Une faille sous le Pacifique provoque des séismes de magnitude 6 tous les 6 ans : les scientifiques savent enfin pourquoi
Auteur: Mathieu Gagnon
Une mécanique sismique aux allures d’horlogerie

Loin au large des côtes de l’Équateur, dans les profondeurs insondables de l’océan Pacifique, se dissimule une curiosité géologique fascinante. Connue sous le nom de faille de Gofar, cette zone se trouve au centre d’un mystère scientifique depuis les trente dernières années. Tous les cinq à six ans, elle subit un tremblement de terre d’une magnitude de 6.
Le fait qu’un séisme frappe à plusieurs reprises exactement le même endroit, avec un dégagement d’énergie toujours identique, représentait jusqu’alors un phénomène inédit. Les spécialistes se doutaient qu’une mécanique bien particulière devait être à l’œuvre dans ces abysses pour produire un événement aussi régulier. Les scientifiques détiennent désormais une réponse claire face à cette dynamique semblable à un mouvement d’horlogerie.
La friction colossale des plaques tectoniques

La faille de Gofar se situe précisément à la frontière entre la plaque tectonique pacifique et la plaque tectonique de Nazca. Il s’agit d’un type de structure géologique spécifique appelé faille transformante, où ces deux immenses plaques glissent horizontalement l’une le long de l’autre.
Ce déplacement s’opère à une vitesse de 14 centimètres, soit environ 5,5 pouces, chaque année. Cette allure correspond approximativement au rythme de croissance de vos ongles. Cependant, comme il ne s’agit pas de kératine mais de gigantesques blocs de roche, ce mouvement incessant accumule une quantité phénoménale d’énergie sous la croûte terrestre. Cette force colossale finit inexorablement par être libérée sous la forme de tremblements de terre.
Des décennies de mesures dans les abysses

Face à une libération d’énergie qui semblait d’une régularité impossible, les chercheurs ont décidé d’élucider le fonctionnement profond de la faille de Gofar. L’équipe a mené des expériences minutieuses sur les fonds marins au cours de l’année 2008, puis de nouveau entre 2019 et 2022. L’objectif consistait à mesurer le comportement géologique détaillé avant, pendant et après les secousses répétitives.
Les données récoltées ont mis en évidence la présence de régions agissant comme des barrières géologiques. Celles-ci possèdent la capacité étonnante d’absorber la tension de la faille sans pour autant engendrer de séismes destructeurs de grande ampleur.
« Nous savons que ces barrières existent depuis longtemps, mais la question a toujours été, de quoi sont-elles faites, et pourquoi continuent-elles à arrêter les tremblements de terre de manière si fiable, cycle après cycle ? » a déclaré le sismologue Jianhua Gong de l’Université de l’Indiana à Bloomington, au sein d’un communiqué officiel.
L’eau de mer comme frein naturel

Les données recueillies à deux cycles d’intervalle, représentant douze ans d’écart, ont permis de percer le secret intime de ces fameuses barrières géologiques. Les instruments ont révélé que dans les mois et les semaines précédant les grands séismes, la zone de barrière s’illuminait d’une activité sismique intense mais de faible ampleur. Des dizaines de milliers de ces micro-secousses ont été détectées de manière continue.
Une fois le grand tremblement de terre passé, l’activité sismologique autour de la barrière devenait alors presque totalement silencieuse. L’équipe de recherche estime que les barrières constituent des zones complexes où la faille principale se divise en de multiples brins latéraux. Ces ramifications géologiques présentent des décalages situés entre 100 et 400 mètres, soit 109 à 437 yards.
Le processus intègre l’eau de mer qui s’infiltre profondément à l’intérieur de la roche fracturée. Lorsqu’un grand séisme se produit, cette pénétration aqueuse provoque le verrouillage de la roche, créant ainsi un système de freinage particulièrement efficace pour stopper la propagation du tremblement de terre.
Anticiper l’avenir grâce à la compréhension du passé

« Ces barrières ne sont pas seulement des caractéristiques passives du paysage, » a précisé Jianhua Gong, qui intervenait en tant qu’étudiant diplômé dans le cadre du programme conjoint MIT-WHOI durant une partie des recherches. « Elles sont des parties actives et dynamiques du système de failles, et comprendre comment elles fonctionnent change notre façon de penser aux limites des tremblements de terre sur ces failles. »
La faille de Gofar se trouve à une distance considérable de toute population humaine, ce qui rend ces séismes réguliers inoffensifs pour les individus. Néanmoins, il existe des failles similaires à travers le monde qui pourraient se situer à proximité de zones habitées. La maîtrise de ces mécanismes s’avère donc capitale.
Comprendre cette dynamique est primordial pour analyser la manière dont les séismes se forment et se comportent globalement. Les détails exhaustifs de ces travaux fondateurs ont été publiés dans la prestigieuse revue Science, offrant aux chercheurs les outils nécessaires pour protéger les populations vulnérables contre de futurs impacts sismiques.
Selon la source : iflscience.com