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Des scientifiques ont découvert 476 carcasses de baleines dans une même fosse océanique
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le mystère persistant des baleines à bec des grandes profondeurs

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Le monde marin abrite une grande diversité de cétacés de toutes formes et tailles, mais une catégorie demeure particulièrement secrète : les baleines à bec. Appartenant à la famille des Ziphiidae, qui compte 24 espèces distinctes, ce groupe est largement considéré comme « le groupe de grands mammifères le moins bien compris sur Terre ».

Cette méconnaissance scientifique s’explique principalement par leur mode de vie extrêmement discret. Ces mammifères évoluent en effet dans les eaux profondes et isolées des océans, où ils passent la majeure partie de leur existence à plonger pour chasser des proies telles que des calamars, crustacés et poissons benthiques.

Aujourd’hui, de nouvelles données viennent lever un coin du voile. Selon un article rédigé par le journaliste scientifique Darren Orf, une vaste étude récemment publiée dans la revue Nature fait état d’une découverte majeure concernant ces créatures insaisissables. Les chercheurs y détaillent l’identification d’une quantité inédite de restes de baleines à bec, offrant une opportunité sans précédent d’étudier cette espèce énigmatique.

Une expédition archéologique au cœur de la zone de fracture Diamantina

credit : lanature.ca (image IA)

Menée par une équipe de chercheurs de l’Académie chinoise des sciences, cette expédition a permis de mettre au jour le plus grand cimetière de baleines jamais documenté sur notre planète. La zone d’étude se situe dans le sud-est de l’océan Indien, au sein d’une formation géologique connue sous le nom de zone de fracture Diamantina, à environ 700 miles (soit près de 1126 kilomètres) à l’ouest de Perth, en Australie.

Caractérisée par un relief accidenté composé de crêtes et de fosses profondes, cette zone s’est formée lors de la séparation des continents australien et antarctique, il y a environ 50 à 60 millions d’années. Les relevés indiquent que cette immense nécropole sous-marine s’étend sur plus de 750 miles (environ 1207 kilomètres) au fond de l’océan.

C’est entre le 8 février et le 17 mars 2023 que les scientifiques embarqués à bord du navire de recherche R/V Tan Suo Yi Hao ont exploré les profondeurs de cet environnement extrême. Leurs recherches se sont concentrées sur la fosse de Dordrecht, l’une des dépressions les plus profondes de cette fracture, dont le point le plus bas atteint approximativement 7079 mètres, soit 23225 pieds de profondeur.

Des relevés abyssaux qui pulvérisent les précédents records

C’est près de la partie la plus basse de cette fosse que l’équipe de recherche a initialement repéré un fossile de baleine partiellement enfoui dans les sédiments marins. Suite à cette première observation, les scientifiques ont mené 32 plongées supplémentaires, portant le total à 33 descentes sous-marines. Ces explorations ont permis d’identifier pas moins de 476 fossiles de baleines ainsi que cinq carcasses récentes.

Au cours de ces opérations, les chercheurs ont également documenté la « chute de baleine » (terme désignant une carcasse reposant sur le fond marin) la plus profonde jamais enregistrée, située à 6700 mètres, ou 22000 pieds. Ce chiffre surpasse largement le précédent record établi dans l’Atlantique Nord, qui se trouvait à une profondeur de seulement 13200 pieds (environ 4023 mètres). En extrapolant ces données physiques, l’équipe estime que chaque kilomètre carré de cette vaste nécropole pourrait recéler entre sept et huit carcasses de baleines et le chiffre stupéfiant de 760 fossiles.

« Les chutes de baleines sont des oasis de biodiversité sur les fonds marins, pourtant leur registre dans les océans est resté rare et fragmentaire, » soulignent les auteurs de l’étude. Ils ajoutent : « Ces découvertes remodèlent la compréhension des limites et de la biogéographie des écosystèmes de chutes de baleines et établissent certains fonds marins profonds comme des archives fossiles pour retracer l’évolution des cétacés à travers les temps géologiques. »

Un véritable voyage dans le temps géologique et biologique

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Si la plus grande carcasse identifiée sur le site appartient au petit rorqual de l’Antarctique (Balaenoptera bonaerensis), la grande majorité des restes découverts provient de membres de la famille des Ziphiidae, les baleines à bec. Cette concentration exceptionnelle permet d’étudier l’évolution de ces cétacés sur des millions d’années.

L’ancienneté des ossements confère à ce site une valeur inestimable. Le fossile le plus ancien trouvé dans cette nécropole, daté d’environ 5,3 millions d’années (une période correspondant au Pliocène), appartenait à un ancêtre éteint de la baleine à bec classé dans le genre Pterocetus. Au cours de leurs analyses, les chercheurs ont par ailleurs découvert une toute nouvelle espèce au sein de ce même genre, qu’ils ont officiellement baptisée Pterocetus diamantinae.

« Comme les baleines à bec sont connues principalement par de rares échouages, leur abondance, leur distribution et leur écologie restent globalement mal comprises, » ont rédigé les auteurs dans la revue Nature. Ils précisent ensuite : « La nécropole de la zone Diamantina constitue un mégasite de fossiles en eaux profondes : un site qui offre une fenêtre sur l’histoire évolutive, la paléoécologie et la dynamique des populations de baleines à bec du Pliocène à nos jours. »

Les causes potentielles de cette hécatombe sous-marine

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La présence d’une telle accumulation de dépouilles et de fossiles dans ce secteur bien précis interroge la communauté scientifique. L’auteur principal de l’étude, Xiaotong Peng, ainsi que ses collègues, avancent plusieurs hypothèses pour expliquer ce phénomène exceptionnel, liant la géographie des lieux au comportement des cétacés.

L’une des théories suggère que cette zone constitue un terrain de recherche de nourriture idéal en eaux profondes pour les baleines à bec. Cependant, la profondeur extrême des lieux pourrait inciter ces mammifères à descendre bien au-delà de leur limite de plongée maximale, estimée à 3000 mètres (environ 9800 pieds). Ce dépassement entraînerait un épuisement mortel et des maladies de décompression, provoquant ainsi l’accumulation progressive de cadavres sur le plancher océanique. Une autre possibilité repose sur la topographie en forme de V de la zone de Diamantina, qui agirait comme un entonnoir naturel, concentrant vers ce point précis les carcasses coulant depuis une zone géographique beaucoup plus vaste.

Quelle que soit l’explication définitive, le plus grand cimetière de baleines au monde représente aujourd’hui un dépôt de fossiles en pleine formation. Il offre aux océanographes et aux paléontologues une ressource inespérée pour percer les secrets du groupe de grands mammifères le plus énigmatique de la planète.

Selon la source : popularmechanics.com

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