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Les manchots affamés modifient leur stratégie de pêche en imitant leurs congénères
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le coût et les avantages de la vie en colonie

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Selon un récent article du média Earth.com, rédigé par la journaliste Raquel Brandao, les manchots sont fondamentalement des créatures d’habitudes. Durant la saison de reproduction, ces oiseaux marins retournent inlassablement vers les mêmes zones de pêche lors de chaque expédition, guidés uniquement par leur propre mémoire. Cette méthode routinière fonctionne la plupart du temps pour assurer leur survie dans un environnement hostile.

Cependant, vivre au sein d’une foule dense représente un coût important pour ces animaux. Les colonies surpeuplées favorisent la propagation des maladies, attirent inévitablement les prédateurs et obligent des milliers d’oiseaux à rivaliser pour les mêmes repas. Malgré ces inconvénients majeurs, les oiseaux marins continuent de nicher épaule contre épaule sur la banquise.

Pour les biologistes, cette organisation sociale exigeante doit nécessairement offrir des avantages compensatoires. Une théorie de longue date suggère que la colonie fait office de tableau d’affichage géant. Un oiseau rentrant bredouille peut interpréter les indices laissés par un congénère n’ayant pas échoué, apprenant ainsi où se trouve la nourriture sans avoir à chercher à l’aveugle. L’utilisation de ces informations sociales a été envisagée depuis des décennies, appuyée notamment par une étude antérieure, mais la question de savoir qui partageait avec qui restait jusqu’alors très floue.

Un suivi technologique d’une ampleur inédite

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Afin de percer ce mystère comportemental, une équipe de recherche dirigée par Toshitaka Imaki, de l’Université des études supérieures pour l’avancement des sciences (SOKENDAI), a entrepris d’observer une colonie de manchots Adélie (« Pygoscelis adeliae »). Ces oiseaux de l’Antarctique ont la particularité d’élever leurs poussins à même la glace nue. Les chercheurs voulaient découvrir à quel moment précis un manchot emprunte des informations, et à quel voisin spécifique il les emprunte.

Pour analyser ce phénomène en temps réel, l’équipe a équipé les manchots de petits dispositifs de biosurveillance. Ces traqueurs, fixés sur les oiseaux d’une colonie située sur la côte de l’Antarctique, enregistrent continuellement la position GPS et les mouvements physiques de l’animal. Les scientifiques ont ainsi marqué plus d’un tiers des adultes reproducteurs en une seule fois, ce qui représente une proportion exceptionnellement vaste pour une seule colonie.

Tout au long de la saison, ces balises électroniques ont enregistré un total de 653 voyages maritimes aller-retour. L’étude s’est concentrée sur la période cruciale de l’élevage des poussins, un moment où un adulte quitte le nid, chasse en mer, revient pour nourrir sa progéniture, puis recommence ce cycle épuisant sans la moindre interruption.

La stratégie de l’échec et du changement

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Les dispositifs embarqués ont accompli bien plus qu’une simple cartographie des itinéraires marins. Chaque fois qu’un manchot plongeait sous la surface pour chasser une proie, le capteur comptabilisait l’action. Un oiseau chassant dans des bancs de poissons denses plonge de manière constante, tandis qu’un individu nageant dans des eaux vides reste majoritairement près de la surface. Ce décompte en continu a fourni à l’équipe une lecture approximative mais précieuse du succès de chaque expédition.

La majorité du temps, les données ont confirmé l’hypothèse évidente : les manchots retournaient directement à l’endroit exact où ils avaient trouvé de la nourriture lors de leurs précédents voyages, naviguant grâce à leur propre mémoire. Toutefois, les manchots s’appuyant sur leurs voisins n’étaient pas un groupe formé au hasard. Il s’agissait spécifiquement de ceux dont le dernier voyage s’était soldé par un échec, c’est-à-dire les individus affamés.

Après un mauvais voyage, un manchot était beaucoup plus susceptible d’abandonner son lieu habituel pour suivre un compagnon vers un nouvel endroit. Cette stratégie, connue sous le nom de « gagner-rester, perdre-changer », est très répandue dans le monde animal. Une étude portant sur les albatros hurleurs a d’ailleurs observé des oiseaux marins sauvages agir de la sorte en mer. Les manchots, quant à eux, y ajoutent une subtilité : lorsqu’ils changent de zone, beaucoup choisissent de voyager avec un voisin qui pourrait être mieux informé.

Le mécanisme de transmission de l’information

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L’une des découvertes les plus frappantes de cette observation concerne la manière dont ces oiseaux quittent leur habitat. Les manchots sont rarement laissés seuls. Ils se déversent souvent hors de la colonie en petits groupes, plusieurs oiseaux touchant l’eau en même temps et se dirigeant dans la même direction. Cette dynamique de groupe s’est avérée être la clé du transfert d’informations.

Dans certains de ces groupes, un oiseau finissait par pêcher dans une zone que l’un de ses partenaires de voyage avait utilisée auparavant, et non dans son propre lieu habituel. Dans l’ensemble, environ un voyage sur six correspondait mieux aux lieux de pêche récents de ses compagnons de départ qu’à l’historique de l’oiseau lui-même. Il devenait évident que quelque chose dépassant la mémoire personnelle guidait ces manchots dans leurs choix d’itinéraires.

Pour vérifier cette mécanique, les chercheurs ont remplacé les véritables compagnons de voyage par des membres de la colonie choisis au hasard dans leurs modèles de données. L’effet de mimétisme s’est alors totalement évanoui. Le modèle de partage des lieux ne se maintenait que lorsque les oiseaux étaient effectivement partis ensemble. Jusqu’à ces travaux, les chercheurs pouvaient affirmer que les colonies mettaient en commun des informations, mais ne pouvaient pas dire où s’effectuait la transmission. Ces manchots le révèlent : cela se passe au moment du départ, parmi les oiseaux spécifiques qui partent ensemble.

Perspectives climatiques et futures recherches

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Malgré la clarté de ces résultats, publiés dans la prestigieuse revue Proceedings of the Royal Society B, certaines limites subsistent dans la méthodologie. Le décompte des plongeons n’est qu’un indicateur du succès alimentaire, et non une mesure directe de la quantité de nourriture ingérée par un manchot. Un voyage comportant moins de plongeons pourrait parfois simplement refléter des conditions particulières dans l’eau plutôt qu’un estomac véritablement vide.

Néanmoins, l’avancée scientifique reste majeure. De vastes revues sur le comportement des oiseaux marins suggéraient depuis longtemps qu’un tel échange avait lieu. Les données sur les manchots Adélie le situent avec une précision inédite : ni en mer, ni au hasard, mais précisément à la sortie de la colonie. Cette découverte prend une importance capitale à l’heure où l’océan Austral se réchauffe et où les proies dont dépendent les manchots ne cessent de se déplacer. Une colonie capable de transmettre des informations sur la nouvelle localisation de la nourriture peut aider ses membres à suivre le rythme de ces bouleversements environnementaux.

Une colonie accomplit donc un véritable travail qui va bien au-delà de la simple protection des poussins. Elle fonctionne comme un véritable réseau d’information, où les oiseaux qui ont le plus besoin d’un conseil se connectent au système. La question qui reste désormais ouverte pour la communauté scientifique est de savoir si des colonies plus vastes, ou celles situées dans des eaux plus agitées, fonctionnent selon les mêmes règles d’apprentissage social.

Selon la source : earth.com

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