Des fouilles archéologiques sous Notre-Dame révèlent 2 000 ans d’histoire enfouie
Auteur: Mathieu Gagnon
Une exploration inattendue sous le parvis de la cathédrale
Il aura fallu des années pour reconstruire la cathédrale de Notre-Dame de Paris à la suite de l’incendie dévastateur survenu en 2019. Aujourd’hui, l’attention se tourne vers le sol : des archéologues creusent actuellement sous le parvis situé juste devant ses portes. Ce qu’ils y découvrent plonge beaucoup plus loin dans le passé que quiconque ne l’avait anticipé.
Cette campagne de fouilles, surnommée « la fouille du siècle » par l’agence AP, a commencé à livrer ses premiers secrets à seulement vingt pouces (environ 50 centimètres) de profondeur. Le projet a été initié en raison des plans visant à transformer la place actuellement vide en un espace de rassemblement ombragé et arboré.
À treize pieds (près de quatre mètres) sous la surface, les chercheurs ont mis au jour les preuves de 2 000 ans d’habitation humaine ininterrompue. Lucie Altenburg, conservatrice au sein de l’unité d’archéologie de la ville de Paris, a déclaré à l’agence de presse : « C’est une occasion rare pour nous de travailler sur quelque chose qui va concrètement faire une différence dans l’histoire de Paris. »
Une stratification historique ininterrompue

Situé sur l’île de la Cité, une île naturelle de la Seine, le site abritait autrefois des habitations médiévales et, bien avant cela, une colonie de l’époque romaine. Selon Hugo Cador, l’un des archéologues impliqués dans le projet, l’occupation humaine de ce périmètre est continue depuis l’Antiquité.
La construction de Notre-Dame a débuté en 1163 pour s’achever au milieu du XIVe siècle. À cette époque, des maisons médiévales se dressaient sur les lieux ; leurs caves résident aujourd’hui juste sous la surface. Sous ces structures se trouvent des fosses à grains mérovingiennes et carolingiennes, datant du sixième au dixième siècle.
En creusant encore plus profondément, les experts ont exhumé les vestiges d’une habitation romaine des quatrième et cinquième siècles. Cette couche historique a été mise en évidence par la découverte d’une pièce de monnaie à l’effigie de l’empereur Constantin, qui a régné au début des années 300 de notre ère. Cette pièce précieuse aide les archéologues à dater chaque couche avec précision, comme l’a souligné Lucie Altenburg.
Le mystère étonnant des latrines médiévales

Paradoxalement, l’une des découvertes les plus fascinantes provient de la source la moins prestigieuse du site : les latrines médiévales. À l’intérieur de ces anciennes fosses à déchets, l’équipe a mis au jour des pichets intacts, des tasses ainsi qu’un chandelier.
Retrouver un tel objet de cette époque constitue une rareté, d’après l’archéologue Calentine Breloux. C’est la crasse et les excréments qui ont permis de les garder protégés pendant des siècles, formant une gangue naturelle autour des artefacts.
Parmi les éléments exhumés figurent des fragments de poterie portant une mystérieuse écriture rouge sur leurs surfaces intérieures. Ce détail énigmatique a jusqu’à présent dérouté tous les experts qui les ont examinés. Calentine Breloux a qualifié cette découverte d' »stupéfiante ».
La transition urbaine de Lutèce vers l’île fortifiée

Pour Hugo Cador, l’importance de ces trouvailles réside dans leur capacité à raconter le quotidien. « Ce ne sont pas des trésors, comme des lingots d’or », a expliqué l’archéologue dans une déclaration traduite publiée par la ville de Paris, « mais chaque élément a une grande valeur scientifique. Quand on tombe sur des objets entiers — un pichet médiéval, un chandelier déterré d’anciennes latrines qui servaient de dépotoirs — cela permet de reconstituer la vie quotidienne de l’époque. »
L’équipe de chercheurs a également identifié des preuves physiques illustrant la transition entre Lutèce, la ville d’époque romaine centrée sur la rive gauche de la Seine, et l’île médiévale fortifiée. Les archives historiques indiquent que de la pierre a été déplacée depuis d’autres endroits pour sécuriser le site.
Cette dynamique de recyclage urbain a été confirmée sur le terrain. Les fouilles ont en effet révélé un pas de porte romain qui a été retourné à l’envers, ayant apparemment été réutilisé pour paver une route.
Le regard tourné vers le futur du parvis

Le nouveau parvis de la cathédrale devrait être inauguré en 2028. Le projet prévoit l’aménagement de 160 arbres nouvellement plantés, ainsi qu’un jeu d’eau conçu spécifiquement pour rafraîchir la zone. D’ici là, l’excavation continuera de descendre toujours plus profondément dans le sol parisien.
L’ambition des équipes sur place reste immense face à ce puits d’histoire. « L’espoir », a précisé Lucie Altenburg, « est que nous soyons capables de remonter le temps encore plus loin que nous ne l’avons jamais fait auparavant. »
Pour l’instant, la cathédrale s’élève, renouvelée, au-dessus du sol, tandis qu’en dessous, les siècles ne cessent de refaire surface. Chaque couche géologique rappelle que Notre-Dame est un lieu où les gens se sont rassemblés, ont travaillé, ont mangé et ont jeté les restes de leur vie pendant deux millénaires. Comme l’a déclaré Emily Carter, une touriste anglaise, à l’agence AP après avoir observé les fouilles : « Vous venez voir la cathédrale, puis vous réalisez qu’il y a une autre ville sous vos pieds. C’est presque plus émouvant. »
Selon la source : popularmechanics.com