Un psychiatre lauréat du prix Nobel rejoint 35 médecins réclamant la destitution de Trump
Auteur: Simon Kabbaj
Une alerte médicale enregistrée au Sénat

Un psychiatre associé au prix Nobel de la paix figure parmi un groupe de médecins ayant exprimé des préoccupations concernant l’aptitude du président des États-Unis à exercer ses fonctions. Leur démarche ne relève pas d’une procédure de destitution classique ni d’un processus électoral, mais s’appuie sur un mécanisme constitutionnel rarement évoqué dans ce contexte, et qui n’a jamais été utilisé pour écarter un président en exercice.
Le docteur Henry David Abraham, professeur clinicien émérite de psychiatrie à la faculté de médecine de l’université Tufts, est l’une des figures associées à cette initiative. Ancien membre de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW), organisation récompensée par le prix Nobel de la paix en 1985, il est présenté comme porte-parole d’un collectif dont la déclaration a été intégrée au compte rendu officiel du Sénat des États-Unis.
Le profil des signataires et leurs observations

Le 30 avril 2026, un groupe composé de 36 médecins et professionnels de la santé mentale a publié une déclaration exprimant des préoccupations concernant l’aptitude du président des États-Unis à exercer ses fonctions. Le document, intitulé « Préoccupations médicales concernant le président Donald J. Trump et son aptitude à exercer ses fonctions », évoque notamment des risques liés à la concentration de l’autorité exécutive, en particulier en matière de décisions stratégiques.
Selon les auteurs, le texte rassemble des spécialistes issus de différents domaines, notamment la neurologie et la psychiatrie légale, et provenant d’institutions telles que Harvard, Columbia, Tufts et George Washington University. Parmi eux figure Eric Chivian, cofondateur de l’IPPNW et colauréat du prix Nobel de la paix 1985. Les signataires précisent que leur démarche n’est pas politique et indiquent ne pas avoir réalisé d’examen clinique direct du président, mais s’appuyer sur des observations publiques dans le cadre de leur analyse.
Un déclin cognitif jugé alarmant

Les observations présentées par le collectif s’inscrivent dans une analyse fondée sur des comportements publics et des prises de parole du président. Les auteurs évoquent des éléments liés à la communication et à la cohérence de certains messages, qu’ils estiment préoccupants dans le cadre de fonctions exécutives à haute responsabilité.
Le document mentionne également des interprétations divergentes de certaines déclarations et représentations publiques, que les signataires considèrent comme significatives dans leur lecture globale de la situation. Ils soulignent toutefois ne pas avoir réalisé d’évaluation clinique directe et rappellent que leurs conclusions reposent sur des observations publiques et non sur un diagnostic médical formel.
Entre éthique médicale et sécurité nucléaire

Cette prise de position s’inscrit dans une série de déclarations précédentes. Dès l’automne 2024, avant l’élection présidentielle, certains praticiens avaient déjà exprimé des préoccupations concernant l’aptitude du président à exercer ses fonctions. Le document publié en 2026 indique que ces préoccupations ont été réitérées dans le temps.
Les auteurs font référence à la « règle de Goldwater », établie par l’American Psychiatric Association en 1973, qui encadre la prise de parole des psychiatres à propos de personnalités publiques sans évaluation directe. Le collectif précise que son intervention s’inscrit dans une démarche d’alerte publique et non dans un cadre de diagnostic médical individuel.
Références institutionnelles et cadre nucléaire
Le rapport aborde également la question des responsabilités liées à l’autorité présidentielle, notamment en matière de sécurité nationale. Les auteurs évoquent le fait que les États-Unis disposent d’un important arsenal nucléaire et que la décision d’utilisation relève exclusivement du président.
Selon des données du Bulletin of the Atomic Scientists, le stock américain est estimé à environ 3 700 ogives nucléaires, dont une partie est déployée et le reste conservé en réserve. Les signataires estiment que la concentration de ce pouvoir décisionnel justifie un débat sur les mécanismes de contrôle institutionnel.
Procédure constitutionnelle et 25e amendement
La déclaration a été transmise au Sénat le 30 avril 2026 par les sénateurs Sheldon Whitehouse et Jack Reed. Son inscription au Congressional Record ne déclenche aucune procédure automatique, mais elle officialise le document dans les archives parlementaires.
Les auteurs font référence à la section 4 du 25e amendement de la Constitution américaine, qui prévoit un mécanisme permettant au vice-président et à une majorité du cabinet de déclarer un président inapte à exercer ses fonctions. Dans ce cas, le vice-président assume temporairement les responsabilités présidentielles, sous réserve d’un éventuel arbitrage du Congrès. Ce dispositif n’a jamais été appliqué dans l’histoire des États-Unis.
Position de la Maison-Blanche et perception publique
La Maison-Blanche s’appuie sur le bilan médical officiel du président réalisé en avril 2025, qui conclut à une aptitude générale à exercer ses fonctions. Ce rapport comprend des examens médicaux et des tests cognitifs standardisés.
Les données d’opinion publique montrent des perceptions partagées sur la question de la capacité du président à gouverner. Plusieurs sondages récents indiquent des avis divergents au sein de la population américaine, reflétant un débat plus large sur l’âge et la santé des dirigeants politiques.
9 % des Américains estiment qu’il n’a pas la vivacité mentale nécessaire pour diriger le pays, contre 40 % d’avis contraires. Pour l’heure, malgré la gravité de l’alerte lancée par les 36 experts, aucune indication ne suggère que le vice-président ou le Cabinet envisagent d’activer la procédure constitutionnelle suggérée.
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