui constitue le principal service de renseignement cubain, a été officiellement ajoutée à la liste des entités sous sanction, accompagnée d’une dizaine de hauts responsables.
Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) a détaillé l’identité des personnalités visées par ces mesures punitives. Parmi elles figurent Estaban Lazo, le président de l’Assemblée nationale cubaine et du Conseil d’État, ainsi que trois ministres en charge de la Justice, de l’Énergie et des Communications. La liste comprend également quatre généraux cubains, dont le député et chef du contre-espionnage militaire, Jose Miguel Gomez del Vallin.
L’inscription sur cette liste noire entraîne des conséquences économiques immédiates. Elle interdit formellement à toute personne ou entreprise américaine, ou possédant une filiale aux États-Unis, de faire des affaires avec les entités sanctionnées. Cette règle s’étend aux citoyens et sociétés étrangers dès lors que les échanges s’effectuent en dollar, et provoque le gel instantané de l’ensemble des avoirs détenus de manière directe ou indirecte aux États-Unis.
Asphyxie énergétique et effondrement économique

Ces nouvelles restrictions financières s’inscrivent dans un contexte d’asphyxie matérielle sans précédent pour l’île. Outre l’embargo américain appliqué en vigueur depuis 1962, Washington a instauré depuis le mois de janvier un blocus pétrolier total. Cette stratégie, qui accompagne le souhait non dissimulé des États-Unis de voir un changement de régime à La Havane, s’est traduite par l’autorisation d’arrivée d’un seul pétrolier russe. Début mai, le président Donald Trump a même approuvé un nouveau paquet de sanctions contre le pays.
Près de quatre mois après la mise en place de ce blocus énergétique, la situation sur place s’est fortement dégradée. La semaine dernière, le gouvernement a dû reconnaître publiquement l’épuisement de ses réserves, avouant qu’il n’avait plus de diesel ni de fuel. Ces carburants sont pourtant indispensables pour alimenter les groupes électrogènes qui viennent compléter la production électrique des sept centrales thermoélectriques du pays.
Cette pénurie structurelle a aggravé de façon critique les délestages électriques quotidiens. Les habitants de la capitale subissent des coupures de courant qui peuvent dépasser la vingtaine d’heures par jour, tandis que certaines zones en province restent dans le noir pendant des journées entières. Cette paralysie interminable a fini par provoquer des manifestations de mécontentement au sein de plusieurs quartiers de La Havane.
Aide humanitaire et diplomatie de l’ombre

Face à cette urgence, Cuba trouve un soutien logistique auprès de ses voisins régionaux. Lundi, dans un contexte particulièrement tendu, une nouvelle cargaison d’aide humanitaire en provenance du Mexique est arrivée sur l’île. Il s’agit du cinquième envoi de ce type expédié par Mexico depuis le mois de février. La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, avait annoncé cet envoi la semaine dernière, en précisant soigneusement que le chargement ne comprenait pas de pétrole.
La pression américaine demeure cependant maximale, rythmée par les déclarations de Donald Trump. Le président considère que ce territoire communiste, situé à 150 kilomètres des côtes de la Floride, constitue « une menace exceptionnelle » pour la sécurité nationale des États-Unis. Il a récemment multiplié les avertissements, menaçant de « prendre le contrôle » de Cuba, et a même évoqué l’hypothèse de l’envoi d’un porte-avions.
Malgré ces passes d’armes publiques, des canaux de communication inattendus restent ouverts. Jeudi, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu en personne à La Havane pour une rencontre qualifiée d’exceptionnelle avec de hauts responsables cubains. Ces discussions stratégiques se poursuivent alors que les deux pays traversent l’un des moments les plus tendus de leurs relations bilatérales.
Selon la source : journaldemontreal.com