Des pointes de flèches en os révèlent les secrets de l’artisanat préhistorique en Argentine
Auteur: Mathieu Gagnon
Une fenêtre ouverte sur le passé des Sierras de Córdoba

C’est curieux, n’est-ce pas, comme de tout petits objets peuvent parfois raconter de grandes histoires ? Pendant des décennies, notre compréhension des matériaux en os utilisés par les peuples de la fin de la période préhispanique — disons, grosso modo, entre 1220 et 330 cal BP — est restée assez floue, pour ne pas dire maigre. On parle ici des habitants des Sierras de Córdoba, une région magnifique, soit dit en passant.
Heureusement, les choses changent. Récemment, le Dr Matías Medina et ses collègues, Sebastián Pastor et Gisela Sario, ont publié une analyse technologique fascinante. Ils se sont penchés sur la technique de fabrication de l’un des outils en os les plus courants : les pointes de flèches. Je trouve ça formidable que des chercheurs prennent enfin le temps de regarder ces détails de près.
Leur recherche, qui a trouvé sa place dans les pages de l’International Journal of Osteoarchaeology, vient combler un vide immense. Elle nous aide à comprendre comment ces anciennes communautés organisaient non seulement leur production artisanale, mais aussi leur vie quotidienne. C’est un peu comme retrouver une pièce manquante d’un puzzle millénaire.
Un mode de vie flexible et des trésors oubliés

Pour bien comprendre, il faut se remettre dans le contexte de l’époque. La fin de la période préhistorique dans les Sierras de Córdoba, en Argentine, était caractérisée par des communautés très débrouillardes. Elles pratiquaient ce qu’on appelle des économies mixtes flexibles. En gros, ils mélangeaient la chasse et la cueillette avec l’agriculture. C’était malin, car cela leur permettait de rester très mobiles, occupant des campements saisonniers et s’adaptant à ce que la nature offrait de mieux à chaque moment.
Mais voilà, ces gens-là ont laissé derrière eux un matériel archéologique assez dispersé et peu visible, y compris ces fameux outils en os. C’est un aspect de leur culture matérielle qui a été injustement négligé jusqu’à tout récemment. Comme l’a expliqué le Dr Medina — et je suis assez d’accord avec lui —, les publications traitant spécifiquement de la technologie osseuse ont été rares pendant des décennies, surtout en Amérique du Sud.
Souvent, ce qu’on savait provenait de rapports de sites qui se contentaient de descriptions sommaires. L’archéologie, à l’époque, cherchait surtout à répondre à des questions chronologiques. On classait, on datait, mais on n’analysait pas forcément le « comment ». Par exemple, les techniques de fabrication des pointes de flèches dans les Sierras de Córdoba n’avaient jamais été analysées en profondeur. C’est pourtant un sujet qui mérite qu’on s’y attarde, surtout quand on parle de systèmes d’armes et de projectiles.
Pour combler ce manque, l’étude s’est penchée sur 117 artefacts en os. Ces objets proviennent du Museo Arqueológico Numba Charava en Argentine. Petite précision importante : ces pièces ont été collectées de manière non systématique tout au long du XXe siècle dans divers sites du sud de la vallée de Punilla. Du coup, beaucoup de ces pièces manquent de provenance précise, ce qui complique un peu la tâche, mais n’enlève rien à leur beauté.
De l’os brut à l’arme de guerre : Analyse technique

Alors, qu’ont-ils découvert en regardant ces os de plus près ? Eh bien, il s’avère que la matière première principale était des os de Lama, probablement du guanaco. Ces animaux étaient chassés pour la nourriture, et leurs os étaient ensuite récupérés — rien ne se perdait, c’était du recyclage avant l’heure ! Les os d’autres animaux, comme le cerf des pampas, étaient beaucoup plus rares.
Généralement, ils utilisaient les métapodes, vous savez, les os longs de la main et des pieds. Le processus était méticuleux : les os étaient d’abord fendus dans la longueur pour créer des ébauches utilisables. Ensuite, ils étaient aplatis par meulage sur des pierres abrasives, puis grattés et taillés pour prendre la forme d’une pointe de flèche. C’était du travail d’orfèvre, ou plutôt d’osier… enfin, vous m’avez compris.
Dans certains cas, des barbes et des tiges ou même des éléments décoratifs étaient ajoutés. Le tout était ensuite lissé et poli pour créer une surface brillante. Ce n’était pas juste pour faire joli : cela réduisait la résistance à l’air et protégeait l’os contre les intempéries. D’ailleurs, le Dr Medina précise que les pointes décorées étaient rares. Seulement trois pointes de flèches en os avec une décoration incisée sur la lame ont été signalées dans la littérature archéologique. Ces décorations se composaient principalement de lignes et de petits triangles.
Ce qui est peut-être le plus surprenant, c’est l’usage supposé de ces objets. Les chercheurs pensent que ces pointes de flèches en os étaient principalement utilisées pour la guerre plutôt que pour la chasse. C’est sombre, mais logique. Ainsi, la décoration incisée ou d’autres attributs stylistiques, comme des barbes supplémentaires, exprimaient une identité sociale. C’était sans doute un rappel puissant de l’affiliation culturelle du fabricant, laissé — on l’imagine avec un frisson — sur les ennemis blessés.
Conclusion : L’héritage familial et les perspectives d’avenir

Cette étude est vraiment significative car elle nous offre un nouveau regard sur l’organisation des communautés du sud de la vallée de Punilla. Les pointes de flèches étaient produites localement, et chaque pointe était unique, même si la décoration restait rare. La production était longue, certes, mais standardisée. On peut imaginer que ce savoir-faire se transmettait probablement de parent à enfant, au sein de la famille nucléaire.
Ce détail renforce l’idée que la famille nucléaire était l’unité sociale principale pour la production de nourriture et d’outils durant la fin de la période préhispanique. C’est touchant d’imaginer ces leçons de vie, le soir, autour du feu.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Comme l’explique le Dr Medina, des comparaisons sont nécessaires. Il faudrait regarder du côté des régions voisines, comme les plaines inondables du bas Paraná et du fleuve Uruguay, situées à plus de 500 km de là. Dans ces zones, sur des sites datant des 1 500 dernières années, une technologie osseuse complexe s’est développée pour compenser le manque de pierre.
Là-bas, ils fabriquaient des harpons et des pointes de flèches à partir d’os de cerfs ou d’oiseaux, adaptés à une base de recherche de nourriture aquatique. C’est un monde différent, avec des méthodes de fabrication probablement distinctes de notre exemple archéologique des Sierras. Une future comparaison technologique qui tiendrait compte de la disponibilité de la pierre et de l’organisation de la subsistance nous en apprendra sûrement beaucoup plus. C’est ça qui est beau avec la science : il y a toujours une nouvelle question à creuser.
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.