Un regard qui traverse les millénaires

C’est le genre de moment dont rêvent probablement tous les passionnés d’histoire, vous savez ? Imaginez un peu la scène. Sur un site archéologique situé dans ce qui était autrefois la puissante cité étrusque de Vulci, au nord-ouest de Rome, une tête a commencé à émerger de la terre. Pas n’importe laquelle, bien sûr. Il s’agit du visage désincarné d’une jeune femme, dont les yeux vides fixent le néant, traversant des millénaires d’histoire silencieuse. Son visage en marbre n’avait pas vu la lumière du jour depuis environ 2 500 ans. C’est assez vertigineux quand on y pense.
Avant même que l’Empire romain ne prenne son essor, la civilisation étrusque prospérait déjà dans cette région occidentale de l’Italie centrale, qu’on appelait alors l’Étrurie. Aujourd’hui, Vulci se trouve dans la province moderne de Viterbo. C’est là que les directeurs du projet Vulci Cityscape, les archéologues Mariachiara Franceschini de l’Université Albert Ludwig de Fribourg et Pau Pasieka de l’Université Johannes Gutenberg de Mayence, fouillaient les ruines de cette métropole antique autrefois si riche. Et c’est là, au milieu des vestiges, qu’ils sont tombés sur cette tête en marbre.
Elle ressemble à s’y méprendre aux korai grecques (le pluriel de koré), ces statues de jeunes femmes que l’on retrouvait près du Parthénon, sur l’Acropole d’Athènes. C’est une découverte rare, croyez-moi, car elle nous offre un aperçu inestimable d’une sculpture plus vaste qui démontre à quel point l’influence grecque a imprégné l’art et la culture étrusques.
Une beauté figée dans le temps et ses secrets

On peut raisonnablement supposer que le visage de cette femme sans nom contemplait autrefois les fidèles depuis un temple monumental, découvert en 2020 près du Tempio Grande. Elle avait sans doute une fonction décorative, peut-être même rituelle. Ce qui frappe, c’est ce sourire étrangement réaliste, presque vivant. Elle porte un diadème posé sur une chevelure qui a été sculptée avec une minutie incroyable, mèche par mèche. Bon, évidemment, la peinture qui lui donnait vie à l’époque a disparu depuis bien longtemps – l’érosion fait son œuvre, c’est inévitable – mais elle a été si bien conservée qu’on peut encore discerner des traces de la peinture originale sur le marbre.
Pendant longtemps, on a pensé – un peu à tort, apparemment – que l’essentiel des échanges culturels entre l’Étrurie et la région de l’Attique en Grèce (vous savez, celle qui est aussi célèbre pour son miel) se limitait à la poterie peinte. Mais là, cette tête de koré change la donne. Elle prouve que l’influence hellénique allait bien au-delà de simples vases en argile. Celui qui a commandé cette statue devait faire partie de l’élite étrusque, c’est certain. Le marbre, c’était un matériau de luxe, très coûteux, généralement réservé à l’art religieux ou funéraire des classes supérieures. La qualité de l’artisanat est encore visible des milliers d’années plus tard, c’est dire !
Ce souci du détail s’étend jusqu’à la texture des cheveux de la koré ; ses ondulations fluides rappellent vraiment les statues helléniques similaires. C’est l’une des rares pièces de ce style trouvées en dehors de la Grèce, ce qui la rend d’autant plus précieuse. La plupart des fouilles étrusques précédentes se concentraient surtout sur les tombes et les nécropoles, sans trop s’attarder sur la vie urbaine quotidienne. Contrairement aux colonnes brisées des cités grecques et romaines qui tiennent encore debout, aucun bâtiment ne survit dans cette zone. Il ne reste que leurs fondations, témoins silencieux d’une époque révolue.
Contexte historique et restauration en cours

Actuellement, cette fameuse koré se refait une beauté ; elle est en cours de restauration à l’Instituto Centrale per il Restauro de Rome. Même si on n’est pas sûr à 100 % qu’elle ait été fabriquée spécifiquement pour le temple auquel on l’associe aujourd’hui, on sait que ce temple a été érigé entre la fin du sixième et le début du cinquième siècle avant notre ère (av. J.-C.). C’est d’ailleurs la même période de construction qu’un autre temple fouillé dans les années 1950, daté grâce aux artefacts déterrés autour de ses fondations. Des pans de murs en ruine, faits de roche volcanique, ont permis de mieux comprendre comment l’architecture de Vulci a évolué au fil de mille ans d’histoire, alors qu’elle servait de cœur à la société étrusque.
Comme l’a expliqué Pasieka dans un communiqué de presse – et je trouve ça passionnant pour comprendre l’ampleur du projet – « Nous avons découvert des vestiges des origines de la ville qui avaient été négligés auparavant à Vulci et nous sommes maintenant mieux à même de comprendre la dynamique de peuplement et le système routier, en plus d’identifier les différentes zones fonctionnelles de la ville ».
Conclusion : Un puzzle culturel qui s’assemble

Il est fascinant de voir comment chaque pièce trouvée complète un peu plus le puzzle de cette civilisation. D’ailleurs, pour l’anecdote, un autre objet étrusque impressionnant présentant des traits hellénisés mérite d’être mentionné : une lampe en bronze massive dont le symbolisme est resté un mystère pendant des décennies. Ses images de nymphes des forêts et de satyres ont finalement été identifiées comme étant des fêtards de Dionysos, la divinité grecque du vin, de la fertilité, de l’extase, du mysticisme et du théâtre. Il apparaît d’ailleurs sous la forme d’un dieu cornu dans les figures ornementales qui les entourent.
Ces découvertes, de la koré de marbre à cette lampe complexe, nous rappellent que les frontières culturelles de l’antiquité étaient bien plus perméables qu’on ne le croit parfois.
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