Les amphis se féminisent, les statistiques sont formelles. Alors que le Québec lance une campagne pour ramener les jeunes hommes vers les études supérieures, un constat s’impose : leur absence croissante sur les bancs de l’université n’est pas un simple fait divers, mais le symptôme d’un malaise qui prend racine bien avant, dès la petite enfance.
Un phénomène mondial, de paris à montréal
Ce n’est pas une particularité québécoise, loin de là. Dans la plupart des pays occidentaux, les femmes sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes. En France, par exemple, l’écart est déjà bien visible chez les 25-34 ans. La tendance est encore plus marquée au Québec, où plus de 62 % des femmes de 25 à 64 ans détiennent un diplôme postsecondaire, contre à peine plus de la moitié des hommes.
Une bascule qui s'est opérée en quarante ans
Ce basculement ne date pas d’hier. Il faut remonter au début des années 1980 pour voir les femmes devenir tout juste majoritaires sur les campus québécois. Quarante ans plus tard, elles représentent près de 60 % des effectifs. La proportion d’hommes, elle, semble avoir atteint un plancher, se stabilisant autour de 41 % ces dernières années. Un équilibre rompu qui interroge.
Aux origines du mal : bien avant le choix du cégep
Alors, pourquoi un tel fossé ? Oublions l’idée d’une simple fatalité biologique. Si la maturité supposément plus précoce des filles est souvent évoquée, l’explication est un peu courte. Le décrochage masculin est un long processus qui commence en réalité dès les premiers pas à l’école. On constate que les garçons accumulent plus de retard scolaire, et ce, à chaque étape de leur parcours.
Le poids du milieu social et des stéréotypes masculins
Le milieu socioéconomique pèse bien plus lourd sur les épaules d’un garçon que sur celles d’une fille. Dans les familles plus modestes, les stéréotypes ont la vie dure : la force physique ou l’habileté manuelle sont souvent plus valorisées qu’un bulletin impeccable. La réussite scolaire peut même y être perçue comme un manque de virilité. À l’inverse, un père diplômé change complètement la donne et tend à gommer ces différences, montrant qu’un autre modèle est possible.
L'appel des métiers payants et le calcul économique
Ajoutons à cela un facteur purement pragmatique. Des secteurs comme la construction ou l’industrie minière offrent des salaires attractifs sans exiger de longues et coûteuses études. Pour les femmes, l’équation est souvent inverse : c’est le diplôme universitaire qui constitue le levier salarial le plus puissant pour réduire l’écart de rémunération. Pour elles, l’investissement dans les études est, chiffres à l’appui, tout simplement plus rentable.
Un débat ancien, des solutions qui tardent
Le sujet, pourtant, n’est pas nouveau. Dès la fin des années 80, des sociologues s’étonnaient déjà de la « progression spectaculaire » des filles. Depuis, les rapports et les ouvrages aux titres parfois alarmistes – « Sauvons les garçons ! » – se sont succédé des deux côtés de l’Atlantique, sans que la tendance de fond ne s’inverse véritablement. Le constat est là, tenace.
repenser l'école pour tous, et pas seulement pour les garçons
Alors, que faire ? Il ne s’agit pas d’opposer les sexes, mais de repenser un système qui, visiblement, laisse une partie de sa jeunesse sur le bord de la route. Cela passe par des initiatives concrètes, comme un soutien renforcé à la lecture dès le plus jeune âge et la promotion de modèles masculins positifs. Mais au-delà de ces ajustements, c’est peut-être l’école dans son ensemble qu’il faut réinventer, pour qu’elle déconstruise enfin les stéréotypes qui limitent tout le monde, filles comme garçons.
Selon la source : theconversation.com