La NASA célèbre la découverte de plus de 6 000 mondes au-delà de notre système solaire
Auteur: Simon Kabbaj
Un basculement majeur en l’espace d’une vie humaine

S’interroger en regardant un ciel nocturne dégagé pour savoir si ces points lumineux possèdent des planètes dotées de conditions météorologiques, d’atmosphères, ou même de conditions qui nous seraient familières, est une démarche restée sans réponse pendant la majeure partie de l’histoire humaine. L’univers au-delà de notre système solaire représentait un territoire inconnu, sans aucune preuve permettant d’affirmer ou d’infirmer ces hypothèses.
Cette situation s’est transformée au cours d’une seule vie humaine. La NASA a récemment franchi une étape décisive dans la recherche de mondes lointains, recensant désormais plus de 6 000 exoplanètes confirmées. Lors du lancement du télescope spatial Hubble en 1990, le nombre d’exoplanètes connues s’élevait à zéro. En l’espace de 36 ans, ce décompte est passé de zéro à plus de 6 000, avec un rythme de découverte qui s’accélère. La galaxie s’avère regorger de planètes, rendant l’univers bien plus peuplé que ce que la communauté scientifique envisageait.
La mission qui a initié ce changement a eu lieu le 24 avril 1990, lorsque la navette spatiale Discovery a placé le télescope spatial Hubble en orbite terrestre basse, à environ 550 kilomètres au-dessus de la planète. L’expression clé de cette opération était de se positionner « au-dessus du flou ». L’atmosphère terrestre déforme en effet la lumière qui parvient aux télescopes terrestres, de la même manière qu’une étendue d’eau donne un aspect déformé aux carreaux situés en dessous. Sans cette distorsion, la clarté inédite de Hubble a ouvert des portes scientifiques jusqu’alors fermées, à une époque où l’étude des planètes extrasolaires n’était pas encore un domaine de recherche.
La fin des certitudes et un bestiaire planétaire inattendu

Les astronomes ont découvert la première exoplanète en 1992, une avancée confirmée deux ans seulement après la mise sur orbite de Hubble. Cette découverte a modifié la perspective globale : la question n’était plus de savoir si d’autres planètes existaient, mais d’en déterminer le nombre, la distance et les types. Auparavant, l’hypothèse de travail partagée par de nombreux scientifiques stipulait que les autres systèmes planétaires posséderaient une organisation similaire au nôtre, avec des planètes rocheuses près de l’étoile et des géantes gazeuses plus éloignées. Le catalogue des exoplanètes a déconstruit cette approche.
La première exoplanète identifiée était un « Jupiter chaud », c’est-à-dire une géante gazeuse semblable à Jupiter mais orbitant à une distance extrêmement réduite de son étoile, soit seulement 8 millions de kilomètres (5 millions de miles). Cette distance est inférieure à celle qui sépare Mercure de notre Soleil. À une telle proximité, la planète subit des températures extrêmes, son atmosphère étant dépouillée et brassée par les radiations stellaires d’une manière qui ne connaît aucun parallèle dans notre système solaire.
La diversité des nouveaux types de planètes s’est révélée vaste. Outre de nombreux « Jupiters chauds », les astronomes ont trouvé des super-Terres, des planètes rocheuses plus massives que la Terre mais plus légères que Neptune, ainsi que des Neptunes chauds, des planètes de la taille de Neptune sur des orbites serrées autour de leurs étoiles. Il existe également des géantes gazeuses « bouffantes », dont la densité par rapport à leur taille est si faible qu’elles flotteraient si l’on pouvait trouver un océan suffisamment vaste. Les observations de Hubble démontrent que les systèmes planétaires sont variés et diversifiés, soulignant l’aspect extraordinaire et inattendu de l’univers.
L’analyse de l’air des mondes lointains grâce aux ultraviolets

Détecter une planète constitue une première phase, mais comprendre sa composition, déterminer si elle possède une atmosphère, quels gaz la constituent et si ces derniers pourraient abriter la vie, représente un défi différent. C’est dans ce domaine que Hubble a apporté certaines de ses contributions les plus significatives, aidé par sa vision ultraviolette. La lumière ultraviolette, bloquée presque entièrement par l’atmosphère terrestre depuis le sol, transporte les empreintes chimiques des atmosphères planétaires que Hubble est capable de lire.
Selon la page scientifique de la NASA consacrée aux exoplanètes par Hubble, cet instrument a été le premier télescope à mesurer directement la composition atmosphérique d’une exoplanète. Il a détecté du sodium dans l’atmosphère d’une planète en orbite autour d’une étoile semblable au Soleil, située à 150 années-lumière. Cette détection initiale a ouvert une nouvelle branche de l’astronomie : la planétologie comparative à l’échelle de la galaxie. Un exemple frappant concerne HD 189733b, un exoplanète si proche de son étoile qu’elle effectue une orbite tous les 2,2 jours. Fin 2011, Hubble a découvert que la haute atmosphère de cette planète s’échappait à des vitesses dépassant les 480 000 km/h (300 000 mph), une vitesse suffisante pour traverser l’intégralité des États-Unis en moins d’une seconde. L’atmosphère était litéralement projetée dans l’espace, avec au moins 1 000 tonnes de gaz quittant la planète chaque seconde.
Ces observations permettent de comprendre l’érosion des atmosphères planétaires et d’indiquer aux scientifiques quelles planètes pourraient conserver une atmosphère sur les temps géologiques, une condition préalable fondamentale à la chimie de la vie telle que nous la connaissons. De plus, Hubble a réalisé la première détection de modèles météorologiques sur un monde extérieur à notre système solaire. En combinant plusieurs années d’observations avec des modélisations informatiques, les astronomes ont trouvé des preuves de cyclones massifs et d’une activité météorologique dynamique sur WASP-121 b, une planète chaude de la taille de Jupiter à 880 années-lumière. Bien qu’elle ne ressemble en rien à la Terre, cela prouve que les mondes lointains possèdent leur propre dynamique climatique, leurs propres saisons et leurs propres tempêtes.
Les techniques de traque : de l’ombre de l’étoile à la lumière directe

La manière dont Hubble parvient à détecter des planètes situées, dans de nombreux cas, à des milliers d’années-lumière, repose principalement sur des méthodes indirectes. Les exoplanètes sont trop petites et trop proches de leurs étoiles pour une observation directe systématique. Le phénomène s’apparente à la tentative de repérer une luciole volant près du projecteur d’un stade à plusieurs kilomètres de distance : la planète est présente, mais la lumière de l’étoile l’éclipse totalement.
Pour contourner cet obstacle, les astronomes utilisent la photométrie de transit. Cette technique consiste à observer l’infime baisse de luminosité d’une étoile lorsqu’une planète passe devant elle et bloque une petite fraction de sa lumière. Hubble confirme également la présence de planètes grâce à la technique des microlentilles gravitationnelles. Ce processus implique que la gravité d’une étoile au premier plan courbe et amplifie brièvement la lumière d’une étoile en arrière-plan avec laquelle elle s’aligne. La durée exacte et la quantité d’amplification de la lumière fournissent des indices sur la nature de l’étoile au premier plan et des planètes qui l’accompagnent.
Parallèlement à ces méthodes indirectes, Hubble a réalisé l’une des premières images directes d’une exoplanète. En 2008, soit un an avant le lancement du télescope spatial Kepler de la NASA destiné à traquer des mondes de la taille de la Terre autour d’étoiles lointaines, Hubble a capturé le premier cliché en lumière visible d’une planète située au-delà du système solaire. Cette image concernait la planète Fomalhaut b, constituant une preuve décisive que ces mondes pouvaient être véritablement observés, et non seulement déduits de manière théorique.
La nouvelle génération en orbite et la quête des origines biologiques

En fonctionnement depuis plus de trois décennies, Hubble a largement dépassé la durée de vie initialement prévue par ses concepteurs. Le télescope a été entretenu à cinq reprises par des équipages d’astronautes, recevant à chaque fois des instruments mis à jour pour rester compétitif face aux nouvelles technologies. Aujourd’hui, il collabore avec une nouvelle génération d’observatoires de la NASA, incluant le télescope spatial James Webb, le satellite TESS (Transiting Exoplanet Survey Satellite) et le futur télescope spatial Nancy Grace Roman. TESS surveille de larges bandes de ciel à la recherche de planètes candidates, tandis que Webb approfondit l’analyse infrarouge des atmosphères de ces candidates. Selon un rapport de la NASA de 2025, Webb a déjà analysé la chimie de plus de 100 atmosphères d’exoplanètes. Cette littérature scientifique est notamment complétée par des publications pointées par la recherche, comme l’article intitulé « Read More: James Webb Telescope’s Eerie Discovery About the Universe ».
Le télescope spatial Nancy Grace Roman s’imposera comme un instrument véritablement différent. L’équipe du télescope Roman de la NASA vise un lancement dès le début du mois de septembre 2026, avant l’engagement de l’agence pour un vol au plus tard en mai 2027. Nommé en l’honneur de la première astronome en chef de la NASA, la « mère du télescope spatial Hubble », il possédera un champ de vision au moins 100 fois plus vaste que celui de Hubble, mesurant potentiellement la lumière d’un milliard de galaxies. Ses archives permettront d’identifier et d’étudier 100 000 exoplanètes, des centaines de millions de galaxies, des milliards d’étoiles et des objets rares. Roman est conçu pour trouver des planètes sur des orbites larges ou dans des régions différentes de la galaxie grâce à la technique des microlentilles gravitationnelles, à une échelle impossible pour Hubble ou Webb seuls.
Le cap des 6 000 exoplanètes confirmées modifie fondamentalement notre compréhension de notre place dans l’univers, tout en soulevant la question la plus ancienne : sommes-nous seuls ? Le programme scientifique de la NASA sur les exoplanètes se concentre sur la découverte de planètes rocheuses similaires à la Terre et sur l’étude de leurs atmosphères à la recherche de biosignatures, soit toute empreinte chimique pouvant signaler une vie passée ou présente. Chaque planète confirmée démontre que notre système solaire n’est pas unique et que la chimie nécessaire à la formation des mondes est intégrée à la structure de la galaxie. Si de nombreuses planètes se trouvent dans des zones où l’eau liquide pourrait exister, la question de la vie devient une probabilité scientifique sérieuse. Avec des outils déjà en orbite ou sur la rampe de lancement, le franchissement des 6 000 mondes n’est pas une fin, mais constitue à peine un commencement vers les prochaines découvertes.
Créé par des humains, assisté par IA.